mardi 22 décembre 2020

Actualités du Centre. Bayrou fait le forcing sur la proportionnelle

François Bayrou
François Bayrou n’en démord pas, il veut la proportionnelle pour les prochaines élections législatives qui suivront la présidentielle de 2022.

Comme les choses n’ont pas bougé depuis l’élection d’Emmanuel Macron voici trois ans et demi malgré les promesses de ce dernier d’instiller une dose plus ou moins grande de proportionnelle dans la loi électorale, le leader du MoDem a décidé de tenter de lui forcer la main avec une campagne qu’il orchestre en sous-main et menée frontalement par son parti.

Lors de plusieurs entretiens récents dans les médias, il est revenu sur cette question de manière récurrente et la dernière fois dans les colonnes du Monde de ce jour (lire ses propos ci-dessous).

Le centriste plaide désormais –parce qu’il n’est plus possible de changer le découpage des circonscriptions à un an et demi du scrutin – d’appliquer le système retenu par François Mitterrand en 1986, c’est-à-dire la proportionnelle par département avec un seuil de 5% pour avoir des élus.

Le problème est que personne ne sait si Macron souhaite rouvrir le débat sur la proportionnelle dans le contexte de crise sanitaire et économique actuelle et après le mouvement de foule des gilets jaunes, surtout s’il est favorable à l’initiative de Bayrou qui semble avoir choisi de monter au combat pour forcer la main du pouvoir exécutif et rallier le plus de députés possibles pour réussir à faire voter un texte le plus rapidement possible alors que cette question ne semble pas à l’ordre du jour du gouvernement.

S’il faut reconnaitre que le président du Mouvement démocrate se bat depuis toujours pour l’instauration d’une dose de proportionnelle pour les législatives, il faut rappeler que ses propositions sur le système et la dose exactes à adopter, ont varié dans le temps en fonction des résultats que pouvaient obtenir son parti qui, rappelons-le, a une force électorale autour de 9%-10%.

Et il semble évident qu’il veut, pour 2022, être en position de juge de paix de la majorité présidentielle si celle-ci gagne et leader de l’opposition si elle perd – et être un des animateurs de la campagne électorale – ce que le scrutin proportionnel peut lui permettre, notamment en gagnant en autonomie alors même que tous les députés du groupe MoDem à l’Assemblée nationale doivent leur siège à Emmanuel Macron.

Au-delà de ses troupes, il pourra compter sur celles du RN et de LFI ainsi que sur un nombre indéterminé de députés LaREM pour que son initiative se concrétise.

Mais le dernier mot reviendra, de toute façon à Emmanuel Macron.

 

Voici les propos de François Bayrou dans Le Monde:

- Est-il encore temps, à vos yeux, de réformer le mode de scrutin législatif à moins d’un an et demi de l’élection présidentielle?
Cette crise est, de très loin, la plus grave depuis la guerre. L’urgence absolue, c’est évidemment la solidarité et la reconstruction de notre économie. Mais pour sortir de ce drame, il faut aussi retrouver la confiance du pays. Or, l’explosion de l’abstention, les « gilets jaunes », les manifestations parfois violentes, c’est une terrible perte de confiance à laquelle il faut répondre.

- Quelles sont pour vous les causes d’une telle crise ?
Le déséquilibre qui donne tous les pouvoirs aux uns et aucun aux autres. Le président de la République élu au suffrage universel est le pivot de nos institutions. Il détient d’immenses pouvoirs. Et c’est juste. Mais des élections législatives dans la foulée de l’élection présidentielle, organisées, elles aussi, en 577 scrutins majoritaires, cela aggrave le déséquilibre. Les vainqueurs ont tout, les minoritaires presque rien. Marine Le Pen, dont tout le monde sait que je ne partage pas les idées, a recueilli 34 % des voix au second tour de l’élection présidentielle et revient à l’Assemblée avec six sièges, 1 % de la Chambre ! En 2007, j’avais obtenu quelque 19 % des voix au premier tour et nous avons eu trois députés. En termes de justice, cela a un effet désastreux. Pour les électeurs non représentés, les élus ne sont plus légitimes. Et c’est tellement brutal que toute vie politique pacifiée devient impossible. Les oppositions sont amenées à ne jouer qu’en contre. La majorité croit qu’elle peut passer en force. Dès qu’elle le fait, comme le débat est disqualifié, c’est dans le pays que se lève la révolte. Et donc tout est bloqué.

- Dans un pays confronté à une crise sanitaire, économique, sociale et psychologique, cette question est-elle un sujet de préoccupation pour les citoyens ?
Pour affronter une crise aussi grave, la première condition est de réunir les forces du pays. Or, ce système politique rend toute réunion impossible. Il faut donc le changer.

- Il paraît impossible, compte tenu des délais, d’opérer un redécoupage des circonscriptions électorales. Dès lors, comment procéder ?
Il n’y a qu’une possibilité réaliste, c’est la loi qu’avait fait voter François Mitterrand : un scrutin départemental, à la proportionnelle, avec un seuil à 5 % des suffrages exprimés. L’enracinement des élus est assuré par le lien avec le département. Et je rappelle qu’en 1986, avec ce scrutin, il y a eu une majorité. Les critiques crient à la IVe République. Ils réfléchissent toujours comme si c’était à l’Assemblée que se formaient les gouvernements. Or, de Gaulle, dans son discours fondateur, à Bayeux, en 1946, résout cette question : dans les institutions nouvelles, dit-il, le pouvoir ne proviendra pas du Parlement et des jeux partisans, il sera détenu par le président de la République. C’est lui qui formera le gouvernement « en tenant compte des nuances de l’Assemblée nationale ». Et il a toutes les armes pour empêcher les blocages ultérieurs.

- Quelles armes ?
Il forme et dirige le gouvernement dont aucune décision ne peut être prise sans son accord, le gouvernement est protégé par le 49-3, le président a le pouvoir d’organiser un référendum et il peut dissoudre l’Assemblée. L’instabilité est devenue impossible.

- Où en est l’état des réflexions au sein de la majorité présidentielle sur ce sujet ?
Cette ouverture à une loi électorale juste est dans le programme présidentiel. Sans doute y a-t-il des gens moins convaincus. Mais ceux qui pensent comme moi que c’est un sujet vital pour la nation, pour qu’elle retrouve une démocratie de confiance, ceux-là doivent prendre les choses en main.

- Qu’envisage le président de la République ?
Je sais que c’est une réflexion importante pour lui. Mais on ne peut pas attendre du seul président de la République qu’il impose une loi électorale. Au début du quinquennat peut-être. Mais, aujourd’hui, il serait accusé de manœuvre. Pour que les Français soient assurés de l’honnêteté de la démarche, il faut donc que l’initiative vienne de la base, des forces politiques du pays, y compris les minoritaires. Je suis pour une initiative commune des forces politiques intéressées, majorité ou opposition, sans exclusive. C’est l’assurance que personne ne pourra mal interpréter cette décision.

- Ce changement sera-t-il porteur d’une recomposition politique ?
C’est en tout cas le seul moyen de former les larges rassemblements dont le pays a besoin pour vaincre cette crise.

 

 

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