lundi 9 décembre 2019

Vues du Centre. La réaction clanique du MoDem face à la mise en examen de Bayrou

Par Jean-François Borrou

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes.

François Bayrou
Vous n’avez jamais rien fait de répréhensible parce que vous êtes d’une honnêteté irréprochable, selon vos propres dires, surtout, vous n’êtes au courant de rien parce que vous ne vous occupiez pas de la gestion du parti, ajoutez-vous.
Mais, monsieur Bayrou, qui peut croire sérieusement une seule seconde que quelque chose puisse se passer à l’intérieur du Mouvement démocrate sans que vous l’ayez décidé ou, au minimum du minimum, sans que vous soyez mis au courant?!
Il suffit d’avoir été militant d’un parti que vous avez dirigé pour être halluciné par une telle assertion.
Votre défense à propos des faux attachés parlementaires européens de votre parti a, de plus, quelque chose d’indécent pour un homme comme vous qui ne cesse de répéter à longueur de journée qu’il faut être responsable, qu’il faut assumer ses actes et qu’il faut un monde politique propre et qui se présente encore comme un parangon de vertu, critiquant sans cesse ceux qui ont fauté comme Nicolas Sarkozy ou Bernard Tapie, par exemple.
Car, plus que ce détournement de fonds qui a assuré la survie du MoDem dans une période critique, c’est votre défense par vous-même et tous vos admirateurs transis, pardon, les dirigeants, les élus et les militants de votre formation qui est choquante.
Et, surtout, d’un ridicule pathétique quand on entend par exemple le chef de vos députés, Patrick Mignola, dresser le panégyrique de son patron, vous même – à moins que ce soit des éloges funèbres de votre carrière politique! – dont on a peine à croire les déclarations selon lesquelles que vous seriez, le messie dont la république à si besoin, la boussole qui lui permet de toujours indiquer la direction.
Le pire, monsieur Bayrou, c’est qu’en la circonstance, vous avez agi comme l’a fait Marine Le Pen pour les mêmes raisons, renflouer les caisses du parti et payez ses salariés avec l’argent venant de l’Union européenne grâce aux députés élus au Parlement européen, une pratique du RN que vous avez largement condamné et que vous avez raison de condamner.
Et c’est à cause de ce «splendide isolement» où vous l’avez constamment cantonné pendant des années pour votre unique ambition personnelle que le MoDem a du agir ainsi pour ne pas mettre la clé sous la porte.
Voilà qui n’est pas très reluisant pour le Centre que vous prétendez incarner même si vous n’en êtes pas le premier dirigeant auquel la justice s’intéresse.
Nous passerons rapidement, comme cela a été le cas pour vous-même, physiquement parlant, sur votre passage – que vous aviez accepté comme une récompense de votre vertu – place Vendôme en tant que garde des Sceaux…
Que vous défendiez votre innocence quand tant d’éléments sont contre vous, pourquoi pas, c’est votre droit.
Que cette affaire, si vous être jugé coupable, ne vous empêche pas de continuer à faire de la politique et à être élu après avoir purgé votre peine, si une est prononcée, pourquoi pas, non plus, vous n’avez certainement pas franchi la limite de l’acceptable, loin de là, à l’opposé d’un Jérôme Cahuzac ou d’un Patrick Balkany.
Mais on aurait aimé un peu plus de décence dans les réactions de vos troupes qui vous comparent à un martyr parce que l’on vous accuse de détournement de fonds à de quoi choquer.
Cela rappelle un peu les réactions claniques des membres du RN à l’égard des mises en examen de la famille Le Pen.
Parce qu’en plus, l’on se plaisait à penser qu’il y avait quelques uns des membres du MoDem qui avaient commencé à ne plus être des fans ardents mais des hommes et des femmes politiques plus libres et responsables, capables de s’émanciper de votre tutelle parce qu’ils avaient compris que ce n’est pas un homme que l’on défend quand on fait de la politique mais des idées et des valeurs, surtout quand on est centriste où l’on déteste l’être providentiel.
Ce sera sans doute pour une autre fois, s’il y en a une…

Jean-François Borrou

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