vendredi 19 juin 2009

Actualités – France – Jean-Louis Bourlanges: François Bayrou n’est pas un homme du Centre

Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen UDF et proche un moment de François Bayrou avant de le quitter après l’élection présidentielle et son virage à gauche explique pourquoi le leader du Mouvement démocrate n’a plus de légitimité à incarner le Centre dans une interview au quotidien Le Monde. Extraits.

Le Monde. Le score de Daniel Cohn-Bendit ne confirme-t-il pas que François Bayrou avait raison : il existe un espace entre la droite et le Parti socialiste ?

Jean-Louis Bourlanges. Qui l'a jamais nié? Entre la gauche dure, antilibérale et nationaliste, et la droite sarkozyste, il y a un espace important, l'espace de ceux qui voient leur avenir dans un libéralisme tempéré par la solidarité et dans une mondialisation régulée par le droit et la puissance publique. En France, ce parti antijacobin est idéologiquement incontournable, mais n'existe pas politiquement. François Bayrou, accaparé par sa croisade antisarkozyste, indifférent aux enjeux européens, hostile au libéralisme sous toutes ses formes, s'est trouvé en porte-à-faux par rapport à ces attentes. Il est apparu pour ce qu'il était fondamentalement : non pas un homme du centre, mais un homme à la droite de la droite et à la gauche de la gauche. Dany Cohn-Bendit, quant à lui, en faisant taire José Bové et en exploitant l'image d'Eva Joly, est apparu pour ce qu'il est: un libertaire assagi, c'est-à-dire un libéral de gauche à la fois pugnace et modéré. Ce libéralisme s'est révélé moins mal en point que la crise et les succès médiatiques de Besancenot et de Bayrou ne le laissaient pressentir.

Croyez-vous M. Cohn-Bendit capable de fédérer une alternative à Nicolas Sarkozy?

Non. Malgré ses qualités, dès lors qu'il ne veut ni ne peut incarner un choix présidentiel, son leadership est biodégradable. Il y a un moment Cohn-Bendit, mais pas d'alternative verte. Ce moment est celui d'une double révélation, celle des insuffisances structurelles du PS et celle de l'incompatibilité entre Bayrou et la gauche réformiste. Qui en tirera profit? Ni les Verts, qui vont entrer en confusion, ni Bayrou, qui a vu se briser les perspectives d'unification de la gauche non socialiste.

(…)

M. Sarkozy n'a-t-il pas intérêt à voir émerger un centre autonome de l'UMP ?

Il faut choisir: le parti unique ou la majorité plurielle. Nicolas Sarkozy a intérêt à un centre fort, qui ne peut pas se reconnaître dans la rhétorique pseudo-gaulliste d'Henri Guaino. Est-il prêt à en payer le prix? Un centre imprécateur constituait une vraie menace, mais un centre-caniche ne lui sert à rien. Il a besoin, au cœur du système, d'un parti qui soit en tension avec lui sans être en opposition radicale. Le président du Nouveau Centre (Hervé Morin) ne devrait pas être membre du gouvernement. Le parti doit se mettre en position de présenter un candidat à la présidentielle. Sous la V° République, pour être entendu, vous devez être un acteur à part entière de la compétition présidentielle. C'est idiot mais c'est ainsi!

Le Nouveau Centre doit-il se présenter seul aux régionales?

Le scrutin régional est semi-proportionnel. Il autorise donc de la part du Nouveau Centre une demi-indépendance. L'UMP a besoin de l'appoint centriste pour empocher la prime qui donne la majorité au sein des conseils régionaux, mais les centristes n'ont guère intérêt à faire cavalier seul sur des enjeux locaux qui ne leur permettront pas d'afficher leur différence. La logique serait d'engager une négociation un peu rugueuse avec l'UMP. Il n'est pas sûr que les responsables du Nouveau Centre y soient prêts.

A vous entendre, le seul candidat à la présidentielle resterait M. Bayrou?

M. Bayrou avait préconisé un centre indépendant et modéré, un discours autonome, un soutien sélectif au gouvernement. Mais il a fait tout le contraire. Il ne peut plus parler au nom d'un centre dont il a abandonné les orientations: ambition européenne, solidarité atlantique, respect des corps intermédiaires, libéralisme tempéré. En quittant ce terrain pour celui de la dénonciation populiste, il s'est rendu politiquement inutile. Aujourd'hui, l'électorat qui va d'Edouard Balladur à Dominique Strauss-Kahn est orphelin. C'est une situation malsaine.

Propos recueillis par Arnaud Leparmentier

© 2009 Le Monde

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