Voici une sélection, ce 6 février 2026, des propos tenus par des centristes dans les médias ou sur les réseaux sociaux en France à propos de la nomination du gouvernement puis de la démission du premier ministre.
► Emmanuel Macron (Président de la
République)
> Aux jeunes filles et aux femmes : on a besoin de vous dans les
métiers scientifiques !
> Pour une Europe qui décide pour elle-même, plus compétitive et plus souveraine. Au travail avec le Président du Conseil européen et la Présidente de la Commission européenne pour préparer la rencontre des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne de la semaine prochaine sur la compétitivité. Mon message : accélérer notre agenda d’indépendance européenne. Investir, protéger, diversifier et simplifier, plus vite.
> [Pour la troisième année consécutive, la France prend la première place européenne pour son écosystème de start-up] On continue !
> [Rythme scolaires] Il faudrait aller vers des journées plus courtes pour nos collégiens et nos lycéens, sans doute commencer un peu plus tard le matin, avoir des journées qui finissent plus tôt pour pouvoir faire du sport ou des activités culturelles. La contrepartie, c'est sans doute d'avoir des vacances plus courtes. On pourrait reprendre un peu plus tôt au mois d'août, on pourrait partir un peu plus tard en vacances. Je pense qu'un gros mois de vacances, ce serait envisageable. La France a de très longues vacances et plus de vacances souvent que les autres pays.
> [Précarité étudiante] C'est ce qui nous a conduit à faire les repas à 1 euro, à travailler sur l'accompagnement des jeunes, à améliorer notre système de bourse, à mieux accompagner les jeunes sur les sujets de la santé mentale. On n'est pas au bout du chemin, mais la France est l'un de pays qui a le plus fait sur le sujet. Il y a très peu de pays dans le monde où l'université et la sécurité sociale étudiante sont gratuites.
> En France, on croit dans la science ! C’est pourquoi j’ai lancé le 5 mai dernier un appel clair et ouvert au monde : pour la science, choisissez la France. Très fier de voir que cet appel a trouvé un écho puissant. Une quarantaine de chercheuses et chercheurs de tout premier plan ont choisi la France. Avec France 2030, nous avons investi plus de 30 millions d’euros pour faire avancer la santé, le climat, l’intelligence artificielle ou les sciences fondamentales. La science a trouvé sa terre d’avenir.
> [Jeux vidéo] Quand
on passe 5 ou 6 heures par jour à tuer des gens, ça conditionne.
Quand on passe des heures sur un jeu où on descend tout le monde, dont
Fortnite, ce n’est pas ça la vie. Ça déréalise le rapport à la violence et ça
conditionne. Je suis pour que les familles jouent leur rôle. (…)
Il est clair que la violence qui s’installe dans la société chez les plus
jeunes est aussi liée au fait que les enfants et les adolescents sont beaucoup
plus exposés à de la violence dans des vidéos ou dans les jeux vidéo. (…)
Avant de prendre une mesure nationale, je veux que la science m’éclaire. Il
faut sensibiliser parents et enfants. (…)
On va confier à des experts, et au Conseil national du numérique et de l’IA aussi, un travail pour essayer de mesurer scientifiquement l’effet des jeux vidéo sur les enfants et les ados. Si un consensus scientifique venait à démontrer que certains usages, notamment le fait de passer cinq à six heures par jour à tuer des gens est très mauvais, peut-être qu’il faudra interdire, il ne faut rien exclure pour protéger nos enfants et nos ados.
► Gouvernement
● Ministres centristes/centraux
Roland Lescure (ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté
industrielle, énergétique et numérique)
> Il y a un budget qui va réduire le déficit public de 5,4 à 5% cette année,
mais aussi et surtout de financer des politiques publiques. La défense, on en a
beaucoup parlé, donc on peut financer les associations, pour lesquelles il y
avait un risque évidemment en loi spéciale. On va augmenter les rémunérations
de trois millions de Français de cinquante euros. Donc bref, on entre en 2026,
j'allais dire enfin, on est en février, il était temps, avec un budget qui
tourne, une France qui tourne, et surtout beaucoup de travail pour continuer à
la développer.
> [Déficit public] l'année dernière, on s'était donné 5,4%, on l'a tenu. Et cette année, on se donne 5%, et on va tout faire pour le tenir. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'en pratique, on va faire ce qu'on appelle un Comité de suivi et d'alerte. Donc, tous les mois, on va rassembler les parlementaires, leur rendre des comptes sur le budget. On va suivre les budgets de tous les ministères, de tous nos collègues, euro après euro, de manière à ce que ce qu'on a promis, on le livre. Mais ce qu'on peut reconnaître, c'est qu'on l'a livré l'année dernière, ça commence plutôt bien.
> Je suis un macroniste de la première heure qui est conscient de la situation politique à laquelle on fait face. On est face à une Assemblée nationale extrêmement éclatée, avec onze groupes parlementaires, huit qui ont décidé de jouer le jeu pour le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale, seulement cinq qui au fond ont décidé de jouer le jeu sur le budget. Donc ce budget, on a vu l'extrême droite qui le qualifiait d'extrême gauche, l'extrême gauche qui le qualifiait d'extrême droite, au fond il n'est ni l'un ni l'autre. C'est un budget de compromis qui permet d'avancer, et qui au total, moi, c'est l'essentiel, permet de préserver la croissance. On a eu plutôt des bonnes nouvelles pour 2025, je pense qu'on en aura, je l'espère, en tout cas des bonnes pour 2026.
> on s'attendait à 0,7% de croissance, l'INSEE l'a dit il y a trois jours, 0,9%, ça c'était l'année dernière. Nous on espère 1% cette année, on est bien parti. C'est-à-dire que déjà à la fin de l'année 2025, on a embarqué, si je puis dire, 0,5% de croissance. Donc pour faire 0,5% de plus, on a une année pour le faire. Moi j'ai confiance dans les entreprises qui ont continué à investir l'année dernière, malgré tout ce qu'on a dit, qui se sont remises à exporter, c'est important dans un monde bouleversé, et même les consommateurs se mettent à consommer.
> [Franco-canadien] Ce que je sais, c'est que ceux qui me reprochent ça, ce sont des gens qui ont été financés par la Russie de Vladimir Poutine jusqu'à ce que vous, on interdise le financement par des partis étrangers. Monsieur Bardella, vous savez ce qu'il disait il y a un an quand Monsieur Trump a été investi ? " Un vent de liberté souffle sur l'Amérique et nous ferons souffler le même vent en France ". Qui se précipitait à l'investiture de Donald Trump il y a un an, presque jour pour jour ? Louis Aliot, sans doute pour le bien de Perpignan ou leur amie Sarah Knafo qui est sur le même terrain. Aujourd'hui, on a des gens qui ont des intérêts aux États-Unis, qui ont visiblement des connivences avec une certaine partie du pouvoir américain et qui viennent me reprocher les liens avec les États-Unis que je n'ai pas. Vous l'avez dit, j'étais Canadien. Qu'est-ce qu'on me reproche ? D'avoir passé huit ans de ma vie, j'ai bientôt soixante ans, au Canada, d'avoir la double nationalité? Une polémique habituelle de la part de l'extrême droite qui n'aime pas les binationaux. Alors Canadiens, déjà pas beaucoup, quand ils sont franco-algériens, franco-marocains, franco-tunisiens... On est effectivement dans une polémique dégueulasse qui cherche à décrédibiliser un ministre qui, je le rappelle, a tout abandonné, je le disais tout à l'heure, pour rejoindre Emmanuel Macron en 2017, qui a mis un océan entre lui et sa famille pour s'engager, qui est très heureux de l'avoir fait et qui n'a de procès en souveraineté ou en intégrité à recevoir de personne. Surtout, et je finis là-dessus, d'un parti qui, la dernière fois que j'ai vérifié, était poursuivi en justice pour détournement de fonds publics. Franchement, pas de leçon, c'est dégueulasse.
> L’adoption en première lecture de la proposition de loi de Marie-Noëlle Battistel et de Philippe Bolo marque une étape décisive pour l’avenir de l’hydroélectricité en France. Elle est le fruit de 10 ans de travail acharné des parlementaires et des ministres de l’énergie successifs, que je veux saluer.
> [Hydroélectricité / Intervention à l’Assemblée]
La proposition de loi que nous examinons aujourd’hui a un objectif clair :
relancer les investissements dans l’hydroélectricité en France. Je n’ai pas
peur de le dire, aujourd’hui est un grand jour : il vient clore près de
dix ans de travail acharné – et plus de quinze ans d’histoire – de parlementaires et de
ministres de l’énergie successifs. Je tiens à remercier l’implication de plusieurs de mes prédécesseurs, notamment Agnès Pannier-Runacher, Olga
Givernet et Marc Ferracci, ici présent. Vous l’avez dit, madame Battistel, cela fait environ dix-huit
mois qu’on avance fort, ce qui correspond au moment où j’ai quitté le ministère de l’énergie – il était peut-être temps que je parte pour que mes successeurs soient
un peu plus efficaces que moi. Au-delà de la boutade, bravo et merci pour les efforts !
Je tiens également à remercier les parlementaires qui ont travaillé sur ce sujet, dont
plusieurs sont présents ici ce soir : Marie-Noëlle Battistel et Philippe Bolo, évidemment, M. Albertini, M. Brugerolles, M. Vincent Rolland – avec qui nous avons beaucoup parlé de barrages lorsque
nous étions membres de la
commission des affaires économiques il y a quelques années –, M. Fugit, ici présent, et
M. Mazars. Cela a été un travail exemplaire de coconstruction – je n’aime pas beaucoup ce
terme mais en l’occurrence il s’applique bien. Cela a été long, dur, fastidieux,
mais si cette proposition de loi est votée, je pense que cela aura été un beau succès.
Ce texte intervient dans une période décisive pour le devenir d’un secteur clé de notre puissance énergétique. Il entend mettre fin à une situation d’incertitude juridique prolongée, qui a freiné l’investissement, affaibli
le potentiel économique du secteur et compromis l’optimisation d’une énergie
pourtant stratégique.
L’hydroélectricité est en effet la première source d’électricité renouvelable
en France. Elle contribue à assurer la compétitivité de notre industrie, notre
indépendance énergétique et notre capacité à réussir les transitions numérique
et environnementale. Nous pouvons en être fiers : la France dispose
aujourd’hui, notamment grâce à l’hydroélectricité, de l’énergie la plus
décarbonée et la plus pilotable d’Europe, tout cela à des prix très compétitifs
et en abondance. Pas moins de 95 % de notre production d’électricité est
décarbonée et nous en exportons beaucoup – plus de 90 térawattheures en 2025, soit le plus haut niveau de
notre histoire.
Cet avantage comparatif, nous le devons à nos parents et grands-parents, qui ont investi dans
le nucléaire et dans l’hydroélectricité. Quand on y regarde de plus près, le développement de nos barrages a été complémentaire de la
construction de nos centrales nucléaires. Certains de nos barrages sont plus
anciens que les centrales – le barrage de Pont-de-Lignon en
Haute-Loire, mis en service en 1905, témoigne de cette longue histoire. Nous n’avons cessé de développer cette énergie, en particulier
dans les années 1980, pour accompagner la montée en puissance du parc nucléaire et apporter la nécessaire flexibilité à notre système électrique.
Nous devons garantir le même avenir à nos enfants et nous assurer de conserver notre puissance énergétique. L’hydroélectricité est
essentielle pour y parvenir. Elle constitue un des fondements de notre
souveraineté énergétique. En effet, la France dispose du plus important parc
hydroélectrique de l’Union européenne, avec 340 concessions, qui
représentent plus de 20 000 emplois, dont 15 000 dans
l’exploitation et la maintenance. Elle est notre deuxième source d’électricité
après le nucléaire et couvre 13 % de nos besoins électriques. Par
ailleurs, l’hydroélectricité offre la flexibilité indispensable à l’équilibre
de notre système électrique. Cette flexibilité n’est pas une évidence. Elle est
essentielle à la gestion de notre production d’électricité et fait parfois
défaut à certains de nos voisins européens.
Toutefois, les investissements dans ce secteur sont paralysés depuis maintenant
plus d’une décennie, en raison d’un différend entre la conception française de
cette énergie et celle de la Commission européenne. Depuis dix ans, la
Commission a ainsi ouvert deux précontentieux. L’un porte sur l’absence de
remise en concurrence des concessions, l’autre conteste la position d’EDF sur
le marché. C’est à ces deux enjeux que nous souhaitons répondre.
Cette situation bloque toute modernisation, toute extension, tout
investissement, dans un secteur qui en a pourtant besoin. Les stations de
pompage – les fameuses Step, qui stockent l’eau, donc l’énergie, lorsque nous en
produisons trop et la restituent lorsque nous en manquons – sont indispensables
pour compenser l’intermittence du solaire et de l’éolien. Alors qu’au moins 1,5 gigawatt de capacités nouvelles seraient à
mettre en service d’ici 2035, les investissements importants qu’elles
nécessitent ne sont pas réalisés.
