27 janvier 2013

Une Semaine en Centrisme. Le projet politique, moment de vérité pour l’UDI

Le 26 janvier dernier, sur ses terres, à Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin, député-maire de la ville mais aussi vice-président de l’UDI a animé la première convention territoriale sur les quatre prévues (trois autres auront lieu à Cholet, Mazamet et Metz) concernant le projet politique de l’UDI dont il a la charge.
Celle-ci était ouverte à tous ceux qui avaient quelque chose à dire et des propositions à faire dans les cinq domaines suivants: «développement compétitif et durable», «solidarités actives», «des territoires de confiance et de croissance», «vivre ensemble» et «dans l’Europe et vers le monde».
On ne sera pas étonné que la salle s’est prononcée, entre autres, pour moins de taxes et d’impôts, pour une Europe fédérale, pour une plus grande liberté d’entreprendre ainsi que pour la refondation d’un lien social.
Toutes les idées mises sur la tale et les mesures proposées seront collectées pour être analysées, sachant, comme dans tout parti politique, que la rédaction du projet reviendra aux instances dirigeantes et que les militants se prononceront ensuite sur un texte final.
Ce dernier devrait, théoriquement, refléter la diversité de l’UDI et des nombreux partis qui la composent.
Ce brainstorming matinal baptisé «Un nouveau cap» (en référence également au site internet www.unnouveaucap.com qui vient d’être lancé, réceptacle de toutes les bonnes idées d’où qu’elles viennent) qui a réuni quatre cents personnes, divisés en petits groupes, a été clos par des interventions du maire de Neuilly et de Jean-Louis Borloo, le président de l’UDI.
Il était, dès lors, intéressant de leur poser la question sur la cohérence du prochain projet alors que l’on sait que l’UDI est divisée sur plusieurs points en particulier sur le mariage gay, Jean-Louis Borloo étant plutôt «pro» tandis que Jean-Christophe Fromantin était en pointe lors de la dernière grande manifestation parisienne contre celui-ci.
Pour les deux hommes, ce désaccord ne remet pas en question l’élaboration d’un programme commun à tous les membres et toutes les composantes de l’UDI. D’autant, ajoutent-ils, que dans les autres partis, les positions sont loin d’être unanimes non plus.
Un programme que Jean-Christophe Fromantin voit à partir d’une reconquête des territoires et de leur capacité à innover (son parti politique s’appelle «Territoires en mouvement») et non de manière centralisée.
Quant à Jean-Louis Borloo, il exhorte à attendre le document final pour en juger de la profondeur et de la cohérence, sans faire de procès d’intention a priori. Mais il affirme, qu’une fois adopté, il sera le programme de tous les partis qui constituent l’UDI, de tous ses dirigeants.
Tous deux sont conscients que l’UDI a une grande chance de se construire et de se définir sans se presser puisque l’année 2013 – sauf imprévus – ne comporte aucune élection générale.
D’autant que sa forme confédérale actuelle n’est pas la plus simple pour écrire un texte commun de cette importance.
Suite aux propos de Jean-Jacques Jégou dans le Figaro qui déclarait que l’alliance «naturelle» entre l’UDI et l’UMP n’était pas obligatoirement «automatique», Jean-Louis Borloo les a décryptés en expliquant que cela signifiait, non pas que l’UDI pouvait aller chercher des alliances du côté de la gauche et du Parti socialiste mais qu’en cas de désaccord, notamment dans les élections locales, l’UDI pouvait se présenter contre l’UMP.
Autres déclarations intéressantes sur l’inévitable concurrence qu’ont déjà commencé à se faire l’UDI et l’UMP.
Pour Jean-Louis Borloo, prendre à terme le leadership de la Droite ne sera pas affaiblir ou prendre des voix et des militants à l’UMP, la sphère politique où s’est positionnée l’UDI est suffisante pour y parvenir.
Jean-Christophe Fromantin estime, quant à lui, que l’UDI devienne le premier parti de Droite n’est pas la priorité. Il préfère que celle-ci soit le moteur d’une coalition avec l’UMP au niveau des idées, des propositions et d’une dynamique.
Plus, il estime que les structures décentralisées telles que l’UDI sont plus à même d’être réactives et pionnières que celles qui sont centralisées comme l’UMP.
Une différence de perception avec Jean-Louis Borloo qui souhaite, de son côté, que la formation de centre-droit se centralise de plus en plus et se dote d’un leader incontesté, comme il l’avait dit du haut de la tribune de la Mutualité à Paris à l’automne dernier lors de son congrès constitutif.
Quant à l’unité de l’UDI, les deux hommes ont la volonté de travailler ensemble même si cela n’empêche pas un désir de ne pas se voir brider et de pouvoir garder sa liberté de parole, dixit Jean-Christophe Fromantin qui rappelle qu’il a toujours été élu en indépendant, sans le concours d’aucune force politique.
Et c’est bien là que l’avenir de l’UDI se joue, dans cette possibilité de vivre ensemble sans pourtant toujours parler d’une même voix. Un challenge que connaissent bien tous les partis centristes et qu’a bien connu l’UDF première mouture (le modèle actuel de l’UDI) avant de devenir un parti centralisé sous François Bayrou.
Le programme de l’UDI sera donc une première indication forte sur cette capacité qu’aura la formation de centre-droit d’exister dans la durée.
Mais ce ne sera réellement qu’après les élections municipales puis européennes en 2014 que l’on aura l’indication essentielle sur le sujet.
De bons scores seront le gage d’un avenir. En revanche, en cas de mauvais résultats…
Alexandre Vatimbella