jeudi 4 juin 2015

Une Semaine en Centrisme. Bayrou: de l’utilité d’être détesté par Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy n’aime pas François Bayrou qui le lui rend bien.
Que les propos de l’ancien président de la république rapportés par des tiers et publiés dans la presse (Bayrou et la maladie de Jean-Louis Borloo puis Bayrou et le sida dans le Parisien, Bayrou, «le bègue» qu’il faut «crever» dans le Canard Enchaîné, entre autres) soient vrais ou faux, importe peu.
Leur inimitié est réelle et, d’ailleurs, aucun d’entre eux ne la conteste.
Certains la datent de l’élection présidentielle de 2012 où, au deuxième tour, François Bayrou a voté pour l’adversaire de Nicolas Sarkozy, François Hollande.
Il est sûr que cet épisode ne les a guère rapprochés mais leurs mauvaises relations sont nettement plus anciennes et étaient sur la place publique durant tout le mandat de président de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012.
N’oublions pas qu’en 2007, François Bayrou n’avait pas appelé, déjà, à voter pour Nicolas Sarkozy.
Quoi qu’il en soit, on ne voit pas aujourd’hui comment les deux hommes pourraient se réconcilier.
D’ailleurs, ils ne semblent pas en avoir envie.
Surtout, ils n’en ont pas intérêt!
En marquant son hostilité à François Bayrou, Nicolas Sarkozy joue aussi un jeu politique qui lui permet de bien s’ancrer à droite tout en «acceptant» les centristes de l’UDI qui eux-mêmes se définissent comme de centre-droit, donc «acceptables» dans la stratégie sarkozyste.
De son coté, François Bayrou, qu’il l’ait souhaitée ou non, bénéficie de cette hostilité pour raffermir sa stature d’homme politique national et, peut-être, de concurrent de Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2017.
- Elle lui donne une plus-value politique centrale car la détestation (comme je l’ai écrit) permet d’exister, de montrer que l’on a une personnalité mais aussi de rassembler son camp autour de soi.
- Elle lui permet d’affirmer qu’il est dans l’opposition avec la droite tout en marquant sa différence, c’est-à-dire d’être aussi ailleurs, au centre du Centre et de ne pas se couper d’une partie de son électorat qui n’a pas toujours bien compris son positionnement ces trois dernières années ainsi que de pouvoir, s’il le faut, séduire les électeurs de la gauche modérée en 2017.
- Elle lui permet de jouer la victime d’une haine qui justifie a posteriori ses attaques contre Nicolas Sarkozy qu’il a multipliées dans les médias mais aussi dans ses livres.
- Elle lui permet aussi de s’en amuser, de trouver qu’être «l’obsession» de Sarkozy est «rigolo», donc de ramener ce dernier à celui qui est le responsable de cet état de fait de par son caractère, de par ses travers, surtout de sa personnalité profonde, donc de ridiculiser l’agresseur tout en prenant de la hauteur.
- Elle lui permet enfin de se montrer droit dans ses bottes en dramatisant les propos de Nicolas Sarkozy quand cela l’arrange en déclarant, par exemple, suite à l’article du Canard Enchaîné, «Je n’ai jamais eu peur de Nicolas Sarkozy».
Dès lors, si François Bayrou est le grand bénéficiaire de ces rapports conflictuels, en tout cas s’il en tire plus d’avantages que Nicolas Sarkozy, pourquoi ce dernier ne joue pas plutôt la carte du mépris face à celui qu’il considère comme un traître?
On a évoqué son intérêt politique ainsi que sa personnalité.
Il ne faut pas oublier de rajouter, toujours en matière politique, que François Bayrou sera un soutien d’Alain Juppé pour la primaire des Républicains et, éventuellement, pour une candidature «indépendante» du maire de Bordeaux.
Taper sur Bayrou, c’est donc également taper sur Juppé sans entrer – pour l’instant – dans une polémique dure avec ce dernier qui pourrait être beaucoup plus préjudiciable pour son image que de s’en prendre à un centriste.
Du coup, Bayrou devrait continuer à être le punching-ball favori de Sarkozy et… en retirer du profit.
Mais que se passera-t-il si Nicolas Sarkozy est le candidat des Républicains et François Bayrou, celui du MoDem en 2017 et que le premier nommé a besoin des voix du second pour le deuxième tour?
Sans doute que Bayrou aura du mal à appeler à voter Sarkozy, sauf s’il y a Marine Le Pen en face.
Mais ce que Sarkozy sait, c’est qu’il lui sera pratiquement impossible d’appeler à voter pour le candidat de gauche, d’autant plus s’il s’agit de François Hollande.
Donc, in fine, l’essentiel sera que la grosse majorité des voix qui se sera portée sur le président du Mouvement démocrate ira au président des Républicains, mécaniquement, puisque Bayrou est dans l’opposition au pouvoir socialiste.
Voilà pourquoi les hostilités entre les deux hommes ne sont pas prêtes de se terminer et pourquoi cela ne les gêne pas le moins du monde, bien au contraire.
Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC



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