La proposition de loi, j’y insiste, est le fruit d’un long travail
parlementaire, transpartisan, constructif, qui a commencé ici, en 2025, et qui
s’est poursuivi au Sénat. Elle démontre la capacité des parlementaires à se
réunir autour d’enjeux stratégiques pour le pays quand il le faut. Je tiens de
nouveau à saluer votre travail, madame la rapporteure, monsieur le rapporteur,
car vous avez mené ce combat avec conviction et persévérance. Ce sont les
conclusions de votre rapport, rendu en mai 2025, qui ont été le socle des
négociations entre le gouvernement et la Commission européenne. Ces
négociations, conduites en lien étroit avec vous, ont abouti à un accord de
principe à la fin de l’été 2025 – accord qui, je le répète, doit être respecté.
Nous passons d’un régime de concession à un régime d’autorisation. Les concessionnaires actuels pourront poursuivre l’exploitation des
installations existantes dans un cadre sécurisé. Ils seront maintenus pour
soixante-dix ans, avec le droit d’utiliser les installations, qui resteront
propriété de l’État – c’est important. L’ouverture encadrée du marché de l’hydroélectricité est la contrepartie demandée par la Commission européenne afin de rendre ce régime compatible avec le
droit de la concurrence. C’est la raison pour laquelle 40 % de notre hydroélectricité devra être accessible à des tiers sur le marché. EDF mettra ainsi à disposition
6 gigawatts au moyen d’enchères, qui s’effectueront sous le contrôle de la
Commission de régulation de l’énergie. Précisons qu’il s’agira d’enchères
concurrentielles : EDF ne sera évidemment pas amenée à brader des
électrons dans les conditions financières dans lesquelles elle n’aurait pas
souhaité le faire en temps normal.
La proposition de loi encadre solidement ce nouveau régime d’exploitation grâce
à des garanties juridiques, financières et sociales recommandées par la mission
d’information parlementaire, puis validées par la Commission européenne. Elle
préserve toutes les fonctions assurées par nos barrages : régulation des
cours d’eau, soutien d’étiage, prévention des inondations et irrigation
agricole. Elle maintient les équipes d’exploitation sur place et est sans
incidence sur le statut des salariés. Elle préserve la qualité du dialogue
construit dans la durée avec les acteurs locaux et les retombées fiscales pour
les collectivités territoriales. Surtout, elle n’implique pas la cession des
ouvrages et des installations, qui demeureront la propriété de l’État.
Cette proposition tourne la page des difficultés du secteur pour écrire une
nouvelle page ambitieuse de l’histoire de l’hydroélectricité française. Elle
réconcilie nos ambitions de souveraineté énergétique avec les exigences
européennes, tout en préservant les intérêts de l’État, des territoires, des
salariés et des consommateurs. Elle offre de la visibilité et de la sécurité
juridique aux acteurs économiques et favorise ainsi la relance
d’investissements massifs. Elle permet de maintenir et de créer des dizaines de
milliers d’emplois et génère des contrats pour nos industriels dans nos
barrages, au bénéfice de la transition énergétique, des commerces dans nos
vallées, de la gestion de l’eau et de la lutte contre le changement climatique.
C’est donc tout naturellement que le gouvernement en souhaite l’adoption.
Jean-Noël Barrot (ministre de l’Europe et
des Affaires étrangères)
> Suite et fin de ma mission anti-Daech en Irak, à Bagdad et à Erbil. C'est
d’ici que des militaires français mènent ce combat sans relâche dans le cadre
de l'opération Chammal. C'est ici que les vaillants Pershmerga kurdes et
l’armée fédérale irakienne ont repoussé les assaults de l'Etat Islamique. Avec
le général Mazloum et la générale Afrin, commandante en chef des YPJ, j'ai
abordé la poursuite de ce combat en Syrie, le rôle qu'y joueront les Kurdes, et
leur processus intégration militaire, administrative et civile.
> Le programme nucléaire iranien soulève pour la France des enjeux de sécurité.
> Je suis aujourd’hui à Damas, un an et quelques jours après ma première visite sur place, qui faisait suite à la chute du régime criminel de Bachar al-Assad.
À la suite des événements de ces dernières
semaines en Syrie, une escalade militaire a conduit la France à se mobiliser à
tous les niveaux, avec l’implication personnelle du Président de la République,
pour éviter un bain de sang, faciliter un cessez-le-feu, pour qu’un accord soit
trouvé, signé le 29 janvier dernier entre le gouvernement syrien et les forces
kurdes. Accord qui garantit à la fois les droits sécuritaires et politiques des
Kurdes de Syrie, qui garantit aussi la sécurité des prisons du Nord-Est du
pays, et qui permet de poursuivre la lutte inlassable que mène la France aux
côtés de ses partenaires contre Daech. Puisque c’est, je le rappelle, depuis la
Syrie de Bachar al-Assad, il y a dix ans, qu’ont été fomentés les attentats du
Bataclan qui ont ensanglanté notre pays.
Depuis dix ans, la France a combattu sans relâche et sans pitié les terroristes
de Daech, en Irak comme en Syrie. Nous l’avons démontré une nouvelle fois, ces
dernières semaines, lorsque par deux fois, la France a mobilisé ses moyens
militaires au sein de la coalition internationale contre Daech, en lien avec le
gouvernement de la Syrie, pour frapper les installations et les opérations de
Daech en Syrie.
La poursuite de ce combat est une priorité absolue. Je l’avais exprimée comme
telle au président al-Charaa il y a un an, et je suis venu réaffirmer cette
priorité absolue de la France, ici en Syrie.
Nous avons également abordé la mise en œuvre de l’accord du 29 janvier, qui
progresse. Mise en oeuvre que j’aurai l’occasion d’aborder également avec le
général Mazloum, qui dirige les Kurdes de Syrie, et que je rencontrerai tout à
l’heure en Irak.
Nous avons pu aborder également la relation entre la France et la Syrie. La
France s’est tenue aux côtés du peuple syrien, victime d’une répression barbare
de la part du régime de Bachar al-Assad. La France se tient aux côtés du peuple
syrien, au moment où il dispose désormais de la capacité à se construire un
avenir nouveau. Que ce soit dans le domaine du redressement institutionnel ou
du redressement économique, la France apportera le soutien et les ressources
susceptibles d’assurer la réussite qui est, je crois, au cœur du projet du
gouvernement syrien.
> [Discours au Kurdistan] Monsieur le Président, cher
Netchirvan, pour votre accueil à Erbil, dans ce Kurdistan qui a une place toute
particulière pour la France.
Chacun ici connaît la force de notre lien historique.
Chacun sait que c’est à l’initiative de la France que fut votée la résolution
688 du Conseil de sécurité, avec sa zone d’exclusion aérienne assurée par les
pilotes français, qui mit fin au massacre des Kurdes par Saddam Hussein et
ouvrit la voie à l’autonomie du Kurdistan. Chacun garde en mémoire les combats
communs des forces armées françaises et des valeureux peshmergas, auxquels la
ville de Paris a rendu hommage récemment, mais aussi des forces démocratiques
syriennes pour arrêter Daech aux portes d’Erbil et de Kobané. Le président
Hollande fut d’ailleurs le premier chef d’État à se rendre à Erbil pour
manifester notre solidarité à nos frères d’armes, mais aussi à nos sœurs
d’armes. Car chacun se souvient du courage et des sacrifices de ces héroïnes,
qui ont fait face victorieusement aux barbares pour défendre leur terre, le
Kurdistan.
Dans l’épreuve, la France et le Kurdistan ont toujours
fait cause commune. Aujourd’hui encore, alors que les tensions de la Syrie et
de l’Iran secouent le Moyen-Orient, nous nous sommes réunis pour manifester
notre étroite concertation et notre mobilisation conjointe.
J’aimerais ici exprimer ma reconnaissance à l’égard
des autorités de la région autonome du Kurdistan pour le rôle qu’elles ont joué
ces dernières semaines. En Syrie d’abord, Monsieur le Président, vous avez joué
personnellement un rôle déterminant pour mettre fin à l’escalade entre Damas et
les forces démocratiques syriennes. Alors que la France est également mobilisée
sans relâche dans ses efforts de médiation, avec une implication personnelle du
Président de la République, je veux vous remercier pour l’étroite coordination
que nous avons vue, au cours de ces dernières semaines, qui a permis d’éviter
un bain de sang, de faire advenir un cessez-le-feu, et de faciliter la
conclusion d’un accord, le 29 janvier dernier. Un accord qui met fin aux
combats et qui doit être pleinement mis en œuvre pour apporter des garanties
politiques et sécuritaires d’intégration des Kurdes à une Syrie unie, et qui
doit être pleinement mis en œuvre comme doit être pleinement mis en œuvre le
décret présidentiel reconnaissant leurs droits linguistiques, culturels et
éducatifs.
La reconnaissance de l’identité des Kurdes est une
condition du relèvement de la Syrie, comme elle l’a été en Irak. Nous sommes et
resterons mobilisés pour soutenir la mise en œuvre de cet accord, et au-delà,
pour soutenir la transition politique en cours, dans le but de faire émerger
une Syrie unie, souveraine et pacifique, qui inclut et respecte toutes ses
composantes. L’horizon des Kurdes de Syrie ne doit pas se borner à leur
région : ils ont vocation, comme en Irak, à prendre toute leur part à la
vie politique syrienne.
S’agissant de l’Iran, j’ai rappelé la ferme
condamnation par la France de la violence d’État qui s’est abattue sur le
peuple iranien. Nous sommes attentifs à la situation intérieure préoccupante et
aux risques d’escalade régionale. Nous savons les dangers qui pèseraient sur la
région autonome du Kurdistan si un conflit qu’elle n’aurait pas choisi venait à
se déclencher. Nous avons pu le constater par le passé, et nous ne pouvons ni
l’accepter ni nous y résigner. J’ai assuré le président Barzani de la poursuite
de l’engagement de la France aux côtés des Kurdes pour la sécurité et la
stabilité de la région que nous savons intimement liée à la nôtre.
Mon déplacement a également été l’occasion, un peu
plus tôt aujourd’hui, d’échanger avec les militaires français présents en Irak,
notamment au sein de la coalition internationale contre Daech. Ce dispositif se
restructure, en réponse à l’évolution de la menace du terrorisme, contre lequel
nous restons résolument engagés, côte à côte, comme nous le faisons depuis des
années. Et à nouveau, je veux remercier nos amis Kurdes pour la confiance
qu’ils nous accordent et notre excellente coopération dans ce domaine.
Il va sans dire que notre relation doit bien au-delà
et se décline sur tous les plans, économiques, culturels, migratoires ou en
faveur de l’environnement. Elle s’incarne dans des projets concrets, au service
de la population kurde - par exemple, pour la gestion de l’eau.
Nous allons continuer de développer cette coopération.
À cet égard, je veux très sincèrement remercier les autorités du Kurdistan
d’Irak de leur décision, prise hier soir, de soutien à l’évolution de notre
emprise diplomatique à Erbil. C’est un geste très généreux dont nous apprécions
pleinement la portée et qui témoigne de la force de nos liens indéfectibles.
Je souhaite évoquer, pour terminer, les développements
politiques en cours, tant au sein de la région autonome du Kurdistan que dans
le reste de l’Irak. Face à l’ampleur des défis auxquels sont confrontés la
région et le pays, il est dans l’intérêt de tous que les principaux acteurs
politiques kurdes conduisent un dialogue constructif. Il est également dans
l’intérêt de tous que la politique de diversification, de développement et
d’ouverture engagée ces dernières années en Irak se poursuive et aille encore
plus loin.
Monsieur le Président, je poursuivrai ma visite demain
et j’aurai le plaisir et l’honneur de retrouver Massoud Barzani, avec qui
j’évoquerai les défis nombreux de la région et les moyens d’y faire face
ensemble. Ce sera aussi l’occasion de rappeler la solidarité et l’amitié qui
nous lie depuis si longtemps. Car déjà, en 1967, Mustafa Barzani écrivait au
général de Gaulle les mots suivants : « Sachez que vous représentez
pour nous, peuple à l’existence niée et menacée, victime d’une guerre longue et
cruelle, la seule instance internationale susceptible d’apporter les éléments
d’une solution juste et pacifique. »
Monsieur le Président, cher Netchirvan, fidèle à cette
histoire partagée, la France se tient et se tiendra toujours aux côtés du
peuple kurde pour qu’il soit respecté dans ses droits.
Amélie de Montchalin (ministre de l’Action
et des Comptes publics)
> C'est un budget pour avoir de la stabilité. Et on a eu des débats très
longs, parfois très frustrants pour beaucoup de participants politiques, parce
qu'effectivement, ce n'est pas un budget qui est celui qui aurait été fait si
nous avions eu, si certains même avaient eu, d'autres que nous, une majorité
absolue.
> Dans le monde qui est le nôtre, avec les pressions internationales, avec l'enjeu de la souveraineté européenne, avec cette année qu'on doit acter, qui est une année de transition politique. Il y a eu des élections législatives en 2024 qui n'ont pas permis de dégager une majorité absolue. Il y aura une élection présidentielle en 2027. La question, c'est : comment on s'occupe des Français aujourd'hui ? Et vous avez un certain nombre de partis du Gouvernement, de droite, de gauche, qui sont des opposants politiques, qui iront, de manière, évidemment, différente aux élections, qui se sont dit, et je pense que c'était à leur honneur, qu'il fallait que nous arrivions à faire " tourner le pays en 2026 ". Que les Français qui se sont réveillés le 1er janvier 2026, ils avaient des besoins en termes de logement. Ils avaient des besoins en termes d'emprise, quand ils étaient petits patrons et qu'ils voulaient embaucher, investir, qu'ils avaient des besoins en tant que jeunes.
