lundi 8 février 2021

Vues du Centre. Qui de Macron ou de Bayrou va perdre la face?

Par Jean-François Borrou

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.                       
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes.

Macron-Bayrou: rira bien qui rira le dernier?

Emmanuel Macron peut-il vraiment accepter l’injonction de François Bayrou?

A moins que les deux hommes se soient mis d’accord secrètement, il y aura de toute façon un perdant dans l’initiative prise par le président du Mouvement démocrate pour obliger le président de la république à instaurer une dose de proportionnelle pour les prochaines élections législatives.

Si Macron cède aux désidératas de Bayrou, il montrera de la faiblesse et donnera à ce dernier une réelle influence qu’il n’a pas eu dans les urnes.

Si Bayrou bat en retraite, ce sera un camouflet d’autant que la pression qu’il a décidée d’exercer sur le président de la république ne fait guère dans la subtilité et la délicatesse.

Un des deux perdra la face.

Pourquoi alors Bayrou s’est-il lancé dans ce combat où il est loin d’avoir les cartes en main et où il dépend intégralement du bon-vouloir de Macron sachant qu’une grande partie de LaREM ne veut pas entendre parler de proportionnelle pour 2022 et renvoie son éventuelle adoption à un éventuel deuxième quinquennat de son leader?

Pourquoi, alors que le pays est en plein crise sanitaire qui se double d’une crise économique et sociale dans le cadre d’une crise planétaire, se focaliser sur une réforme de l’élection législative alors qu’il y a des sujets bien plus essentiels pour l’avenir du pays?

Pourquoi mettre en porte-à-faux son «allié» auquel il doit plus que ce qu’il a fait pour lui et alors même que le Mouvement démocrate est en pleine santé et n’a sans doute pas besoin de s’opposer à ses partenaires de la majorité présidentielle?

Au-delà de la nécessité bien expliqué ici par Alexandre Vatimbella et Jean-Louis Pommery pour le MoDem d’avoir un système électoral qui le rende enfin indépendant de toute alliance et, sans doute, une adhésion sincère à un système qu’il considère plus démocratique, Bayrou a sans doute envie de tester sa réelle influence sur le président de la république et sur la majorité présidentielle alors même que LaREM a perdu la majorité absolue à l’Assemblée nationale et que nombre de ses députés partants sont allés frapper à la porte du parti centriste.

De même, il sent bien que LaREM est actuellement dans une position de faiblesse et que le MoDem peut, si ce n’est devenir l’avant-garde de la majorité présidentielle, en tout cas devenir de plus en plus incontournable et, c’est selon lui, le bon moment à un an d’élections générales.

Une stratégie adoptée très souvent par le partenaire le plus faible d’une majorité pour être respectée et bien servie par le plus fort.

Une victoire sur la question de la proportionnelle serait, de ce point de vue, un formidable bon en avant.

Et puis il y a l’ambition personnelle dévorante de Bayrou qui n’a jamais cessé et qui lui fait oublier qu’il n’y a pas si longtemps il était au fond du trou, en voie de réelle disparition du paysage politico-médiatique.

Ressuscité de la politique, le centriste croit d’autant plus à son destin national et celui-ci passe évidemment et obligatoirement par une affirmation d’indépendance.

La proportionnelle qui, quelque soit son importance, n’est pas un sujet de rupture ni entre Macron et Bayrou, ni entre LaREM et le MoDem, est donc un bon test sauf si la controverse s’envenime et si ses protagonistes sont emportés par une crispation qu’ils ne pourront pas maitriser face à un emballement médiatique.

Nous n’en sommes pas encore là et le risque pris par Bayrou est sans doute calculé. Mais quoi qu’il arrive, il y aura bien un perdant même si une sorte de compromis bancal peut être trouvé pour qu’aucun des deux camps ne perde définitivement la face, du style une excroissance très symbolique de proportionnelle dans un système qui demeure largement majoritaire pour 2022 avec la promesse d’une loi plus large après 2022.

Cependant, le risque alors pris par Macron serait que ce compromis n’apparaisse que comme un deal bassement politicien.

In fine, on peut se demander si Bayrou a pensé à toutes les implications de sa démarche.

Notamment, en y associant des partis certains sont extrémistes et tous dans une opposition frontale à Macron, il leur permettra, en cas d’instauration de proportionnelle, de crier sur tous les toits qu’ils ont fait plier le président de la république qu’ils rêvent de chasser de l’Elysée et dont Bayrou est l’«allié»...

Si la réponse est oui, alors il a décidé consciemment de mettre en péril, à la fois, la majorité présidentielle et les chances de victoire de cette dernière en 2022.

Une telle légèreté pour si peu de profit serait une faute politique.

 

Jean-François Borrou

 

 

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