lundi 30 septembre 2019

Actualités du Centre. Plaidoyer de Bayrou en faveur d’une démocratie qu’il estime en danger

François Bayrou
Lors de l’«université de rentrée» de son parti, le Mouvement démocrate, François Bayrou a clôturé, comme d’habitude, les débats par un long discours au cours duquel il a évoqué la mémoire de Jacques Chirac, gommant tous les désaccords politiques profonds qu’il avait eus avec l’ancien président de la république pour se concentrer sur un hommage à ses réussites.
Il a également parlé, devant le Premier ministre, Edouard Philippe, de l’agenda qui se présentait à la majorité présidentielle en assurant ce dernier de la loyauté des troupes du MoDem.
On passera sur l’autosatisfaction qu’il a largement développée sur sa soi-disant préscience des événements au cours de laquelle il a prétendu, avec emphase et un brin de réécriture de l’histoire, qu’il avait prévu la crise des gilets jaunes, devenue dans sa bouche, une grave crise sociétale et politique alors qu’elle fut avant tout un mouvement de foule d’une violence et d’une défiance envers la démocratie par des manifestants instrumentalisés par des extrémistes et des populistes, que ceux-ci viennent d’en haut ou de la base, cette dernière provenance ne leur donnant pas plus de légitimité de parler et d’incarner le «peuple» comme on l’entend souvent dans la bouche de certains responsables politique dont nombre de la majorité présidentielle.
Mais, justement, à propos de la démocratie, il s’est lancé dans un large plaidoyer en sa faveur ainsi que dans la mise en garde face aux dures attaques dont elle est l’objet en France et à travers le monde.
Une partie du discours (lire ci-dessous) d’une grande justesse et rappelant cette attachement du Centrisme et des centristes pour ce système politique.

