mardi 8 décembre 2009

Une semaine en Centrisme: Quand la bataille pour l’UDF traduit le malaise des centristes

Le Nouveau Centre veut exister, le Mouvement démocrate s’aperçoit que son électorat ne veut pas d’une alliance à gauche et l’Alliance centriste veut trouver un sens à son slogan «Rassembler les centristes». Alors, quand le Nouveau Centre déclare par la voix de son président, Hervé Morin, qu’il veut récupérer le nom de l’UDF, en estimant que «le Nouveau Centre est l’UDF d’aujourd’hui», la bataille qui s’ensuit dans le landerneau centriste traduit le malaise de cette famille politique à la recherche de son unité et, surtout, de son identité.

Car l’UDF est bien l’héritage commun à ces trois formations même si l’une d’elle, le Mouvement démocrate, a décidé de lui tourner le dos alors qu’un nombre conséquent de ses militants en sont toujours nostalgiques. Et au-delà de l’héritage, la formation créée en 1978 demeure la référence d’un passé glorieux où un président de centre-droit, Valéry Giscard d’Estaing, était supporté par une formation centriste qui fut même, un court instant, le premier parti de France. Une référence qui fait office d’identité pour nombre de militants qui se retrouvent dispersés aujourd’hui dans les trois partis précités mais aussi à l’UMP ou au Parti radical. Sans parler de ceux qui ne sont plus encartés. Cela dit, on ne peut être qu’étonné de cette bataille initiée par les propos d’Hervé Morin.

Car comment le Nouveau Centre peut-il revendiquer l’héritage centriste de l’UDF en faisant partie d’une majorité présidentielle où se trouve aujourd’hui Philippe de Villiers et son parti de la droite extrême mais où, surtout, il n’est qu’un supplétif du parti de droite alors que justement la création de l’UDF traduisait la volonté de créer un pôle indépendant du Centre capable de faire front face à la Droite et à la Gauche? Comment, de son côté, le Mouvement démocrate peut-il encore se revendiquer de l’UDF (ou revendiquer son nom) alors qu’il est prêt à s’allier aux communistes et à des écologistes d’extrême-gauche comme José Bové dans des scrutins locaux et qu’il gère des villes déjà avec eux? Oui, la bataille autour du nom UDF traduit bien ce malaise où une fois de plus se trouvent les partis se réclamant du Centre. Exister n’est pas synonyme de compromission. Tant que les formations centristes ou se présentant comme telles n’auront pas adopté une ligne politique claire et indépendante, c’est-à-dire un Centrisme du juste équilibre qui est l’originalité du Centre et son identité alors on verra naviguer à vue ces petites barques centristes regroupant quelques troupes où se trouvent plus d’opportunistes que de vrais croyants.

L’Alliance centriste, le troisième larron, pourrait devenir le point d’ancrage nécessaire en vue de la refondation du Centre. Mais, pour cela, il faut que ses leaders ne bradent pas l’idéal centriste et fassent la chasse à tous ceux qui, en mal d’idées politiques, veulent se mêler à un mouvement qui deviendrait alors sans personnalité. Sa volonté d’indépendance est de ce point de vue un bon point. Il lui reste à démontrer qu’il est une vraie force politique qui peut séduire une part conséquente de l’électorat centriste et regrouper les autres partis autour d’une confédération.


Jean-Louis Pommery

Directeur des études du CREC

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