> En 2027, j'espère, qu'émergera une capacité à gouverner de manière plus claire, une coalition, où certains imaginent une majorité absolue, moi, je ne suis pas sûre qu'elle existe. Mais à minima, une coalition, pour travailler efficacement. Et donc, il faudra continuer.
Aurore Bergé (ministre déléguée auprès du
Premier ministre chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes et de la
Lutte contre les discriminations)
> La première des inégalités, c'est celle des rêves. Tous nos enfants
doivent avoir le droit de rêver grand. Talents de France, c'est permettre à
tous les talents de se réaliser.
Mathieu Lefevre (ministre délégué auprès
de la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des
Négociations internationales sur le climat et la nature chargé de la
Transition écologique)
> [Ecologie / Intervention à l’Assemblée] Le moment écologique que nous
traversons sur le plan international est à la fois intense et grave. Intense
parce que nous sortons d’une séquence lourde, marquée par les échecs de la COP
de Belém – j’y reviendrai. Grave parce que chacun sait ici l’inquiétude de nos concitoyens
face aux désordres climatiques et aussi face aux transformations que nous exigeons d’eux. Par ailleurs, nous
entrons dans une phase décisive sur le plan national, avec la mise en œuvre de la 3e stratégie nationale
bas-carbone (SNBC), publiée par la ministre de la transition écologique en
décembre 2025. Dans ce contexte, la France fait preuve de cohérence – elle ne navigue pas à vue. Les politiques
publiques que nous menons sont faites de décisions nationales, de négociations européennes et de batailles diplomatiques.
Sur le plan international, disons les choses comme elles sont : les résultats de la dernière COP ont été décevants. Si l’accord final préserve l’essentiel s’agissant de la
solidarité financière, le texte n’est pas à la hauteur en ce qui concerne la
sortie des énergies fossiles – vous avez pleinement raison de le
souligner, madame la rapporteure. On peut pointer le manque d’ambition des plans de
baisse des émissions des gaz à effet de serre de nos partenaires, alors même que l’Union européenne a été, sous l’impulsion de Monique Barbut, exemplaire.
Nous devons avoir la lucidité de dire que les négociations climatiques, dans leur forme actuelle, sont à bout de souffle. L’Union européenne ne peut plus être
la seule à vouloir sauver le multilatéralisme, au prix de ses propres
priorités. C’est pourquoi la France défend désormais une démarche
transactionnelle, pour mettre un terme à l’ère de la naïveté. Le financement
climat, dont nous sommes l’un des premiers pourvoyeurs mondiaux, doit avoir
pour corollaire le soutien et l’engagement des pays qui en bénéficient. C’est
un contrat de confiance.
C’est dans cet esprit que la France s’est battu, avec une détermination sans
faille, pour faire reconnaître et opérationnaliser l’article 6 de l’accord
de Paris, qui porte sur les crédits carbone internationaux. Pourquoi cette
insistance ? Regardons les chiffres en face : l’Union européenne
représente désormais moins de 6 % des émissions mondiales. Ce chiffre doit
nous guider. Il nous dit que l’exemplarité seule ne suffira pas. Agir au sein
de nos frontières est un impératif moral et légal, mais nous devons également
agir au-delà. C’est la raison pour laquelle la ministre a décidé, dans le cadre
de l’objectif européen de réduction de 90 % des émissions de gaz à effet
de serre, de mobiliser jusqu’à 5 % de crédits carbone internationaux.
Sur le plan européen, la France est leader et moteur en matière
environnementale. Elle a fixé un cap : une baisse de 90 % des
émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2040. C’est un objectif ambitieux qui
constitue un jalon vers la neutralité carbone. Mais contrairement à ce que
prétendent certains, cette ambition s’accompagne de mesures inédites pour
protéger notre outil industriel. Nous faisons face à un vent mauvais – à un backlash –
contre la transition écologique, souvent alimenté par des régimes illibéraux – vous l’avez rappelé, madame la rapporteure – ou des concurrents déloyaux. Notre réponse, je le dis avec
force, d’autant qu’elle n’a pas varié depuis 2017, c’est l’écologie industrielle.
D’abord, nous avons bâti un bouclier. La
France a obtenu le renforcement du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Nous avons désormais la garantie que
les produits soumis à ce mécanisme qui entrent sur notre marché paieront le même prix du carbone que ceux produits en France – c’est la fin de la
concurrence déloyale. Ensuite, nous avons obtenu une baisse des droits de douane sur les
engrais azotés, pour que l’instauration du MACF ne se traduise pas par une augmentation du prix pour
les agriculteurs. Vous le voyez, nous ne sommes plus naïfs ; nous construisons une
Europe qui protège ses usines et ses travailleurs tout en se décarbonant.
Sur le plan national, production et croissance ne s’opposent pas ; écologie et économie ne sont pas
contradictoires. C’est tout l’enjeu de la 3e stratégie
nationale bas-carbone, actuellement soumise à une consultation : cette
stratégie destinée à décarboner l’économie française constitue un cadre
d’action publique partagé et lisible. Surtout, elle représente la feuille de
route vers notre indépendance : chaque année, nous importons pour
67 milliards d’euros d’énergie fossile et, chaque année, les énergies
fossiles coûtent 2 000 euros par Français. Ne nous y trompons
pas : chaque pompe à chaleur et chaque voiture électrique produite en
France, c’est moins de dépendance au gaz et au pétrole importés, c’est plus de
souveraineté, plus d’emploi local et plus de pouvoir d’achat pour les Français.
La stratégie nationale bas-carbone repose sur trois piliers :
réindustrialiser par la demande verte ; planifier la transformation
secteur par secteur ; accélérer l’électrification. Ce dernier point fera
l’objet du grand plan d’électrification souhaité par le premier ministre, qui
sera bientôt soumis à une consultation. Nous devons remplacer les équipements
fossiles par des technologies électriques matures : je pense aux véhicules
électriques, aux pompes à chaleur et aux procédés industriels. En effet, nous
bénéficions dans notre pays – c’est le fruit de notre histoire – d’une énergie décarbonée à 95 % grâce au nucléaire et aux
renouvelables – les deux en même temps.
Quels sont, concrètement, nos objectifs ? Nous avons pour ambition de réduire de moitié les émissions brutes d’ici à 2030 et d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Mais nous devons le faire en garantissant une transition
juste. Nous devons poursuivre l’accompagnement des ménages modestes, car
personne ne doit être laissé au bord du chemin.
En ce qui concerne les transports, nous visons une montée en puissance des
véhicules électriques afin qu’ils représentent deux tiers des ventes dès 2030.
Cela passe par des mesures concrètes, comme le leasing social – la grande promesse écologique et sociale du
président de la République, qui a connu un
succès notable l’an passé puisque l’ensemble des aides prévues ont été attribuées.
Pour ce qui est du bâtiment, nous visons le déploiement de
850 000 installations de pompes à chaleur par an en 2030.
Pour les énergies fossiles, nous maintenons bien, madame la rapporteure, une
trajectoire de sortie : en 2045 pour le pétrole et en 2050 pour le gaz.
Nous entérinons également de l’arrêt de la production nationale d’hydrocarbures
en 2040.
Vous voyez, mesdames et messieurs les députés, la cohérence qui est la nôtre.
Les enjeux d’atténuation du changement climatique, parfois minimisés par ceux
qui préfèrent ne rien faire, sont très importants. Les enjeux d’adaptation le
sont tout autant et le gouvernement entend poursuivre son action en ce sens, au
niveau national comme au niveau territorial, en impliquant l’ensemble des
collectivités. Notre approche n’est pas descendante et verticale : elle
s’attache à prendre en compte les différences propres à chaque territoire.
Nous nous battons dans le monde pour que chacun prenne sa part dans le
financement de la transition écologique. Nous nous battons en Européens pour
protéger notre marché et pour imposer nos standards, notamment dans le secteur
de l’automobile. Nous agissons au plan national, avec la stratégie nationale
bas-carbone, pour réindustrialiser le pays par l’électrification et par
l’écologie. Enfin, nous protégeons les populations en nous adaptant déjà au
climat futur.
Notre projet est un projet de souveraineté et de justice. Notre pays le porte
avec fierté, mais il ne pourra pas être mené à bien sans nos entreprises ;
il ne pourra pas se faire si nous ne tenons pas compte de l’absolue nécessité
de financer la transition écologique, y compris par des crédits privés et par
la transition industrielle. Une industrie sur trois qui se crée dans notre pays
est une industrie verte et ce secteur crée un emploi sur deux. Nous devons donc
tout faire pour simplifier les procédures permettant l’accélération du
déploiement des procédés industriels verts ; simplifier sans déréguler ni
détricoter, mais en maintenant nos exigences environnementales.
Il n’y a en tout état de cause pas d’écologie sans économie, et la transition
écologique ne pourra pas se faire contre les entreprises de France.
● Autres ministres
Gérald Darmanin (garde des sceaux, ministre de la Justice)
> J'ai choisi, moi, de servir mon pays en restant ministre. Ça fait la 9e
année que je suis ministre. Comme ministre des Comptes publics, j'ai fait
l'emploi à la source. Comme ministre de l'Intérieur, j'ai fait les Jeux
olympiques. Là, j'ai fait la loi sur les narcotrafiquants, les prisons de haute
sécurité. Je porte deux projets de loi. L'un sur l'exécution des peines et un
autre sur l'audiencement criminel. On a 5 000 dossiers en attente. On met 6 ans
pour être jugé d'un viol et 8 ans pour être jugé d'un homicide en France. Il y
a deux projets de loi qui arrivent au Conseil des ministres dans un mois. Le
projet de loi sur l'audiencement criminel aura été adopté, je l'espère, au
printemps prochain. Je suis totalement concentré sur ma tâche. Et le Premier
ministre le sait, je l'ai vu hier soir. Après, il est évident que nous devons
tous penser, le Premier ministre en tête, le Président de la République, tous
les ministres, qu'on doit tout faire, me semble-t-il, pour ne pas que le
Rassemblement National gagne en 2027. Et ne pas en parler, me semble-t-il,
c'est un problème. Parce que nous devons empêcher nos concitoyens d'avoir un
deuxième tour, Mélenchon, Jordan Bardella ou Marine Le Pen, qui serait
désastreux pour notre pays. (…)
Je suis concentré et à disposition du Gouvernement. Et j'ai arrêté mes
activités partisanes pour m'occuper des Français. J'aurais pu diriger un parti,
j'aurais pu diriger un groupe parlementaire, j'aurais pu faire du commentaire
politique. J'ai fait le choix difficile, me semble-t-il, de pouvoir continuer à
transformer l'administration. J'ai obtenu un très bon budget pour le ministère,
1 600 recrutements supplémentaires pour soutenir les agents pénitentiaires, les
magistrats, les agents de la PJJ qui font un travail très difficile. Je pense
que la justice a besoin d'être réformée en France. Les décisions doivent être
plus rapides.
Benjamin Haddad (ministre délégué
auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères chargé de
l’Europe)
> [Etat de droit en Turquie / Intervention à l’Assemblée] Cette proposition
de résolution européenne dresse un constat lucide et grave. La situation de
l’État de droit en Turquie est de plus en plus préoccupante. Une pression
judiciaire croissante pèse sur l’opposition depuis l’arrestation, le
19 mars 2025, du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, de nombreux maires de
municipalités issus du parti CHP, ainsi que des centaines de leurs
collaborateurs.
Vous le savez et vous l’avez dit, ces mobilisations ont entraîné une forte
mobilisation dans la rue, sans précédent depuis 2013 et les manifestations
dites de Gezi. Elles sont autant de défis au respect des droits de l’opposition
et du pluralisme politique, déjà malmenés lorsque des maires kurdes
démocratiquement élus avaient vu leurs mandats suspendus.
Ces évolutions sont d’autant plus préoccupantes qu’elles s’ajoutent à une
trajectoire d’érosion des normes démocratiques, de l’indépendance de la justice
et des droits fondamentaux, qui met la liberté de la presse ou encore les
libertés académiques en péril. La commission l’a souligné récemment.
Dans ce contexte, notre position ne souffre d’aucune ambiguïté. Le respect des
droits des élus et des militants politiques, la liberté de manifester, la
liberté d’expression et le droit à un procès équitable constituent les pierres
angulaires de l’État de droit et de la démocratie.
La Turquie doit se conformer aux engagements internationaux auxquels elle a
librement souscrits, en particulier en tant qu’État membre du Conseil de
l’Europe et candidat à l’entrée dans l’Union européenne. Le respect de ces
engagements est un élément central de nos relations bilatérales et de ses
relations avec l’Union européenne.
Il appartient à la Turquie d’appliquer les arrêts de la Cour européenne des
droits de l’homme. Je veux mentionner devant vous la situation de M. Osman
Kavala, figure de la société civile turque, emprisonné depuis novembre 2017 et
condamné à perpétuité en 2022, malgré l’arrêt contraignant, appelant à sa
libération immédiate, rendu en 2019 par la Cour européenne des droits de
l’homme.
