mercredi 12 octobre 2016

Une Semaine en Centrisme. Juppé, seul dénominateur commun des centristes

Déjeuner entre Alain Juppé et les centristes
On se croirait de retour en 1995 lorsque les centristes accordèrent très majoritairement leur soutien à Edouard Balladur face à Jacques Chirac pour l’élection présidentielle avec le succès que l’on sait...
Ainsi, pour 2017, le gros des troupes centristes, que ce soit ceux du Mouvement démocrate, de l’UDI ou de LR ont choisi de soutenir Alain Juppé pour la primaire de cette dernière formation.
Et même si ce soutien connait quelques dispersions pour les divers candidats en lice pour le premier tour de ce scrutin, il semble évident qu’au second tour puis pour la présidentielle, évidemment, l’énorme majorité des centristes se rangera derrière le maire de Bordeaux s’il gagne, ce que tous les sondages affirment.
Ironie de l’histoire, Alain Juppé était en 1995 le fidèle d’entre les fidèles de Jacques Chirac, celui qui fut alors abandonné par le gros des troupes centristes.
Sans oublier qu’en 2002, Juppé fut aussi celui qui créa l’UMP pour phagocyter les mêmes troupes dans un parti unique de la Droite et du Centre.
Il faut espérer, en la matière et pour les centristes, que l’histoire ne soit pas un éternel recommencement…
Encore que celle-ci balbutie déjà.
Comme pour Edouard Balladur, gaulliste peu porté vers le Centrisme, les centristes se sont jetés dans les bras d’un homme, Alain Juppé, qui ne fait pas partie de leur famille et qui, bien qu’homme de droite «modéré» et «central», selon ses propres dires, n’est pas du Centre, loin de là, malgré les accusations venues du camp de Nicolas Sarkozy et sensées le discréditer, démontrant une nouvelle fois le peu de respect que l’ancien président de la république accorde aux centristes…
Ce renoncement à porter leurs propres couleurs est évidemment un nouvel échec pour les centristes après trois tentatives infructueuses de François Bayrou et en dit long sur la faiblesse des partis centristes alors même que beaucoup de Français inclinent vers le Centre et ses valeurs sans qu’ils sachent les séduire.
De même, on voit bien qu’actuellement entre les différentes chapelles centristes, le seul dénominateur commun s’appelle… Alain Juppé.
Si les troupes clairsemées du Mouvement démocrate n’ont pas eu trop de mal à s’unir derrière le soutien de leur président derrière son ancien premier ministre, la cacophonie entre le MoDem et l’UDI et, surtout, à l’intérieur de ce dernier parti – où même les soutiens à un même candidat se sont faits dans la division – démontre par l’absurde que l’union des centristes pour la présidentielle se fera uniquement sur le nom d’un homme de droite!
Et si Alain Juppé n’était pas désigné comme le candidat de LR, on assisterait sans nul doute à un chacun pour soi centriste avec François Bayrou qui se présenterait, Jean-Christophe Lagarde, Laurent Hénart et Chantal Jouanno qui se rapprocheraient d’Emmanuel Macron pendant qu’Hervé Morin et ses amis soutiendraient le candidat officiel de LR même s’il s’appelle Nicolas Sarkozy en rejoignant alors Maurice Leroy, tandis que les derniers centristes de LR joueraient la loyauté au parti quel que soit son représentant pour 2017.
Juppé, dénominateur commun: CQFD.
Cette situation est à la fois consternante et pathétique – risible et ridicule pour les adversaires du Centre –, même si Alain Juppé est un homme compétent, intelligent, surtout, désormais largement centro-compatible.
Consternante parce qu’elle démontre que les partis centristes ne représentent presque rien aujourd’hui et que leur seul moyen d’exister politiquement et médiatiquement c’est dans leurs soutiens à une primaire d’un parti de droite.
Là, ils parviennent à faire les (petits) gros titres et à être invités sur les plateaux de télévision et les studios de radio.
Pathétique parce que cela montre aux yeux de tous les Français que les centristes n’ont aucun projet et programme à leur proposer qui nécessiteraient un des leurs pour le porter devant les électeurs.
Sans oublier, évidemment, ce manque de courage politique où aucun centriste n’a osé se déclarer candidat potentiel simplement parce que les sondages étaient plus ou moins catastrophiques.
C’est la triste démonstration que, pour eux, les petites situations acquises sont plus importantes que le combat des idées qui nécessitent de monter au front pour les défendre et les promouvoir même pour si ensuite, en cas d’échec, on se rapproche de celui ou de ceux qui ont les visions les plus proches du projet centriste.
Et là, c’est une faute politique qui enfonce un peu plus le Centre et le Centrisme.
Mais ont-ils encore quelque chose à voir dans cette histoire?

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC



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