jeudi 15 janvier 2015

Editorial d’Alexandre Vatimbella. Le Centre, la liberté, la responsabilité et le respect

Deux des valeurs essentielles au vivre bien ensemble sont, pour le Centrisme, la liberté et le respect.
Et celles-ci ne prennent toutes leurs dimensions que si elles sont pratiquées avec responsabilité.
Après l’attaque terroriste contre Charlie hebdo, ces valeurs et ce principe ont été abondamment cités, à la fois, par ceux qui se sont levés pour défendre la liberté de pensée (et donc de la presse) et ceux qui ont critiqué la satire de l’hebdomadaire, sans parler de ceux qui la condamnent.
Pour les critiques et les censeurs de Charlie hebdo – à part les musulmans radicaux et violent dont faisaient partie les assassins – cette satire serait irrespectueuse et irresponsable.
Irrespectueuse car elle s’attaquerait aux croyances (politiques, religieuses, philosophiques) pour les ridiculiser et irresponsable car elle participerait de l’affrontement de ces croyances en provoquant des tensions mais aussi parce que ceux qui la pratiquent, nieraient les valeurs de base du vivre ensemble.
Pour les défenseurs intransigeants de la liberté dont font partie les centristes, il faut le rappeler, il y a une incompréhension face à ces réactions venant essentiellement à de mauvaises interprétations de ces mots.
Quand on parle de liberté dans la responsabilité, la seule qui soit viable dans une société humaine, il faut l’entendre par le fait que la capacité à être libre doit nécessairement être accompagnée de la responsabilité de ses actes, de tous ses actes en particulier dans le cadre des lois d’une démocratie républicaine.
Dire ce que l’on pense et le publier dans un organe de presse fait partie de cette liberté responsable.
Ainsi, si l’on propage des mensonges, si l’on appelle à la haine, si l’on fait l’apologie de thèses criminelles et meurtrières, si l’on insulte l’autre dans sa personne, alors on est passible de sanctions devant les tribunaux.
Sinon, on a le droit de ne pas être d’accord avec l’autre, de le dire, de l’écrire en se moquant, non pas de lui, mais de ses croyances.
Quant au respect, il a été mis à beaucoup de sauces ces jours-ci dont les plus indigestes, voire les plus avariées.
Ainsi, expliquent certains, les terroristes n’ont pas respecté la vie de 17 personnes parce que l’on ne respectait pas leur croyance.
Là, il faut rappeler ce qu’est le respect humaniste.
Tout individu a le droit au respect ce qui lui permet, s’il respecte les valeurs essentielles de la vie en commun (respecter la liberté de l’autre, avoir de la tolérance vis-à-vis de l’autre et être solidaire de l’autre) et les principes de base du fonctionnement de la société, de vivre sa vie d’égal à l’autre, à tout autre, le plus librement possible.
Qu’est-ce qui est sujet de ce respect? La personne humaine.
Qu’est-ce qui est objet de respect? Tout ce qui concoure au respect de ce sujet en tant que personne, c’est-à-dire à sa capacité à vivre une vie dans la dignité et à pouvoir agir librement, égal à l’autre avec ses différences.
Cela n’implique pas que l’on ne doit jamais critiquer ses différences lorsqu’elles sont des croyances tant que l’on reste dans la responsabilité que j’ai définie plus haut.
D’autant que si le respect humaniste s’applique à toute personne, celle-ci – en dehors du respect du à sa vie – doit également le mériter.
Le mériter, cela veut dire que celle-ci doit absolument respecter l’autre, sans invoquer ses croyances pour s’en abstenir ou s’en affranchir.
On ne peut pas demander le respect que l’on ne veut pas donner à l’autre.
Il est symétrique et transitif ou il n’est pas.
Quant à ses idées, toutes les idées, elles méritent d’être discutées sans a priori, sans haine et sans stigmatisation.
Mais pas sans critiques.
Ceux qui refusent cette règle du vivre ensemble démocratique et républicain n’ont pas compris que le respect s’adresse à la personne, à sa vie, à ce qu’il est ontologiquement parlant mais n’implique nullement que l’on ne contredise pas ce qu’il pense ou ce qu’il dit avec la parole et l’écrit, dans le débat démocratique, dans la liberté de chacun de ne pas être d’accord et de le signifier.
Ainsi, lorsqu’une personne libre commet un acte intellectuel qui ne plaît pas à un terroriste, ce dernier est toujours libre de répondre par la parole et par l’écrit.
Mais lorsqu’un terroriste tire une balle dans la tête de cette personne libre pour montrer son désaccord, il lui ôte cette liberté de répondre par le plus terrible des actes.
Que ceux qui tentent de mettre les deux actes sur le même plan, ou même de «comprendre» la logique terroriste, prennent le temps d’y réfléchir.
Reste qu’au-delà d’une liberté, d’une responsabilité et d’un respect définis d’une certaine façon ad minima pour que les relations sociales puissent s’établir correctement dans une démocratie républicaine, rien n’empêche chacun de nous de les interpréter afin de les approfondir en fonction des comportements que nous souhaitons adopter vis-à-vis de nous-mêmes et de l’autre.
C’est ainsi que le respect, considéré comme une vertu individuelle et non plus comme une valeur collective, peut aller plus loin.
Mais cela demeure une décision individuelle.
Celle-ci peut, évidemment, s’incarner dans une philosophie, notamment politique.
Le Centrisme estime que le respect doit être plus profond parce qu’il pense que la liberté doit être la plus grande possible et que la responsabilité nous engage à un comportement respectueux plus large.
En découle que les centristes ne sont pas Charlie dans le sens où ils n’épousent pas nombre d’idées de ses auteurs et le jusqu’au-boutisme de leur satire.
Mais c’est parce que, justement, ils ne sont pas Charlie que, au nom des mêmes valeurs qu’ils défendent, ils se sont levés hier, qu’ils sont debout aujourd’hui et qu’ils se relèveraient demain s’il le fallait pour défendre n’importe quel autre Charlie et son droit à dire ce qu’il pense et à le publier.
Et que le 11 janvier 2015, ils étaient Charlie.
Qu’il me soit permis, pour terminer, de citer deux penseurs majeurs.
Le premier, Proudhon, disait que «la Justice, conçue comme rapport d’égalité en même temps que comme puissance de l’âme (…) implique deux personnes unies par le respect commun de leur nature, diverses et rivales pour le reste. Qu’il me prenne fantaisie de m’adorer: au nom de la Justice je dois l’adoration à tous les hommes».
Le deuxième, Voltaire, réagissant aux attaques sur des écrits d’Helvétius, affirmait «j’aimais l’auteur du livre ‘De l’Esprit’. Cet homme valait mieux que tous ses ennemis ensemble; mais je n’ai jamais approuvé ni les erreurs de son livre, ni les vérités triviales qu’il débite avec emphase. J’ai pris son parti hautement, quand des hommes absurdes l’ont condamné pour ces vérités mêmes».
Ce qui donna la fameuse sentence «je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire», que celui-ci n’a jamais prononcé (sans doute inventée par une de ses biographes, l’anglaise Evelyn Beatrice Hall) mais qui en est bien l’inspirateur éclairé.


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