Telle est la ligne de conduite à laquelle le gouvernement est et restera
fidèle. Nous continuerons de suivre avec la plus grande attention la situation
des élus d’opposition en Turquie.
Nous continuerons de nous exprimer avec clarté, comme j’ai moi-même eu
l’occasion de le faire en mars dernier, après l’arrestation du maire de la
métropole d’Istanbul. Nous continuerons de marquer nos attentes en matière de
respect de l’État de droit, des droits de l’homme et des libertés
fondamentales, car en la matière, la position de la France ne varie pas. Nous
continuerons de tenir un langage de vérité aux autorités turques, dans le cadre
d’un dialogue et d’un engagement que nous voulons franc et exigeant.
Nous sommes attachés au dialogue avec ce pays allié, membre de l’Otan, car il
est essentiel et nécessaire pour la stabilité régionale et internationale, a
fortiori en ces temps de turbulences géopolitiques ; pour la recherche
et la préservation de la paix et la sécurité au Proche et au Moyen-Orient, en
Ukraine, en mer Noire et dans le Caucase ; pour la défense de nos intérêts
de sécurité ; pour l’autonomie stratégique de notre continent.
Ce même esprit d’exigence et d’engagement continuera de guider notre approche
des relations entre l’Union européenne et la Turquie, dans le cadre des
conditions définies par le Conseil européen.
J’en profite pour remercier le rapporteur et tous les parlementaires qui se
sont engagés dans la préparation de cette résolution, qui démontre une fois de
plus le rôle de la démocratie parlementaire et le rôle que nos assemblées
jouent pour porter la voix de la France sur la scène internationale – je sais qu’elle est entendue.
Vous pouvez compter sur la détermination du gouvernement à continuer à agir avec détermination, sans résignation, dans un esprit de responsabilité.
> [Proposition de résolution européenne
visant à rejeter le projet d’accord sur les droits de douane et le commerce du
27 juillet 2025 entre l’Union européenne et les États-Unis / Intervention
à l’Assemblée] La présente proposition de résolution européenne soulève des questions
essentielles sur notre souveraineté, sur notre modèle économique et sur la
place de l’Europe dans le monde. Elle pose une question existentielle :
voulons-nous une Europe spectatrice de la rivalité des puissances, qui subit
les prédations des uns et des autres, ou une Europe indépendante, qui assume
ses intérêts, qui résiste aux rapports de force, qui défend sa souveraineté sur
la scène internationale ?
Dans un monde plus brutal, où les appétits s’aiguisent, les alliances ne sont
plus des assurances tous risques et les amitiés ne sont plus des garanties
d’équilibre. Nous devons assumer notre unité, notre fermeté et notre force, si
nous voulons être respectés sur la scène internationale.
Les alliés d’hier nous tournent le dos, pivotant vers d’autres puissances. Ils
accélèrent dans la brutalité et le protectionnisme. Aujourd’hui, ils nous
ciblent : droits de douane instrumentalisés, menaces d’escalades
tarifaires, pressions extraterritoriales.
Certains cultivent, parfois ici même, l’autoflagellation et le doute permanent
quant à la capacité de l’Europe, ou de la France, à se faire respecter. Ces
dernières semaines, pourtant, grâce notamment au leadership incarné par notre
pays et le président de la République, nous avons tenu une position européenne de
fermeté, de solidarité et d’unité, en particulier sur la question du Groenland,
où les Européens ont assumé un rapport de force et n’ont pas reculé face à la
menace. Nous avons dit clairement que nous avions les moyens d’utiliser notre
puissance commerciale et économique – je pense à notre marché intérieur de 450 millions d’individus – pour défendre collectivement nos intérêts.
Ainsi, l’instrument anticoercition nous permet de réagir à des menaces tarifaires en nous donnant, par exemple, la possibilité de taxer les services
numériques et de fermer les
marchés publics. Il suffit d’imaginer l’impact économique potentiel de
ce levier sur les marchés américains pour comprendre que la force, au-delà du renforcement de notre défense et de notre compétitivité, au-delà de nos
instruments de défense commerciale, est aussi un état d’esprit : celui de
comprendre que nous sommes entrés dans un monde plus brutal, et que nous
refusons la domination et la vassalisation. Nous ne pouvons pas rester les
derniers zélotes béats du village global qui s’abritent derrière l’OMC – l’Organisation mondiale du
commerce – et un droit international commercial que plus personne ne respecte.
S’agissant de la
proposition de résolution, soyons clairs. L’accord de Turnberry n’est pas idéal ; il est même
déséquilibré. Nous ne l’avons jamais caché. Permettez-moi cependant d’apporter
quelques précisions. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un accord, il
s’agit d’un arrangement politique non contraignant, que chaque partie met en
œuvre séparément. Ainsi, les montants d’achats d’énergie ou d’investissements
mentionnés dans la déclaration conjointe qui formalise l’arrangement
n’impliquent pas d’actes de la part de l’Union européenne ou de ses États
membres, ni de dépenses publiques.
En revanche, l’objectif, au moment où cet arrangement a été conclu, était de
donner à nos entreprises la stabilité et la visibilité qui leur sont
indispensables. Nos entreprises avaient besoin d’un cap face à la menace de
droits de douane beaucoup plus élevés, qui auraient entraîné une dégradation de
la balance commerciale européenne et de nos perspectives de croissance et,
surtout, des destructions massives d’emploi. Cet arrangement a aussi permis de
sécuriser des exemptions pour des secteurs clés de nos exportations, comme
l’aéronautique, qui représente 19 % des exportations françaises. Surtout,
l’Union européenne a tenu bon sur l’essentiel en n’accordant aucune concession
sur nos filières agricoles sensibles, sur nos normes sanitaires ou encore sur
notre autonomie réglementaire et fiscale, notamment le numérique.
Où en est aujourd’hui l’application de cet arrangement ? Rien n’est acquis
et la fermeté reste la règle. Les États-Unis ont fixé leurs droits de douane
aux niveaux auxquels ils s’étaient engagés. L’Union européenne a elle aussi
entamé la procédure de mise en œuvre, en proposant deux règlements – comme l’a fait le rapporteur, je
tiens à saluer le rôle qu’ont joué les partis du centre
gauche, du centre droit et du centre pour faire pression et geler la
ratification de ces textes au Parlement européen, dans le contexte des menaces sur le Danemark.
Toutefois, nous ne sommes pas naïfs. À l’initiative de la France,
une clause de sauvegarde renforcée a été intégrée. Si, demain, les États-Unis reviennent à la menace ou à la
surenchère, l’Union européenne pourra suspendre immédiatement la mise en œuvre
de l’accord afin de protéger nos marchés. Surtout, la menace européenne de
contre-mesures tarifaires à hauteur de 93 milliards d’euros sur les biens
demeure. Le rapport de force n’a pas disparu. En particulier, l’instrument
anticoercition, que je mentionnais tout à l’heure et qui étend le champ des
contre-mesures commerciales au domaine des services – dans lequel, je le
souligne en passant, nous sommes importateurs, contrairement aux biens, pour
lesquels nous sommes exportateurs, ce qui montre à quel point le raisonnement
de l’administration américaine qui a présidé à l’imposition des tarifs était
vicié – reste entre nos mains. Si notre autonomie réglementaire – je pense, en
particulier, aux textes, adoptés démocratiquement, sur l’intégrité de l’espace informationnel dans le numérique, comme le DSA, le règlement européen sur les services numériques, ou le DMA, le règlement européen sur les marchés numériques – était remise en question
par l’administration américaine, nous serions fondés à utiliser de tels
instruments. La France demanderait immédiatement leur mobilisation afin
d’assumer un rapport de force et de défendre notre souveraineté.
Au-delà de l’accord de Turnberry, ce qui est testé, c’est la capacité de
l’Europe à assumer sa puissance. Nous ne pouvons plus dépendre de décisions
politiques prises à Washington, à Pékin ou ailleurs. La vraie réponse réside
dans l’agenda de souveraineté que nous mettons en avant depuis 2017. Cela
avance, il prend forme, mais face à la brutalisation, à l’accélération du monde
autour de nous, nous devons aller plus loin, plus vite. La défense européenne
et la politique industrielle ont longtemps été qualifiées de lubies françaises ;
force est de constater que les Vingt-Sept utilisent désormais les thèmes et les
concepts que nous poussons depuis des années. Devons-nous renforcer nos
instruments de sécurité européenne ? Oui. Aller plus vite ? Oui.
Assumer notre préférence européenne dans tous les domaines, de la défense à la
technologie en passant par l’énergie ? Bien sûr : c’est ce que nous
promouvons, avec le commissaire européen Stéphane Séjourné.
Alors que les États-Unis sont engagés dans une course à la supériorité
économique, technologique et industrielle, la France ne pourra défendre ses
intérêts, faire entendre sa voix, protéger son modèle qu’en assumant le
leadership d’une Europe forte, unie et souveraine. C’est ce que nous avons fait
au cours des derniers mois. En matière de défense, le plan Safe – Sécurité pour l’action en Europe – acte 150 milliards d’euros d’emprunts de la
Commission européenne en vue de combler les lacunes capacitaires de domaines où nos dépendances persistent – cyber, drones, frappes en profondeur,
ravitailleurs –, avec, pour la première fois, un principe de préférence européenne : l’argent devra être dépensé au sein des États membres. Cela, c’est la France qui l’a mis en valeur.
Ajoutons à cela l’application de notre législation numérique, comme le DSA, à la lutte contre la haine en ligne, la manipulation des algorithmes ou
encore les ingérences, aussi bien sur notre sol national qu’au sein de l’espace
informationnel européen. Ajoutons-y l’accélération de l’agenda de
simplification, pour rendre nos entreprises encore plus compétitives. Citons
aussi l’approfondissement, avec l’union des marchés de capitaux, d’un marché
intérieur encore trop fragmenté, d’où 300 millions d’euros d’épargne
européenne fuient chaque année vers les marchés de capitaux américains ;
le vingt-huitième régime de droit des affaires, qui alignera les normes, les
régulations, en particulier pour les start-up et PME ; la généralisation
du made in Europe au sein du prochain budget européen. Tout cela s’est
imposé dans l’agenda européen ; nous passons enfin à l’exécution.
Notre continent ne doit pas manquer les tournants de l’intelligence
artificielle, du quantique, de l’innovation, du spatial, de la maîtrise des
matériaux critiques – en particulier les chaînes d’approvisionnement en
terres rares. Notre marché intérieur, comprenant 450 millions d’Européens, constitue un atout ; l’utiliser, faire en sorte qu’il soit encore plus intégré, est essentiel en ce moment où la souveraineté se joue dans les chaînes de
valeur, les données, la maîtrise de notre autonomie réglementaire ou celle des
technologies de rupture.
Mesdames et messieurs les députés, la France, l’Europe ne renonceront jamais,
ne se soumettront jamais. L’accord de Turnberry constitue une étape d’un
rapport de force assumé, maîtrisé ; il s’inscrit dans une stratégie
européenne à plus long terme. Nous continuerons à défendre nos intérêts, à
soutenir nos filières, à œuvrer pour une Europe souveraine, indépendante et
respectée. Dans le cadre de ce rapport de force, jamais la France n’acceptera
une Europe vassalisée. Pour toutes ces raisons, vous pouvez compter sur notre
détermination : nous continuerons, je le répète, à nous battre dans ces
domaines.
► Assemblée nationale
Yaël Braun-Pivet (présidente)
> La réforme de la fin de vie s’inscrit dans un processus démocratique
continu. J’ai échangé aujourd’hui avec les anciens membres de la Convention
citoyenne, aux côtés de Thierry Beaudet. J’ai souhaité confronter l’évolution
des débats parlementaires au regard de celles et ceux qui ont contribué au
projet de loi initial. Le Parlement doit désormais poursuivre ce travail sans
rompre le lien avec la parole citoyenne.
> Jeanne Deroin, Simone Veil, Gisèle Halimi : nous sommes leurs héritières. Mais le temps des grandes pionnières n’est pas révolu. À nous d’agir comme elles dans chacun de nos métiers, dans chaque espace à conquérir. À l’Assemblée nationale, pour l’égalité et contre le sexisme, vous pouvez compter sur moi : je ne laisserai rien passer.
► Partis politiques
● Renaissance
[Nota: dans ce parti, les propos de ses membres qui ne
sont pas centristes et se considèrent à droite ou à gauche ne sont plus
retranscrits]
Pierre Cazeneuve (député)
> [Etat de droit en Turquie / Intervention à l’Assemblée] Le 19 mars 2025,
il y a un peu moins d’un an, Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul démocratiquement
élu en 2019 et en 2024, était arrêté, en même temps que plusieurs cadres de la
municipalité de la métropole.
Cet événement ne fut pas un simple fait divers judiciaire. Il constitua un
séisme politique pour la Turquie et, par extension, pour le monde entier. En
effet, cette arrestation porte un nom, une intention, une cible, celle du
principal opposant au pouvoir en place.
La société turque ne s’y est pas trompée. D’Istanbul à Ankara, d’Izmir aux
petites villes de la Karadeniz, des dizaines de milliers de citoyens sont
descendus dans la rue, par une mobilisation d’une ampleur inédite depuis plus
d’une décennie, pour dénoncer ce qu’ils percevaient, à juste titre, comme la
première étape d’une dérive dictatoriale grave.
