jeudi 17 octobre 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Peut-on réconcilier le travailleur, l’électeur et le consommateur?

L’individu est multiple, cela est un fait.
Chacun de nous – sans être pour autant schizophrène – vit plusieurs existence à la fois qui s’entrechoquent et s’opposent, ce qui donne souvent un magma de positionnements et de croyances d’où sortent nos comportements parfois contradictoires voire opposés les uns aux autres.
Ainsi, en tant que travailleur (salarié ou indépendant), nous voulons maximiser les profits (financiers ou non) de notre activité.
En tant que consommateur, nous voulons maximiser notre pouvoir d’achat et notre capacité à avoir le plus et le mieux avec le moins possible de dépenses.
En tant qu’électeur, nous jonglons entre nos convictions et nos intérêts.
Et ceci est constant.
Prenons un exemple édifiant qui s’est imposé dans le débat politique avec le mouvement de foule des gilets jaunes, la voiture (et, en l’occurrence le prix de l’essence et, notamment, le montant des taxes, en l’espèce celle de la taxe carbone).
Le salarié d’un constructeur automobile veut évidemment que les voitures se vendent.
Mais en tant que conducteur-consommateur – qui doit peut-être utilisé son véhicule pour se rendre à son travail –, il veut que l’essence soit la moins chère possible.
Et en tant qu’électeur, il veut qu’on lui assure la sécurité de conduire sans effet néfaste pour sa santé.
Dès lors, il veut – entre autres – que ceux qu’il choisit pour nous gouverner, à la fois, s’occupe de l’industrie automobile pour son emploi, de l’essence pour ses déplacements et de la qualité de l’air pour sa santé et sauver, accessoirement, la planète (en réalité l’Humanité).
Et si cela est impossible de maximiser ses trois demandes et qu’il faut des réformes plus ou moins drastiques pour parvenir au meilleur choix possible, il va s’y opposer, revendiquer, manifester et, peut-être, commettre des actes de violences, tout en écoutant les sirènes des populistes démagogues qui lui promettent un paradis qui n’a jamais existé s’il se tourne vers eux.
Un autre exemple, à deux bandes celui-là, est une constante du comportement humain.
En tant que travailleur-contribuable, je veux payer le moins d’impôt possible alors qu’en tant que consommateur de services publics et bénéficiaire d’aides de la part de l’Etat, je veux en avoir le plus possible.
Ce cercle vicieux où chacun de nous se renvoie à lui-même la balle en tant que travailleur-électeur-consommateur ou, plus simplement, en tant que citoyen vivant dans une société humaine, est-il une malédiction éternelle (ou jusqu’à l’extinction du genre humain)?
La réponse semble a priori guère optimiste.
Pourquoi, alors que l’être humain fonctionne de cette manière depuis toujours, changerions nous ?
Cependant, au cours de l’Histoire et même si des civilisations sont mortes du fait de l’inconséquence des comportements humains, nous sommes aujourd’hui confrontés à un véritable défi quant à notre finitude.
En effet, grâce aux progrès de la connaissance et de la science, aujourd’hui, nous savons.
Car même si le pire n’est pas sûr, nous sommes capables de faire un état des lieux que nos ancêtres n’étaient pas outillés pour le faire ainsi que des projections sur ce qui peut advenir avec la masse des données que nous pouvons collectées.
Cela nous donne un avantage énorme sur nos prédécesseurs, encore faut-il que nous soyons assez responsables pour en profiter.
Là aussi, une réponse peu optimiste semble s’imposer face à notre irresponsabilité criante.
Celle-ci se manifeste par la volonté de faire d’abord triompher nos intérêts personnels à court terme avant de nous préoccuper de ceux de notre avenir et de notre descendance.
Il faut dire que nous sommes sûrs d’être là, vivant, dans ce moment précis, mais peut-être pas dans celui d’après…
Bien sûr, si on interroge les gens sur le degré d’implication dans les défis existentiels qui sont là ou se profilent, ils répondront, comme les sondages en attestent, qu’ils sont fort inquiets et qu’il faut agir.
Mais quand vient l’action, tout cette bonne volonté s’étiolent et n’en restent que quelques uns qui, malgré ce que pensait l’écrivain américain Henry Miller, ne seront pas assez nombreux pour changer le monde en bien.
On le voit bien aussi dans les réformes – dont on ne rappellera jamais assez qu’elles sont indispensables, un pays immobile est un pays qui meurt – où, dans les principes, tout le monde semble d’accord mais où dans l’application de ceux-ci, beaucoup de monde est opposé.
Tout ceci nous démontre que nous n’agissons réellement que contraints et forcés.
C’est malheureux mais c’est une réalité.
Dès lors, il faut bien qu’il y ait, ce que l’on pourrait appeler des éveilleurs de conscience ou tout simplement des lanceurs d’alerte qui viennent nous donner des coups de pied dans les fesses pour que nous bougions et agissions.
Et ces éveilleurs se retrouvent le plus souvent impopulaires et rejetés quand ils prennent des décisions alors que dans les démocraties, ils ont été élus pour les prendre (on retrouve là toute la contradiction dont je parle depuis le début).
Ce qui n’est évidemment pas une situation facile, ni même voulue car l’individu recherche d’abord à être aimé de ses semblables, non à être cloué au pilori.
D’où, d’ailleurs, de nombreux reniements de la part de ces responsables politiques qui fuient, tout autant, contre la difficulté que contre le désamour.
Sur tout cela s’ajoute une autre réalité bien plus insoluble, celle qui fait que dans les trois-quarts des pays de la planète, la majorité des habitants veulent seulement vivre au jour le jour et sont prêts à tout pour y parvenir, surtout en ne se souciant pas vraiment de l’avenir de la planète alors même qu’ils n’en ont aucun.
Alors, bien sûr, comme le disent certains, ils sont aussi, voire les principales, victimes des problèmes qu’il faut résoudre et, sans doute, les principaux bénéficiaires de réformes qu’il faut mettre en place.
Mais aucun beau discours sur le sujet ne changera pas leur unique but: survivre.
Du coup, le progrès technologique reprend une place centrale dans les solutions à trouver pour nous garantir un avenir meilleur.
Un progrès technologique que l’on peut également utiliser pour résoudre, en partie, l’opposition travailleur-consommateur-électeur dans nos contrées.
Pour autant,  ce progrès ne peut pas tout malgré ce que certains affirment (souvent dans un discours quasiment métaphysique où, tel un messie, il viendrait nous sauver de nos inconséquences) c’est bien dans les décisions responsables et souvent difficiles que se trouvent une grande partie des solutions.
Et point de reculade.
Ce n’est plus une option.
Le Centrisme, qui prône le juste équilibre, la réforme permanente (comme mise à niveau par rapport à la réalité de la vie et non par rapport à tel ou tel lobby comme on peut l’entendre) et la responsabilité, est la pensée de ce changement du monde (et non d’un changement de monde autant utopique que recélant des dangers énormes), le tout dans le respect de la dignité humaine.
Mais, pour que cela marche, il faut un personnel politique à la hauteur de la tâche.
Et, pour l’avoir, il faut aussi que les populations soient à la hauteur de la leur.
Car, au lieu de prendre le réformateur pour le bouc-émissaire de tout ce qui va mal, il conviendrait plutôt d’accompagner les réformes nécessaires et indispensables avant que les faits nous obligent à leur obéir avec ce temps de retard qui peut ne jamais être rattrapé.
Oui, les civilisations meurent mais aussi les espèces vivantes.
Ne soyons pas l’une d’elles.
De notre propre faute.


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