► Extrait du discours de François Bayrou sur la démocratie

Les jours qui viennent ne seront pas de tout repos, pas seulement parce que la France est la France et que la France est indocile, et c'est très bien comme cela, mais car le monde est agité de forces puissantes. Il est un poète que, je suis sûr, vous aimez, qui a grandi à Pau, qui est un des plus grands de la littérature mondiale, qui s'appelle Saint John Perse et qui l'a dit beaucoup mieux que qui que ce soit. Il a dit : «C'étaient de très grands vents sur toutes les faces de ce monde, qui n'avaient d'aire, ni de gîte… Ah ! Oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !».
Or, comme il arrive dans l'histoire des hommes, de très grands vents se sont levés et ce sont, hélas, pour beaucoup d'entre eux, des vents menaçants.
C'est très important de voir à quel moment de l'histoire nous sommes. Nous avons vécu deux siècles en fait, deux progrès à peu près continus de l'idée démocratique.
Bien sûr, il y a eu des guerres terribles avec des dizaines et des dizaines de millions de morts pour barrer la route à cette idée, des dizaines et des dizaines de millions de femmes et d'hommes martyrisés pour barrer la route à cette idée, mais il ne faisait, au fond, pas de doute pour personne que la démocratie était l'avenir de l'humanité, que c'était l'horizon vers lequel on allait.
La démocratie, pour nous, c'est très important. J'ai formé et présidé des mouvements politiques, ils avaient tous un point commun, il y avait le mot démocratie dans leur titre :
- Union pour la démocratie française,
- Force démocrate,
- Mouvement démocrate,
- Parti démocrate européen, si important, je le dis aux Députés européens, dans la période qui vient.
Pour nous, cela a une signification très précise et nous aimons beaucoup faire référence à la formule de Marc Sangnier, grand philosophe et, au fond, initiateur de cette famille, il disait ceci : «La démocratie, c'est l'organisation sociale qui porte à son plus haut la conscience et la responsabilité des citoyens».
Et, nous, nous croyons que c'est un projet de société, nous croyons, nous, que chacun d'entre nous, membres du même peuple, peut prendre la mesure des défis qui sont devant nous et s'associer à la résolution de ces défis. C'est un horizon et c'est une idée optimiste, pour ne pas dire utopique, mais nous croyons que le monde a, pour avancer, besoin d'utopie.
Or, aujourd'hui, partout le doute s'est installé. Ce n'est pas seulement que l'on n'arrive pas à atteindre la démocratie, c'est que des peuples, par milliards de citoyens, ont décidé que la démocratie n'était pas le but à atteindre, que ce n'était pas cela qui devait faire rêver, que c'était, au fond, une opinion qui pouvait être dépassée, combattue, surpassée par beaucoup d'autres opinions et, si on m'avait dit dans ma vie que je verrais le Premier Ministre britannique suspendre les travaux du Parlement britannique pour faire plus facilement son affaire sur un sujet controversé et difficile, je dois avouer que je ne l'aurais pas cru.
Je dis au passage à ceux qui sont historiens ou qui s'occupent de sciences politiques que la décision que la Cour suprême britannique a prise à l'unanimité de ses onze membres en disant que la décision que Bois Johnson avait fait prendre à la Reine d'Angleterre était une décision illégale, nulle et non avenue et la Présidente de la Cour suprême a dit : «C'est comme si rien n'avait été écrit sur une feuille blanche».
Cette décision-là, tous ceux qui s'intéressent aux constitutions au travers du monde, dateront ce jour-là comme la naissance ou l'entrée de la Grande-Bretagne, du Royaume-Uni, dans un nouveau schéma institutionnel, cette fois-ci définitivement fixé et nous avons vu cela de nos yeux et je dois dire que, pour cette raison-là, nous avons été, moi en tout cas, remplis de gratitude à l'égard des défenseurs de la démocratie britannique.
Vous voyez le Brésil, vous voyez Donald Trump, vous voyez ce qui se passe autour de l'Iran, vous voyez la Russie, la Chine et, en prononçant «vous voyez la Chine», je pense «vous voyez Hong-Kong», ce qui se joue à Hong-Kong, c'est évidemment quelque chose qui concerne l'avenir de l'équilibre politique de la planète et de milliards de citoyens.
Vous voyez l'Algérie, plus près de nous, ce qui se joue tous les vendredis en Algérie, avec un peuple immense de citoyens ayant fait l'option de la non-violence, refusant de tomber dans le piège de la violence, manifestant aux yeux de tous leur volonté de résister à une oppression et, au fond, à un arbitraire, cela ne concerne pas seulement le destin de ce pays ami et tellement lié à nous, cela ne concerne pas seulement les citoyens algériens, cela nous concerne tous et je voulais, de cette tribune, envoyer une pensée aux démocrates algériens.
Partout dans le monde, la démocratie apparaît comme un embarras pour les puissants et un obstacle pour la puissance aveugle. Or, est arrivé le moment de rappeler que la démocratie, c'est d'abord la protection des faibles, car malheur aux faibles si la démocratie est affaiblie. Ce sont eux qui paieront les pots cassés en premier.
Or, la démocratie souffre d'abord de l'idée qu'elle est impuissante. Elle souffre de l'idée qu'elle est incapable de résoudre les problèmes à l'intérieur et qu'elle est incapable de trouver un équilibre pour les résoudre sur la scène du monde, à l'extérieur.
Et les citoyens ne voient que des grands-messes qui ne servent à rien, des débats dont ils ne comprennent pas le sens, des élections qui ne changent rien, qui ne changeaient rien, une incapacité à prendre en charge les attentes matérielles et les attentes morales, je n'ose pas dire spirituelles, bien que je croie que ce soit exactement de cela dont il s'agit, attentes de justice et attentes d'identité.
Alors, je dis cela, attentes d'identité, car nous allons ouvrir des débats sur ce sujet et je trouve ces débats justes, courageux et, pour tout dire, indispensables, parce que, lorsque des problèmes sont identifiés par tous les citoyens et que l'organisation du pouvoir paraît ne pas les saisir à bras-le-corps, alors se développe une défiance et cette défiance est proprement mortelle.
Je regarde donc cette évolution du monde avec les menaces qui viennent de partout et j'observe qu'il existe un pays dans le monde, une voie dans ce pays qui résiste à cette dérive, à ce glissement continu vers l'échec et vers l'impuissance, ce pays, c'est la France et, cette voix, c'est celle du Président de la République française.
Je veux partager avec vous ce sentiment très simple : j'ai été très fier au moment du G7, pas seulement parce que l'on était au Pays Basque, que la lumière était magnifique et que les Pyrénées à l'horizon, déployaient un feston qui rendrait inoubliable cet événement, pas seulement pour cela, j'ai été très fier, car, aussi loin que je m'en souvienne, ces grands événements, ces grandes messes, ces mises en scène, elles ne débouchaient sur rien et, pire encore, sur rien de surprenant.
C'était du business as usual, comme disent les Anglais et, pour une fois, grâce au Président Emmanuel Macron, on a vu le scénario de l'impuissance écrit à l'avance démenti dans les faits, car un homme est allé prendre par la main le chef d'État supposé le plus puissant de la planète et des interlocuteurs qui sont parmi les plus incommodes, dangereux parfois, pour essayer de les mettre en présence les uns des autres et de montrer à tous les citoyens du monde qu'il y avait quelque chose à faire, car, au fond, les positions politiques se divisent en deux.
Il y a les gens qui baissent les bras, car ils croient que, finalement, au bout du compte, il n'y a rien à faire et il y a les gens qui, comme nous le faisons ici et aujourd'hui, dans l'organisation de la démocratie française, croient que l'on peut et on doit, si on est un citoyen, choisir de changer le monde.
C'est de la résistance, mais ce n'est pas de la résistance, comment dirais-je, bêtement, angélique, bisounours, c'est de la résistance active, infatigable et, d'une certaine manière, ce simple geste et cette simple journée prolongée lors de l'Assemblée générale de l'Organisation des Nations Unies ont changé un peu encore, seulement un peu, mais c'est décisif, les relations internationales.


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