La réponse des autorités fut immédiate et brutale : restriction accrue des
libertés publiques, usage massif de la force, pression renforcée sur les
médias, nouvelles atteintes à la liberté de la presse. Poursuivi pour des chefs
d’accusation graves, Ekrem Imamoglu encourt aujourd’hui jusqu’à
2 352 années de prison. Il apparaît avant tout comme la victime d’une
stratégie méthodique, qui vise à neutraliser une alternative démocratique
crédible. Une stratégie qui s’inscrit dans un mouvement plus large de
verrouillage progressif du système institutionnel turc.
Pourtant, la Russie – pardon, la Turquie – est un pays
extraordinaire. Par la profondeur de son histoire, la puissance de sa culture,
la richesse de ses héritages, elle a marqué le monde durant des siècles. Des
rives de Constantinople souffla, un jour, un esprit de modernité et de réforme
qui fit naître, avec le mouvement Jeunes-Turcs puis le kémalisme, l’ambition
d’un État fondé sur la raison, la laïcité et l’État de droit, après la chute de
l’Empire ottoman.
La Turquie fut longtemps un laboratoire démocratique, dans une région
tourmentée. Avec près de 90 % de participation aux élections
présidentielles, le vote y revêt une signification presque sacrée. On s’y rend
en famille, on s’y prépare, on en débat des heures durant – autour d’un verre de salgam ou de
raki –, et ce, du plus petit village d’Anatolie aux quartiers animés de Karaköy. La démocratie y est vécue, ressentie, enracinée.
En embastillant son principal opposant, Recep Tayyip Erdogan a rompu avec plus
de soixante-dix ans de tradition démocratique. Il a brisé l’un des piliers du récit national turc. Cette rupture avec l’État de droit est d’autant plus préoccupante que la
Turquie n’est pas seulement un pont géographique entre l’Orient et l’Occident.
Elle est l’un des grands carrefours géopolitiques du monde, là où les modèles
se rencontrent, se confrontent et, parfois, s’affrontent.
La Turquie est aujourd’hui au cœur des grands conflits qui déchirent notre
planète : de la résolution du conflit à Gaza au plan de paix pour
l’Ukraine, en passant évidemment par les attaques au Rojava ou en Azerbaïdjan – que le président Wauquiez
dénonçait justement hier. Cette position centrale et la bienveillance marquée
des autres grandes puissances, elles aussi tourmentées par la montée du
populisme, ont rendu les chancelleries européennes – à l’exception, et c’est une fierté, de la France – parfaitement mutiques.
En rejoignant l’Otan dès 1952 et en déposant sa candidature à l’entrée dans l’Union européenne en 1987, la Turquie
s’est engagée, pendant un demi-siècle, sur un chemin d’ouverture et de libéralisation. Ces acquis
sont aujourd’hui méthodiquement sapés par la dérive autoritaire d’un régime qui ajoute un nom
de plus à la longue liste des tyrannies contemporaines.
La question qui nous est posée est simple, mais redoutable : que vaut
l’engagement européen en faveur de la démocratie s’il se tait lorsque celle-ci
vacille ? Quel message adressons-nous à celles et ceux qui, partout dans
le monde, luttent pour la liberté et regardent l’Europe comme un horizon
d’espérance, si nous les abandonnons sur l’autel commode de la
realpolitik ?
C’est, je le crois profondément, le rôle de la France – de notre vieux pays, de
cette assemblée – que de nommer les dérives et de dénoncer les bourreaux. Notre vocation est de rappeler qu’une autre voie demeure
possible. Que de la flamme de la statue de Bartholdi à Liberty Island jusqu’aux confins du
Pacifique, la promesse républicaine continue d’éclairer celles et ceux qui aspirent à la liberté, à l’égalité et à la fraternité.
Depuis l’adoption par la commission des affaires européennes, le 28 mai 2025, de la proposition de résolution
que nous examinons aujourd’hui et que j’ai coécrite avec Constance
Le Grip, Pieyre-Alexandre Anglade et Caroline Yadan, aucun infléchissement
n’a été constaté. Bien au contraire.
Les arrestations politiques se multiplient, signe d’un recours de plus en plus
systématique à l’instrument judiciaire pour intimider, fragmenter et affaiblir
l’opposition. Depuis l’arrestation du maire d’Istanbul, les procédures visant
les responsables du Parti républicain du peuple (CHP) se sont multipliées.
Plusieurs maires, d’Istanbul, d’Antalya – qui accueillera la COP 31 en 2026 – ou encore d’Adana ont été placés en détention. Les accusations
invoquent pêle-mêle corruption, terrorisme ou alliances électorales avec le parti de l’égalité et de la démocratie des peuples, le
prokurde DEM. Dans le même temps, les grandes municipalités dirigées par le parti présidentiel demeurent à l’abri de toute enquête comparable.
D’autres figures de
premier plan de l’opposition font l’objet de pressions judiciaires croissantes. Le président du CHP, Özgür
Özel, est ainsi visé par plusieurs enquêtes. Fin novembre, une procédure a
également été ouverte pour des concerts prétendument surfacturés à l’encontre
du maire d’Ankara et candidat potentiel à l’élection présidentielle, Mansur
Yavas, qui avait été jusque-là relativement épargné. Ces poursuites produisent
un double effet : elles instaurent un climat de peur, qui pousse certains
élus à une soumission préventive, et permettent la nomination d’administrateurs
provisoires, en vertu de la kayyum, privant ainsi les électeurs de la
représentation issue des urnes.
La répression s’étend aussi au champ de la liberté d’expression. Journalistes,
intellectuels ou universitaires sont poursuivis pour désinformation, incitation
à la haine ou prétendues insultes au chef de l’État. En octobre 2025, la chaîne
d’opposition Tele1 a été placée sous tutelle et son rédacteur en chef incarcéré
pour espionnage.
Cette dérive touche désormais des ressortissants européens. Le 19 janvier
dernier, le journaliste français Raphaël Boukandoura a été arrêté alors qu’il
couvrait un rassemblement à Istanbul. Placé en centre de rétention, il a décrit
des conditions de détention indignes. Ce fait marque une nouvelle étape dans
l’extension de la répression.
Enfin, la Turquie persiste à ignorer les arrêts de la Cour européenne des
droits de l’homme (CEDH) appelant à la libération des militants kurdes Osman
Kavala et de Selahattin Demirtas. Face à cela, le silence de la communauté
internationale interroge, car les principes bafoués aujourd’hui sont
précisément ceux qui fondent les critères de Copenhague et le projet européen
lui-même.
L’histoire nous l’enseigne : les reculs démocratiques deviennent
irréversibles lorsqu’ils cessent de susciter l’indignation. En votant cette
proposition de résolution, nous affirmerons que la répression politique ne
saurait devenir une norme acceptable. Nous rappellerons que la démocratie et
l’État de droit ne sont pas des variables d’ajustement diplomatique. Ce texte
n’est ni une provocation ni une rupture : il est un appel à l’ordre
politique, à la fidélité aux engagements librement consentis.
Il est enfin un message d’espoir. Un message adressé aux élus, aux
journalistes, aux étudiants, aux citoyens turcs qui, souvent au prix de leur
liberté, continuent de défendre la démocratie.
Ne rien dire aujourd’hui serait consentir. Voter ce texte, c’est refuser
l’indifférence. Vive la France, vive l’Europe, vive la Turquie libre et vive la
République !
Pieyre-Alexandre Anglade (député)
> [Proposition de résolution européenne visant à rejeter le projet d’accord
sur les droits de douane et le commerce du 27 juillet 2025 entre l’Union
européenne et les États-Unis / Intervention à l’Assemblée] Disons-le
d’emblée : cet accord entre Union européenne et États-Unis n’est pas un
bon accord. Plutôt que de s’appuyer sur la formidable puissance de son marché,
l’Union n’a ni voulu ni assumé le rapport de force avec Donald Trump. Soyons
lucides : ces droits de douane américains de 15 % créent une
asymétrie qui pénaliserait notre excédent commercial, encouragerait les
délocalisations, menacerait l’emploi en Europe. De leur côté, les Européens
s’engagent non seulement à investir aux États-Unis des centaines de milliards
supplémentaires, mais à accroître leur dépendance aux hydrocarbures américains,
tournant le dos à leur propre ambition d’autonomie industrielle et énergétique.
C’est un non-sens, ou plutôt un contresens historique, une occasion manquée de
montrer au monde la force et la souveraineté du modèle européen.
Au fond, cet accord consacre une forme de renoncement stratégique de l’Union.
Qu’en Europe – ce n’est pas le cas en France – certains s’en satisfassent, au nom de la stabilité, prouve que ceux-là
n’ont pas pris la mesure de l’époque. Les déclarations ouvertement hostiles à
l’Europe qu’a faites Donald Trump, ses menaces répétées d’escalade douanière,
ses attaques à l’encontre de nos choix souverains, ses provocations au sujet du
Groenland ne relèvent pas de l’anecdote diplomatique, elles traduisent une
réalité : les États-Unis ne considèrent plus l’Union européenne comme un
partenaire naturel, ils la perçoivent comme une puissance tributaire. Dès lors,
le choix est extrêmement clair : soit nous entrons en résistance, nous
disons non à la soumission, à la vassalisation, soit nous deviendrons une
simple zone d’influence des empires.
Ma conviction est la suivante : l’Europe n’a pas vocation à accepter, sous
prétexte d’alliance stratégique, de devenir un vassal économique des
Américains. Dans ce contexte, nous devons garder deux idées en tête. D’une
part, personne n’a intérêt à la guerre commerciale : escalade
protectionniste, course aux subventions, surproduction mondiale ne feraient que
des perdants – les entreprises,
les travailleurs, le climat, la stabilité économique. C’est là une évidence.
D’autre part, la naïveté serait plus dangereuse encore : quand les règles
du jeu ne sont plus respectées, quand le commerce devient instrument de coercition
politique, l’Europe doit se défendre, défendre ses intérêts, ses règles
souverainement votées par les représentants des citoyens européens. Si cela
n’est pas compris aux États-Unis, il convient que l’Europe actionne ses propres
leviers pour se faire respecter.
La vraie question est assez simple : que doit faire l’Europe afin de
défendre ses intérêts, son autonomie ? Face aux intimidations, elle doit
rester ferme ; elle l’a été ces derniers jours, lorsque le président
américain a menacé de s’emparer du Groenland. Le Parlement européen a suspendu
cet accord. C’est une bonne chose, qui doit désormais servir à prolonger la
discussion concernant la protection de nos secteurs industriels clés, à imposer
des contreparties tangibles de nos investissements aux États-Unis. Il faut
également que nos collègues députés européens refusent de reprendre sans
condition le chemin de la ratification. Je le leur dis : ce serait là une
lourde erreur. Nous savons que les pressions exercées sur l’Europe par le
président américain ne vont pas cesser, que les velléités américaines touchant
le Groenland – ne soyons pas dupes – ressurgiront, que les
coups de boutoir contre nos règles, nos normes, nos sociétés vont se poursuivre.
Il est indispensable que les députés européens incluent dans cet accord une clause de sauvegarde robuste, activable
par le Parlement européen en cas de nouvelles pressions américaines. Ce qu’il
faut surtout – vous l’avez très justement évoqué, monsieur le ministre –, c’est un véritable mouvement vers 1’autonomie stratégique : accélération des dépenses en matière de défense, diversification résolue des chaînes d’approvisionnement,
renforcement de nos capacités de rétorsion commerciale. Il convient en outre de pousser à l’approfondissement du
marché intérieur, la simplification
réglementaire, l’union des marchés de capitaux, l’innovation, la production
industrielle – avec une préférence européenne, comme l’a suggéré cette semaine le
commissaire français –, des investissements massifs dans nos secteurs stratégiques.
Le véritable enjeu consiste à sortir d’une logique de
soumission et à assumer pleinement notre puissance collective. Nous avons besoin de la
relation transatlantique ; elle ne saurait pour autant être fondée sur le déséquilibre, l’intimidation ou l’humiliation. L’Europe veut commercer, coopérer, innover, mais pas au prix
de sa souveraineté, de son industrie, de ses normes, de son avenir. Le
pragmatisme est nécessaire, encore faut-il qu’il serve vraiment nos
intérêts ; la stabilité économique constitue un objectif à préserver, mais
cela ne fait pas une politique. Dans un monde de résurgence du protectionnisme,
le fait de défendre le multilatéralisme exige que nous soyons capables
d’utiliser avec fermeté nos propres outils en matière de rapport de force. Nous
avons la taille, la puissance économique, les leviers pour peser. Être un géant
économique ne sert à rien si l’on continue d’agir en nain politique. Face à des
méthodes de chantage, la seule vraie carte que puisse jouer l’Europe, je le
répète, consiste à assumer pleinement sa puissance. Le temps du sursaut est
venu.
Constance Le Grip (députée)
> [Etat de droit en Turquie / Intervention à l’Assemblée]
Les événements graves survenus encore récemment en Turquie confirment une
évolution préoccupante, engagée de longue date, qui nous a conduits à
interroger très sérieusement le respect effectif des principes démocratiques,
des libertés politiques et de l’État de droit dans ce pays. Il apparaît
désormais clairement que la Turquie ne peut plus être considérée comme une
démocratie.
