mercredi 17 octobre 2018

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Arrêtons de tenter le diable avant que sa queue nous fracasse

Petite devinette: quelle est la différence entre Dieu et un humain?
Dieu, lui, il sait qu’il n’est pas un humain.
Camus disait, dans «L’Homme Révolté», «pour être homme, refuser d’être Dieu».
Oui, nous savons que les espèces peuvent disparaître et que les civilisations peuvent s’effondrer suite à un phénomène naturel catastrophique mais aussi à cause de nous, les humains, de notre stupidité et de notre inconséquence.
Oui, nous savons que nous ne pouvons pas régler tous les problèmes et nous continuons d’affirmer, devant les menaces qui s’amoncellent que nous trouverons bien, au dernier moment, une solution grâce à notre génie.
Oui, nous savons que notre liberté est fragile et que la démocratie, système qui assure la plus grande dignité à ses membres peut être détruite, non seulement, pas ses ennemis extérieurs mais aussi et plus sûrement par ses ennemis intérieurs et nous continuons à leur tendre nos deux joues en espérant que les peuples dans leur grande sagesse qu’ils n’ont en réalité jamais eue, repousseront l’hydre avant qu’elle ne frappe.
Si nous étions Dieu, si c’était le cas, il n’y aurait plus de maladies, plus de catastrophes naturelles, plus de pauvreté et que de l’amour…
Nous pouvons, certes, croire à notre omnipotence mais la croyance n’a jamais eu le dessus sur le réel.
Il suffit d’ouvrir les yeux!
Alors soyons responsables de ce nous sommes, de ce que nous avons fait mais aussi de ce que nous pouvons devenir et de ce que nous pouvons faire.
Agissons en humains comme nous le demande Camus.
Ce n’est que de cette façon que nous pourrons rechercher le meilleur et éviter le pire, que nous construirons sans détruire.
Bien sûr, les idées et les objets seront toujours ce que nous en faisons.
Les utopies sur le meilleur des mondes peuvent devenir les pires sociétés cauchemardesques sur terre.
Une arme peut nous protéger d’agresseurs mais nous permet d’agresser.
Les réseaux sociaux peuvent nous rapprocher et nous émanciper comme ils peuvent nous éloigner et nous mentir.
Ayant dit cela, nous ne pouvons nous abriter derrière cette «neutralité» de nos créations humaines parce que nous savons aussi ce qu’est l’humain et ses comportements «déviants», individuellement et collectivement.
Dire que le pouvoir n’est toxique que dans son utilisation de chefs pervers et odieux est vrai.
Mais ne pas mettre en place un système qui empêche de tels personnages de prendre ce pouvoir, démocratiquement ou non, est totalement irresponsable et inexcusable.
Dire qu’un fusil automatique qui peut tirer des centaines de coups à la minute n’est dangereux que dans les mains d’un fou est juste.
Mais nier le fait de savoir que ce sera évidemment le cas si on le vend à tout le monde sans aucun contrôle des acheteurs est une manière scandaleuse de nier sa responsabilité.
Même chose pour des réseaux sociaux dont on sait pertinemment dès leur création qu’ils charrieront le pire à côté du meilleur, voire que le pire prendra rapidement le dessus si l’on ne régule pas leur utilisation.
En refusant de prendre les décisions, en refusant d’être responsables, en croyant que tout trouvera une solution, la bonne évidemment, nous sommes un mélange détonant d’irresponsables à l’hubris démesuré et parfois remplis de suffisance nous rendant d’une niaiserie gigantesque et qui, naturellement, tentent le diable…
C’est ce que nous faisons actuellement en matière de climat et d’atteintes à l’environnement en fermant les yeux tout en se persuadant qu’il y aura quelques inventeurs de génie et quelques leaders éclairés qui nous sortirons de l’ornière avant que nous disparaissions.
De même, dans nos démocraties républicaines, l’idée que ses ennemis ne sont pas assez puissants pour la détruire ou que les postures de certains ne sont que du cinéma et qu’in fine, le peuple, dans son absolue sagesse (qui n’est en réalité qu’un absolu manque de sagesse!), se réveillera à temps, est en train de tuer le seul système politique qui garantit le plus de liberté à tous.
Et, ici, le diable n’est pas dans les détails mais dans notre propension à n’être que des spectateurs désengagés des catastrophes qui, patiemment, attendent leur heure pour déferler, se moquant bien des maigres lignes Maginot que nous croyons imprenables.
Certains diront que je me complais dans le catastrophisme.
Ils le disaient déjà, pour d’autres, à propos de ceux qui alertaient sur le nazisme, le fascisme, le communisme avant que ces idéologies ne s’implantent dans plusieurs pays.
Ils le disaient de ceux qui alertaient sur les dangers des CFC responsables de la disparition de la couche d’ozone ou sur les dangers de l’amiante qui a causé tant de cancers.
Ces lanceurs d’alerte, souvent vilipendés et mis au ban de la société, espéraient bien se tromper comme beaucoup de leurs congénères d’aujourd’hui l’espèrent dont moi-même.
Et n’oublions que, comme Sisyphe condamné par les dieux, nous devons, ainsi que nous le conseillait Boileau, sans cesse remettre sur le métier notre ouvrage sans penser que les choses sont données pour toujours même quand on croit les avoir réglées définitivement.
Qui, dans l’exaltation de la victoire de 1945 sur les totalitarismes, pouvait penser que les partis pro-nazis reviendraient sur le devant de la scène dans nombre de pays du monde?
Et tout cela, il n’y a que 73 ans, moins que notre espérance de vie…


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