Depuis 2016, et plus encore depuis la tentative avortée de coup d’État, la
dérive autoritaire du pouvoir s’est accentuée, se traduisant par un
affaiblissement constant des contre-pouvoirs, une concentration croissante des
pouvoirs exécutifs, une instrumentalisation de plus en plus appuyée du système
judiciaire et la violation de toutes les libertés fondamentales. La réforme
constitutionnelle adoptée en 2017 a marqué une étape décisive de cette dérive
autoritaire, en renforçant très largement les prérogatives présidentielles, au
détriment de la séparation des pouvoirs. Depuis lors, il est clair que la
justice turque est de plus en plus exposée à des pressions politiques directes.
Liberté de la presse, liberté d’expression, liberté d’opinion et liberté de
réunion font l’objet de restrictions répétées. L’illustration la plus
préoccupante de cette dérive autoritaire – vous l’avez dit, monsieur le rapporteur, cher Pierre
Cazeneuve – est l’arrestation, au printemps 2025, du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, principal opposant au président Erdogan, ainsi
que de plusieurs responsables de partis d’opposition. Les poursuites sont de plus en plus dures
et fréquentes contre des personnalités politiques, des avocats, des
journalistes, des élus locaux, des militants, des acteurs de la société civile.
Nous condamnons très fermement toutes ces atteintes à l’État de droit et
asssurons de notre soutien appuyé toutes les forces démocratiques turques – avocats, militants,
journalistes, citoyens, partis, militants associatifs et étudiants, qui tentent
courageusement de faire entendre une voix d’opposition au régime. En particulier, je tiens à souligner le courage et
l’opiniâtreté des militantes féministes, engagées dans différents mouvements
d’opposition, qui dénoncent la régression ultraconservatrice et
ultraréactionnaire de ce pouvoir caractérisé par un fondamentalisme islamiste
qui s’en prend directement – comme toujours – aux droits et libertés des femmes.
Cette forte dégradation de l’État de droit est d’autant plus préoccupante que la Turquie est membre du Conseil de l’Europe et partie
prenante de la Convention européenne des droits de l’homme, qu’elle est également un allié au sein de l’Otan et
toujours candidate à l’adhésion à l’Union européenne, même si le processus
d’adhésion est gelé depuis de nombreuses années – nous soutenons d’ailleurs toutes les résolutions du Parlement
européen qui, avec constance
et cohérence, ont réaffirmé le maintien de ce gel.
Nous devons entendre les voix pro-démocratie et pro-Union européenne, celles qui
aspirent à la libération de la Turquie et à la restauration de l’État de droit et des libertés fondamentales dans le pays. Par solidarité avec les opposants, avec
toutes celles et ceux qui, au péril de leur liberté, malgré la répression de
plus en plus féroce, continuent à trouver le courage de manifester, de se
réunir, d’écrire, de dessiner – de s’exprimer, tout simplement –, nous souhaitons le
vote le plus large possible en faveur de cette proposition de résolution européenne.
Nous, députés du groupe Ensemble pour la République qui soutenons tous les courageux combattants
de la liberté en Turquie, sommes déterminés à la voter. Vous l’avez
fort bien dit, monsieur le rapporteur : ce texte n’est ni une provocation
ni une rupture ; c’est un message d’espoir, de confiance et de solidarité
adressé au peuple turc.
Céline Calvez (députée)
> [Ecologie / Intervention à l’Assemblée] Face à
l’accélération du changement climatique, à ses conséquences environnementales,
économiques et sociales, et face à la résurgence des discours climatosceptiques
qui se diffusent et s’amplifient, notamment depuis le retour du président Trump
à la tête des États-Unis, ne pas agir serait à la fois irresponsable et
dévastateur. Le changement climatique constitue l’un des défis majeurs de notre
siècle et une large majorité de nos bancs partagent la conviction qu’une action
forte, collective et déterminée est indispensable.
Cependant, une résolution parlementaire doit être appréciée non seulement à
l’aune de son ambition, mais aussi à celle de sa cohérence avec les
dispositions existantes et de sa capacité à renforcer concrètement l’action
publique européenne. C’est dans cet esprit de responsabilité que le groupe
Ensemble pour la République a examiné ce texte.
Depuis 2017, la France a fait le choix, sous l’impulsion du président de la
République, d’assumer une ambition climatique élevée, qui s’est traduite par
des actes concrets.
La loi « énergie-climat » de 2019 a inscrit dans notre droit
l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 ; la stratégie nationale
bas-carbone a structuré notre trajectoire ; la programmation pluriannuelle
de l’énergie a engagé la transformation de notre mix énergétique – nous devrons bien sûr en débattre à nouveau. À cela s’ajoutent des
investissements massifs, notamment à travers le plan France 2030, pour décarboner notre
industrie, soutenir l’innovation verte et renforcer notre souveraineté énergétique.
La rénovation énergétique des bâtiments, le développement des énergies renouvelables,
la transformation du secteur des transports et la sortie progressive des
énergies fossiles constituent autant de piliers d’une action climatique
cohérente, concrète et structurée. Cette dynamique nationale s’est prolongée au
niveau européen. La France a joué un rôle moteur dans l’adoption du paquet
Ajustement à l’objectif 55, qui constitue l’un des cadres climatiques les
plus ambitieux au monde, engageant l’Union européenne sur une trajectoire de
réduction d’au moins 55 % de ses émissions d’ici 2030. L’Union européenne
s’est ainsi dotée d’objectifs clairs, crédibles et juridiquement contraignants,
qui font référence sur la scène internationale.
C’est précisément parce que cette action est déjà engagée que le groupe
Ensemble pour la République aborde la proposition de résolution avec une
certaine prudence. Elle réaffirme en effet des orientations largement partagées
et déjà défendues par les institutions européennes. Elle s’inscrit dans une
continuité que nous assumons, mais sans apporter beaucoup d’éléments
substantiellement nouveaux ou opérationnels.
Nous partageons ainsi pleinement l’objectif de réduction nette de 90 % des
émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040, de même que l’exigence d’un
encadrement plus strict des crédits carbone internationaux afin de garantir
leur intégrité et de préserver l’effort domestique. Nous soutenons également
les dispositions intégrées par la commission des affaires européennes visant à
renforcer la crédibilité des engagements européens dans les négociations
internationales et à souligner le rôle moteur de la France lors de la
présidence française du G7 en 2026, comme nous défendons l’accélération du
déploiement des stratégies nationales dans une logique de transition écologique
juste et accompagnée.
Toutefois, cette proposition de résolution comporte également des orientations
auxquelles le groupe Ensemble pour la République ne peut souscrire. Nos
désaccords ne portent pas sur l’objectif climatique lui-même, mais sur la
méthode retenue et sur l’équilibre entre ambition écologique et compétitivité
économique. Le texte invite en effet l’Union européenne à fixer dès maintenant
un objectif intermédiaire de réduction d’au moins 72,5 % des émissions en
2035.
Or le compromis trouvé au niveau européen et présenté lors de la COP30 repose
sur une fourchette comprise entre 66,25 % et 72,5 %. Remettre en
cause cet équilibre risquerait d’affaiblir la stabilité et la prévisibilité
indispensables aux acteurs économiques pour investir, innover et transformer
leurs modèles. La transition écologique ne peut réussir que si elle s’inscrit
dans un cadre clair, prévisible, stable et partagé.
En effet, l’Union européenne ne pourra se prévaloir d’avoir réussi sa
transition climatique si celle-ci se fait au détriment de son industrie, de ses
emplois et de sa capacité d’innovation. L’efficacité de la politique climatique
européenne repose sur la capacité à rassembler l’ensemble des États membres
autour d’objectifs ambitieux mais atteignables. L’ambition ne peut être
dissociée du réalisme.
Notre ligne est claire : ambition climatique et compétitivité industrielle
ne sont pas incompatibles. Au contraire, elles sont indissociables. L’Europe
doit rester un continent qui innove, qui produit et qui protège, tout en menant
une transition écologique exigeante et crédible.
C’est pourquoi notre groupe ne s’opposera pas à cette proposition de résolution
mais choisira l’abstention constructive – une position responsable qui ne traduit ni
un renoncement ni un recul de notre ambition climatique, mais la volonté de privilégier l’efficacité, la cohérence et l’unité européenne. (
Stéphane Travert (député)
> [Hydroélectricité / Intervention à l’Assemblée]
Ce texte est très attendu. Il est assez technique mais il doit permettre enfin
à l’hydroélectricité, un atout majeur de notre pays, d’être sécurisée
juridiquement pour que ses installations puissent se moderniser et se
développer. Cette forme de production électrique a l’avantage d’être par nature
renouvelable, fiable et flexible. Pilotable, elle contribue à la stabilité de
l’ensemble de notre réseau électrique. Elle est un atout considérable pour
notre pays, dont la géographie se prête à ses installations. L’hydroélectricité
représente d’ailleurs près de 13 % de la consommation électrique
française. EDF et l’ensemble des exploitants ont besoin de visibilité pour
investir dans cette énergie renouvelable, complémentaire des autres et ainsi
contribuer à la transition énergétique.
Ce texte est le fruit d’un long travail et je tiens à saluer la persévérance de
nos deux rapporteurs, Marie-Noëlle Battistel et Philippe Bolo, que je remercie
vivement de leur engagement constant sur ce dossier. La proposition de loi fait
suite à la mission d’information sur les modes de gestion et d’exploitation des
installations hydroélectriques, issue de la commission des affaires
économiques, qui a présenté son rapport le 17 mai 2025, après huit mois de
travaux. C’était une mission réellement transpartisane et je salue l’engagement
collectif des collègues d’autres groupes politiques qui y ont participé.
Le rapport présente une solution adaptée juridiquement, économiquement et
opérationnellement pour faire évoluer le statut actuel des concessions de nos
installations hydroélectriques et mettre ainsi un terme aux précontentieux avec
la Commission européenne. La solution jugée la meilleure est celle d’un
basculement vers un régime d’autorisation assorti du maintien de la propriété
publique des installations hydroélectriques et de leur exploitation par les
actuels concessionnaires. Cette solution, qui doit permettre une exploitation
efficace, favorise la sûreté des ouvrages existants, la sécurité de
l’approvisionnement électrique et la protection de l’environnement.
La proposition de loi est le reflet de ces travaux de contrôle ainsi que des
négociations conduites sur ces précontentieux entre le gouvernement et la
Commission européenne, négociations auxquelles nos rapporteurs ont été bien
évidemment associés cet automne. Dans ce cadre, il a notamment été prévu qu’EDF
devra, pour tenir compte des exigences européennes en matière de concurrence,
mettre à disposition d’autres entreprises, par des enchères contrôlées par la
Commission de régulation de l’énergie, des capacités hydroélectriques
virtuelles, qui devront représenter 40 % de la capacité hydroélectrique de
notre pays. Nous ne pouvons pas éviter cette contrepartie prévue à
l’article 12 de la proposition de loi si nous voulons respecter le point
d’équilibre trouvé dans le cadre des négociations du gouvernement avec la
Commission européenne.
La proposition de loi prévoit en son article 2 que les titulaires des
concessions de plus de 4,5 mégawatts qui seront résiliées bénéficieront,
pendant soixante-dix ans, pour continuer à exploiter les installations
correspondantes, d’un nouveau régime de droit réel assorti d’un droit
d’occupation domaniale, ce qui permettra de maintenir la propriété de l’État
sur les infrastructures. La résiliation des concessions ouvrira droit à une
indemnité dont le montant fera l’objet d’une expertise indépendante. Cette
résiliation et l’attribution des nouveaux droits aux exploitants donneront lieu
à la conclusion de conventions avec les actuels concessionnaires.
La proposition de loi définit également le nouveau régime d’autorisation
applicable à l’exploitation des installations hydroélectriques dont la
puissance dépasse 4,5 mégawatts, ainsi que le régime de fiscalité et de
redevance qui leur sera applicable. Ainsi, l’imposition forfaitaire sur les entreprises
de réseau (Ifer), qui bénéficie aux collectivités territoriales, sera calculée
sur la puissance installée, ce qui représente une assiette stable, tandis que
l’État bénéficiera de redevances versées par les exploitants selon un barème
progressif en fonction de leurs résultats nets.
Enfin, la proposition de loi précise bien que le régime applicable au personnel
des industries électriques et gazières (IEG) ne sera pas affecté par ces
changements.
Je tiens à souligner que les travaux de la commission ont été de très bonne
tenue et ont permis d’améliorer encore ce texte dont le contenu se caractérise
par une certaine technicité. Nous avons ainsi adopté la moitié de la centaine
d’amendements proposés. Ce travail a représenté un certain défi, car le délai
était plus court qu’à l’accoutumée pour une initiative parlementaire, le texte
ayant été ajouté à l’ordre du jour de notre assemblée huit jours seulement
avant son examen par la commission. La plupart des amendements adoptés ont un
caractère technique, mais quelques changements plus notables ont également été
introduits, comme la possibilité ajoutée à l’article 7 d’abroger sans
indemnisation une autorisation d’exploiter en cas de non-respect par
l’exploitant des exigences environnementales.
Nous avons beaucoup avancé et je suis convaincu que nous saurons donner par nos
votes l’aboutissement législatif qu’ils méritent à ce travail de contrôle et à
ces négociations. Ce texte est l’opportunité de donner enfin à nos
installations hydroélectriques la visibilité et le développement dont notre
pays a besoin
Jean-Luc Fugit (député)
> [Hydroélectricité / Intervention à l’Assemblée]
L’hydroélectricité est bien plus qu’une simple source d’énergie
renouvelable : elle est l’un des piliers stratégiques de notre
souveraineté énergétique, l’un des cœurs battants de notre héritage industriel
et l’une des clés de notre avenir énergétique décarboné.
En 2024 – et cela se confirme pour 2025 –, la France a produit de
l’ordre de 540 térawattheures d’électricité, un volume remarquable
qui s’appuie sur un mix électrique décarboné à 95 %. Si l’énergie nucléaire assure les deux
tiers de cette production, le tiers restant est le fruit de nos énergies
renouvelables, au premier rang desquelles l’hydroélectricité, suivie de
l’éolien et du photovoltaïque : une réalité physique qui montre que les
débats opposant nucléaire et renouvelables, comme nous en connaissons encore
trop souvent dans cet hémicycle, n’ont aucun sens. Nous avons un objectif
majeur : sortir de notre trop forte dépendance aux énergies fossiles. Pour
y parvenir, nous aurons besoin d’une pluralité d’énergies et de technologies.
La France bénéficie d’une chance, celle de pouvoir produire sur notre sol de
l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables, que nous n’avons ni le luxe
ni le temps d’opposer. Être en capacité de produire les deux est un atout
majeur.
C’est pourquoi, monsieur le ministre, je profite de cette tribune pour
renouveler notre souhait de voir publiée au plus vite la programmation
pluriannuelle de l’énergie – une PPE que nous souhaitons ambitieuse et
résolument tournée vers un avenir
bas-carbone, dans une version qui préserve les capacités de production renouvelables et
nucléaires. Cette PPE a été concertée et élaborée avec de nombreux acteurs
depuis plus de trois ans. Il est temps de donner de la visibilité à nos
filières énergétiques et industrielles – un cap de long terme nécessaire à la
modernisation de nos infrastructures et à la sécurisation des investissements
d’envergure, tels que ceux attendus et même réclamés pour le secteur de
l’hydroélectricité qui nous réunit ce soir.
En matière d’hydroélectricité, notre pays dispose d’un parc de plus de
400 concessions, un atout majeur pour notre indépendance énergétique.
Pourtant, durant deux décennies, ce secteur a été entravé par un contentieux
persistant entre la France et l’Union européenne. Face aux exigences de mise en
concurrence imposées par le droit européen des marchés, la France a opposé une
légitime fin de non-recevoir. Notre groupe considère que les barrages
hydroélectriques sont des ouvrages stratégiques, tant pour la sûreté des
installations que pour la sécurité d’approvisionnement, la gestion équilibrée
de l’eau et la protection de l’environnement. Face au désaccord avec la
Commission européenne, un régime transitoire dit de délais glissants a été
instauré, mais cette solution par défaut a fini par paralyser l’investissement
et fragiliser nos installations. Il était donc impératif de trouver un accord
équilibré avec la Commission pour lever cette hypothèque juridique.
Nous tenons à remercier Mme la rapporteure et M. le rapporteur pour
leur mission d’information qui aboutit à cette proposition de loi, laquelle
incarne un compromis exigeant : respecter le cadre européen, sans jamais
consentir à la privatisation ou au démantèlement de notre parc, ni affaiblir
nos exploitants historiques, en particulier EDF.
Ce texte vise à transformer le régime juridique des installations de plus de
4,5 mégawatts, en passant de la concession à l’autorisation. Ce pivot
juridique permet d’écarter toute remise en concurrence obligatoire lors des
renouvellements de concession. En contrepartie, la France s’engage sur un
mécanisme de capacités virtuelles : EDF mettra à disposition
6 gigawatts de sa capacité, via des enchères encadrées par la Commission
de régulation de l’énergie, préservant ainsi l’intégrité physique et l’exploitation
de nos barrages sous pavillon national.
Après l’examen et l’adoption de cette proposition de loi en commission, nous
proposerons des amendements à l’article 12 pour sécuriser ce nouveau
dispositif. L’un d’entre eux précise les modalités de contrôle de l’objectif
d’ouverture de 40 % sur la durée, pour garantir la crédibilité du
mécanisme. Un autre exclut les filiales d’EDF du bénéfice des capacités
virtuelles, pour assurer une concurrence effective et loyale au profit
d’acteurs tiers. Enfin, un amendement confie explicitement à la CRE le contrôle
de la flexibilité des produits vendus.
En conclusion, cette réforme, bien que technique, traduit une ambition
politique majeure : elle clôt un chapitre de vingt ans d’incertitude,
sanctuarise notre souveraineté sur des actifs critiques et restaure un cadre
stable pour l’investissement. C’est pour ces raisons que le groupe Ensemble
pour la République soutient cette proposition de loi.
● MoDem
Bruno Fuchs (député)
> [Proposition de résolution européenne visant à rejeter le projet d’accord
sur les droits de douane et le commerce du 27 juillet 2025 entre l’Union
européenne et les États-Unis / Intervention à l’Assemblée] La présente
proposition de résolution européenne, adoptée le 12 novembre par la
commission des affaires étrangères, vise à refuser toute logique de soumission
commerciale. Elle traduit une volonté politique claire : défendre les
intérêts européens face à un accord qui soulève de lourdes interrogations. Le
commerce est désormais au cœur des rapports de force internationaux ; la
commission des affaires étrangères s’est d’ailleurs emparée du sujet à
plusieurs reprises, notamment lors de notre récente table ronde consacrée au
retour du protectionnisme. Ces échanges ont montré une chose : nous avons
changé d’époque ; il importe donc que nous changions également de
comportement, de stratégie.
Pendant des décennies, le libre-échange a été présenté comme une évidence,
presque une promesse de paix et de prospérité systématiques. L’entrée de la
Chine au sein de l’OMC, en 2001, en fut le symbole. Nos concitoyens attendent à
présent autre chose : une politique commerciale qui protège, qui sécurise
nos chaînes de valeur et défende nos intérêts stratégiques.
Deux évolutions majeures témoignent de cette remise en cause. Premièrement, la
contestation de plus en plus ouverte des accords commerciaux globaux, en
dernier lieu celui avec le Mercosur, auquel la France a exprimé son
opposition : il y a un an, le 30 janvier 2025, était adoptée à
l’unanimité, dans cet hémicycle, une proposition de résolution européenne
appelant le gouvernement à refuser la ratification de cet accord.
Deuxièmement, la hausse assumée des barrières tarifaires : si le phénomène
n’est pas nouveau, il a pris une ampleur inédite depuis le retour aux affaires
de Donald Trump, avec l’instauration en 2025 de droits de douane unilatéraux
élevés, très fortement médiatisée. Ces évolutions traduisent une vision du
monde majoritairement centrée sur le souverainisme, la préférence
nationale ; l’ordre multilatéral fondé sur le droit recule face à la
puissance des États, aux rapports de force. Le retrait américain de plusieurs
organisations internationales accélère encore cette logique.
Ce nouveau protectionnisme ne se contente plus de remettre en cause l’ouverture
commerciale associée à l’après-guerre, il impose un défi direct à l’Europe, à
sa capacité de négocier des accords équilibrés au service de ses intérêts. Les
interdépendances mondiales restent profondes : aucun État ne peut
aujourd’hui se suffire à lui-même. Il s’agit donc, non pas de renoncer au
commerce international, mais de décider avec qui, comment, dans quels intérêts
nous échangeons, de savoir si l’Union européenne a adopté la bonne stratégie,
si elle mobilise les bons instruments en vue de protéger ses intérêts et sa
souveraineté. Clairement, elle doit changer de logiciel, s’adapter à la
nouvelle donne mondiale, ce qu’elle n’a pas fait dans le cadre des derniers
accords ; nous devons l’inciter à évoluer encore plus vite.
Il a été abondamment rappelé que le projet d’accord du 27 juillet 2025
propose un cadre tarifaire fixe entre Europe et États-Unis, avec un plafond
américain de 15 % pour la grande majorité de nos exportations, en
remplacement des droits additionnels de 30 % imposés jusque-là. En retour,
l’Union s’engage à des mesures importantes : achats massifs – 750 milliards de dollars
sur trois ans – d’énergies fossiles américaines et
investissements aux États-Unis pour 600 milliards de dollars d’ici à 2029. Tout cela, encore une fois, a bien été documenté, commenté, analysé, condamné, depuis plusieurs mois déjà. Ce projet a été présenté par la Commission européenne comme un compromis
visant à éviter l’escalade tarifaire et
préserver le lien économique transatlantique, mais les conditions mêmes de son
annonce – dans une propriété écossaise du président américain –, ainsi que l’augmentation effective
des droits de douane n’étaient pas acceptables. L’accord resterait profondément asymétrique, certains secteurs stratégiques européens n’y trouvant aucune protection, tandis que les engagements américains sont très limités.
La proposition de résolution européenne que nous examinons n’a rien d’anodin : elle appelle clairement à rejeter ce projet d’accord et met en garde
contre ses effets néfastes sur nos industries exportatrices, sur la
souveraineté commerciale de l’Union. Au-delà du texte, elle envoie un signal
politique fort : un désaveu symbolique de cet accord de principe imposé,
un rappel que l’Europe ne saurait se contenter de compromis qui, en l’espèce,
ne compromettent que ses intérêts.
Maud Petit (députée)
> [Ecologie / Intervention à l’Assemblée] L’intention de la présente
proposition de résolution européenne est louable. Personne ici ne conteste
l’urgence climatique – personne – ni la nécessité d’une action européenne forte et cohérente. Une résolution, toutefois, ne doit pas être un slogan ; elle doit être un outil de précision et de responsabilité. Or c’est là que ce texte, à notre sens, pose problème.
Premièrement, l’Union européenne s’est déjà engagée dans la construction d’un cadre structurant : pacte vert, paquet Fit
for 55, mécanisme d’ajustement
carbone aux frontières, réforme du marché carbone, nouvelles normes
automobiles, etc. L’ambition n’a donc pas besoin d’être
« réaffirmée » ; elle doit être rendue applicable, cohérente et
socialement soutenable. Or le texte ne dit rien des difficultés de mise en
œuvre de cette ambition ni de ses conséquences pour les ménages, pour les
collectivités ou pour les entreprises, notamment dans les territoires
fragilisés. Les collectivités doivent absorber les obligations de rénovation
sans financement pérenne. Les ménages modestes subissent la hausse du coût des
mobilités, sans que des alternatives crédibles ne soient parfois disponibles
dans leur territoire. Les petites et moyennes entreprises du transport routier
doivent renouveler leurs flottes alors que les infrastructures de recharge
électrique – bornes et stations – restent insuffisantes.
Deuxièmement, l’ambition climatique ne
se décrète pas, elle se
construit. Elle se construit avec des moyens et des trajectoires réalistes, avec des
filières industrielles capables de suivre et avec des collectivités qui ne sont
pas abandonnées, sans financement, quand elles doivent faire face à leurs
obligations. Réaffirmer une ambition sans se pencher sur les conditions de sa
réussite, c’est prendre le risque de la défiance, voire du rejet ; c’est
prendre le risque de faire naître le sentiment d’une écologie punitive. Les
exemples sont nombreux : dans l’agriculture, des filières déjà frappées
par la sécheresse ou par les maladies doivent absorber des normes
supplémentaires ; dans l’industrie, les filières de la sidérurgie ou du
ciment doivent investir massivement alors que les dispositifs européens ne
couvrent qu’une partie des coûts et que les capacités de stockage restent limitées
– nous en avons parlé il y a quelques mois dans cet hémicycle ; dans la logistique, enfin, les petites
entreprises n’ont pour l’instant ni les marges ni les outils leur permettant de basculer rapidement
vers des flottes bas-carbone.
Troisièmement, le texte confond
ambition et surenchère. L’Europe a besoin d’une stratégie stable, lisible et
compatible avec sa souveraineté énergétique et industrielle ; elle n’a pas
besoin d’injonctions supplémentaires affaiblissant sa crédibilité. La France
doit être un moteur – oui, mais un moteur fiable.
Pour être crédible, une ambition doit
aussi tenir compte des réalités ultramarines. Or elles sont totalement absentes du texte. En Martinique,
en Guadeloupe, en Guyane, en Polynésie, en Nouvelle-Calédonie, à La Réunion, à
Saint-Pierre-et-Miquelon et à Mayotte, la production d’électricité, du fait de
la progression insuffisante du renouvelable, repose encore largement sur des
centrales thermiques. Les normes européennes de construction ne sont pas
adaptées aux climats tropicaux ni aux surcoûts logistiques liés à l’insularité.
Dans ces territoires pour la plupart insulaires, l’avion est encore
indispensable et le transport maritime incontournable : 90 % des
marchandises y sont acheminées par des cargos fonctionnant encore au fioul. Les
distances sont incompressibles : un trajet entre deux îles de la seule
Polynésie peut faire 1 500 kilomètres, l’équivalent d’un Paris-Rome.
Enfin, la vulnérabilité climatique de ces territoires – cyclones, risque de
submersion, séismes – exige des investissements d’adaptation que la proposition de résolution ne mentionne
pas.
Nous devons également être cohérents. On ne peut pas appeler à plus d’ambition climatique sans traiter le financement, la
justice sociale et l’accompagnement des secteurs exposés, des ménages modestes et des collectivités, qui supportent
encore aujourd’hui l’essentiel des investissements.
Pour toutes ces raisons, non par manque de conviction écologique, mais par
souci d’efficacité, de cohérence et de justice, il nous semble difficile de
soutenir cette résolution en l’état. Le groupe Les Démocrates ne la votera pas
Philippe Bolo (député)
> [Hydroélectricité / Intervention à l’Assemblée]
Nous vivons ce soir un moment historique pour la filière hydroélectrique
française, une filière qui depuis plus de quatre-vingt-dix ans a construit un
parc de plus de 300 ouvrages, faisant de la France le pays disposant du
plus important parc hydroélectrique de l’Union européenne. Cet héritage est le
fruit d’investissements réalisés par plusieurs générations, qui nous ont légué
un pilier majeur de notre modèle énergétique. Pourtant, cette filière est
aujourd’hui fragilisée par deux précontentieux opposant depuis plus de dix ans
la France à la Commission européenne. Le premier concerne l’absence de mise en
concurrence des concessions arrivées à échéance et le second porte sur la
position dominante d’EDF. Ces précontentieux ont installé une incertitude juridique
qui bloque les investissements, freine la modernisation des ouvrages et
pénalise l’ensemble de la filière. Au-delà, cette situation constitue une
véritable entrave à notre souveraineté énergétique, à la sécurisation de notre
système électrique et à la réussite de la transition énergétique. Il fallait
donc réagir face à ces blocages.
C’est le travail engagé depuis 2013 par ma collègue Marie-Noëlle Battistel, un
travail patient et déterminé, mené dans la durée. En mai dernier, nous avons
remis à la commission des affaires économiques un rapport d’information qui a
permis de poser un diagnostic commun sans ambiguïté. La proposition de loi que
nous examinons ce soir est l’aboutissement de ce travail et de celui de
Mme Battistel, que je tiens à saluer. Ce texte répond à une volonté
largement partagée : ne pas mettre en concurrence les ouvrages
hydroélectriques français.
Tout d’abord, ces derniers sont l’héritage d’investissements financés par les
Français sur plusieurs générations. Ensuite, ils présentent un caractère
stratégique majeur, notamment en matière de gestion partagée de l’eau – un enjeu crucial face
aux conséquences du changement climatique. Ils sont également essentiels à l’équilibre de notre système électrique et requièrent un haut niveau de sûreté et de sécurité. Enfin, ils recouvrent des enjeux sociaux
considérables : la perte d’expertise et de savoir-faire serait un risque
que nous ne pouvons pas prendre. Cette position de non-mise en concurrence,
Marie-Noëlle Battistel et moi-même l’avons ardemment défendue auprès de la
Commission européenne. Le texte dont nous débattons ce soir est le résultat de
cette pugnacité à défendre le modèle hydroélectrique français.
Il repose sur trois piliers. Le premier est la suppression du régime de
concession d’énergie hydraulique pour les installations de plus de
4,5 mégawatts. Le deuxième est la création d’un nouveau régime de droit
réel, qui permet de maintenir les exploitants historiques sur les ouvrages
qu’ils exploitent. Avec ces deux piliers, nous tournons clairement le dos à la
mise en concurrence et nous garantissons la continuité de l’exploitation. Le
troisième pilier concerne la mise à disposition sécurisée d’une partie de la
production hydroélectrique, grâce à un dispositif confié à la Commission de régulation
de l’énergie (CRE), fondé sur des enchères assorties d’un prix de réserve. Nous
avons été particulièrement vigilants quant à la sécurisation du dispositif.
Nous devons voter ce texte pour relancer les investissements dans une énergie
renouvelable historique, qui bénéficie directement aux consommateurs français,
et pour valider l’accord de principe trouvé entre le gouvernement et la
Commission européenne en août dernier, afin de lever les deux précontentieux.
Relancer l’hydroélectricité, c’est renforcer la deuxième source de production
d’électricité de notre pays. C’est aussi redonner de la visibilité et de la
confiance à plus de 15 000 femmes et hommes qui œuvrent chaque jour à
la maintenance et à l’exploitation de nos ouvrages hydroélectriques.
Louise Morel (députée)
> [Hydroélectricité / Intervention à l’Assemblée]
Le groupe Les Démocrates se réjouit de l’examen de cette proposition de loi
relative à l’hydroélectricité. Nous parlons finalement peu de cette énergie
dans notre hémicycle, alors qu’elle occupe une place absolument centrale dans
notre système électrique – elle représente entre 12 et 14 % de la production annuelle d’électricité en France, ce qui en
fait la deuxième source de production derrière le nucléaire. Mais son importance ne se mesure pas uniquement
en pourcentages. L’hydroélectricité possède aussi la qualité rare et précieuse d’être pilotable. Elle peut ainsi
être mobilisée rapidement pour répondre aux pics de consommation, stabiliser le
réseau et compenser l’intermittence de l’éolien et du solaire. Elle est aussi
au cœur de notre capacité de stockage de l’électricité grâce aux stations de
transfert d’énergie par pompage qui constituent l’essentiel de nos capacités de
stockage à grande échelle.
Sans hydroélectricité forte, il n’y a ni système électrique stable ni
transition électrique crédible. Pourtant, depuis plus de dix ans, ce pilier
stratégique est bloqué, non par manque de savoir-faire ou faute de besoins,
mais du fait d’une impasse juridique née de deux précontentieux avec l’Union
européenne. Cette incertitude a eu des conséquences concrètes pour notre
pays : gel des investissements, retard dans la modernisation des ouvrages,
frein au développement des capacités de stockage. Pendant que nous sommes
bloqués, nous devenons plus dépendants des importations énergétiques, de
sources plus carbonées, de choix faits ailleurs.
Au-delà des frontières de notre pays, l’hydroélectricité est devenue un levier
central de souveraineté. Les pays qui maîtrisent leur production énergétique
maîtrisent aussi leur trajectoire économique, industrielle, écologique et
stratégique. La Chine, par exemple, l’a parfaitement compris en investissant
massivement dans les énergies renouvelables, faisant ainsi de la transition
énergétique un instrument de puissance, d’indépendance et d’influence.
Continuer à accumuler des retards dans le secteur de l’hydroélectricité nous
affaiblirait durablement. C’est pourquoi il est impératif de lever les blocages
qui nous empêchent d’exploiter pleinement une énergie renouvelable décarbonée
et produite en France.
Permettez-moi, en aparté, d’avoir une pensée pour les territoires de montagne,
qui sont particulièrement attentifs à l’issue de cette proposition de loi. En
effet, sur les 2 300 ouvrages présents sur le territoire français, en
incluant la petite hydroélectricité, près de 750, soit 30 % du total, sont
installés dans des communes de montagne.
La présente proposition de loi apporte une réponse claire à ces blocages et
écarte les risques liés aux deux précontentieux en cours à propos de la
position dominante d’EDF et du régime de remise en concurrence des concessions
arrivées à échéance. Le groupe Les Démocrates soutient toutes les orientations
de ce texte : passer du régime de concession à celui d’autorisation,
maintenir l’exploitation des installations existantes par les concessionnaires
actuels lorsque cela se justifie impérieusement, et ouvrir, en l’encadrant
strictement, le marché de l’hydroélectricité. Grâce à cet équilibre, la
proposition de loi ne privatise pas l’hydroélectricité, elle ne la brade pas
non plus, mais elle redonne de la visibilité, de la stabilité et une capacité
d’action à l’État, comme aux exploitants.
Je souhaite saluer sincèrement le travail mené sur ce texte par les deux
corapporteurs, mon collègue Philippe Bolo, dont l’expertise sur les enjeux
énergétiques n’est plus à démontrer, mais aussi Marie-Noëlle Battistel,
attachée de longue date à ce sujet et dont la détermination mérite d’être
soulignée.
Cette proposition de loi nous redonne le pouvoir de décider de l’avenir de
notre système hydroélectrique pour le sécuriser et maîtriser les
interdépendances ; de choisir plutôt que de subir. Nous devons être
nombreux à la soutenir car elle sert aussi la transition écologique qui, loin
d’être une contrainte, doit devenir aussi un outil de puissance au service de
notre indépendance et de notre avenir
Hubert Ott (député)
> [Etat de droit en Turquie / Intervention à l’Assemblée]
Ce texte nous met face à une responsabilité claire : celle de réaffirmer,
sans ambiguïté, mais sans excès, l’attachement de l’Assemblée aux principes
démocratiques, aux libertés publiques et à l’État de droit, dans un pays avec
lequel l’Union européenne entretient une relation essentielle : la
Turquie.
Les faits à l’origine de cette initiative sont connus, documentés et
préoccupants : l’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, élu
démocratiquement ; la mise en détention de responsables politiques de
l’opposition, d’avocats et de journalistes ; les restrictions apportées à
la liberté de manifester et à la liberté d’expression. Ils marquent le
franchissement d’un seuil dans la dégradation de l’État de droit en Turquie
depuis mars 2025. Pris isolément, chacun de ces événements réclame déjà une
vigilance accrue. Pris ensemble, ils dessinent la dynamique d’un rétrécissement
continu de l’espace démocratique, d’une instrumentalisation croissante de
l’appareil judiciaire et d’une remise en cause galopante des garanties
fondamentales du pluralisme politique.
La présente proposition de résolution européenne n’est ni une surprise ni une
rupture. Elle s’inscrit dans la continuité des alertes formulées depuis
plusieurs années par le Conseil de l’Europe, le Parlement européen et la
Commission européenne. Elle se fonde sur des engagements précis, auxquels la
Turquie a librement souscrit : la Convention européenne des droits de
l’homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et les
critères de Copenhague liés à son statut de pays candidat à l’Union européenne.
Il importe de rappeler avec clarté que ces engagements ne sont pas théoriques.
Ils impliquent des obligations concrètes, au premier rang desquelles figurent
l’indépendance de la justice, le respect des droits de la défense, la liberté
d’expression, la liberté de réunion pacifique et la protection de l’opposition
politique. Lorsqu’ils sont fragilisés, c’est le principe même de la démocratie
qui vacille.
Soutenir cette proposition de résolution n’est pas nier la complexité de la
relation entre l’Union européenne et la Turquie ; c’est au contraire la
prendre au sérieux. La Turquie est un partenaire stratégique sur de nombreux
dossiers régionaux et internationaux. Mais ce partenariat ne peut justifier le
silence lorsque des principes fondamentaux sont menacés. Le texte qui nous est
soumis adopte, à cet égard, une ligne équilibrée. Il n’appelle ni à une rupture
diplomatique ni à des sanctions automatiques. Il invite à une prise de position
claire, à un suivi attentif de la situation, à la mobilisation des instruments
européens existants et, le cas échéant, à l’envoi d’observateurs indépendants
pour assurer le respect de garanties procédurales fondamentales.
Je veux également souligner que cette proposition de résolution constitue un
message de soutien, clair et assumé, envers celles et ceux qui, en Turquie,
continuent de défendre les valeurs démocratiques : les élus locaux, les
journalistes, les avocats, les étudiants et les citoyens qui exercent leurs
droits malgré un contexte de plus en plus contraint. Leur engagement mérite
bien mieux que notre silence.
Adopter cette proposition de résolution européenne, ce n’est pas s’ériger en
juge. C’est rappeler que l’Union européenne est fondée sur des valeurs qui ne
sont ni négociables ni à géométrie variable. C’est affirmer que la stabilité
durable, y compris pour la Turquie elle-même, ne peut être dissociée du respect
de l’État de droit et du pluralisme politique. Pour toutes ces raisons, le
groupe Les Démocrates votera en faveur de ce texte – et j’invite notre assemblée à le faire de manière unanime.
► Autres
● Organisations centristes
♦ Renew Europe
(Députés français du groupe centriste au Parlement
européen)
Valérie Hayer (députée, présidente)
> Le 22 mars prochain, les Slovènes auront un choix décisif à faire. Avec
notre Premier ministre Renew Europe Robert Golob, la Slovénie a renforcé l’état
de droit, restauré la confiance dans ses institutions, consolidé son économie
et fait le choix d’une intégration européenne ambitieuse et d’une véritable
autonomie stratégique. Face à lui, le populiste Janez Janša incarne un autre
modèle : illibéral, ouvertement inspiré par l’autoritarisme et la xénophobie de
Donald Trump. Ce qui se joue en Slovénie nous concerne tous. Avec Renew Europe,
nous étions à Ljubljana pour réaffirmer notre soutien à Robert Golob et
défendre une Slovénie démocratique, attachée aux libertés individuelles et
pleinement européenne !
● Personnalités centristes
Sarah El Hairy (haut-commissaire à l’Enfance)
> Bonne nouvelle pour nos enfants : l’Europe dit stop au caractère addictif
de TikTok. Protéger les mineurs n’est pas une option, c’est une obligation. À
TikTok de changer.
> Le Royaume-Uni ouvre une enquête contre X après la diffusion d’images à caractère sexuel générées par IA :c’est un signal fort que les dérives technologiques ne doivent pas impacter la dignité et la sécurité des enfants.

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