vendredi 3 janvier 2020

Vues du Centre. la SNCF, miroir de nos maux, condensé de nos manquements, nos renoncements et nos irresponsabilités

Par Jean-François Borrou & Alexandre Vatimbella

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes.
Alexandre Vatimbella est le directeur du CREC

Manifestation CGT
La SNCF a ceci de particulier, c’est qu’elle est un condensé de tous les manquements, de tous les renoncements, de toutes les irresponsabilités de la société française de l’après guerre (même si sa création date de 1937) jusqu’à aujourd’hui, la preuve vivante de tous nos maux politiques, économiques et sociaux.
Politique par la démission des dirigeants du pays face à l’hydre SNCF, cette société ingérable et noyautée par des syndicats politiques et catégoriels où, pendant longtemps, tous les gouvernements, de droit et de gauche, ont acheté la paix sociale au détriment de la modernisation de l’entreprise.
Prises de décisions incompréhensibles également notamment celles qui ont fragilisé un secteur d’activité, le rail, au profit de la route alors que l’on voit aujourd’hui toute leur bêtise avec les atteintes que cela a provoqué en matière d’environnement.
Economiques parce que l’on a jamais essayé – les pouvoirs publics, la direction de la SNCF, les syndicats, les salariés – de rendre cette entreprise rentable et de lui donner une gestion rationnelle faisant en sorte de faire payer aux Français par leurs impôts toute la gabegie et les avantages donnés sans cesse à ses salariés.
En résulta, notamment, un déficit chronique qui se chiffre en milliards d’euros et qui fait que quand elle emprunte de l’argent, plus de la moitié de celui-ci va au remboursement de sa dette…
Sociaux parce que l’on a donné de fait le pouvoir à des syndicats qui ont toujours joué l’irresponsabilité, le jusqu’au-boutisme et le blocage (3 mois de grève en 2018, bientôt un mois en 2019-2220 pour les deux dernières…), souvent pour des raisons uniquement politiques, que l’on a permis un statut particulier même quand celui-ci n’avait plus aucune base et plus aucune légitimité.
De ce point de vue, les salariés – qui vivent des subventions publiques pour leurs salaires et pour leurs retraites – semblent également satisfaits d’être des assistés et de vivre des impôts de leurs compatriotes.
Et les Français ne peuvent pas la jouer victimes, eux qui ont accepté sans souffler mot ou peu cette situation qui aurait conduit n’importe quelle société privée à une faillite retentissante et ses salariés au chômage.
Oui, nous sommes tous complices de ce qu’est la SNCF, de ses milliards de dettes, de ses grèves à répétition pour tout et n’importe quoi et de son instrumentalisation politique par l’extrême-gauche et des intérêts corporatistes et catégoriels.
Mais si la SNCF cumule bien des caractéristiques de l’entreprise au fonctionnement aberrant, elle est aussi le miroir de nos maux, d’une France qui ne parvient jamais à se réformer autrement que dans la douleur et les demi-mesures, dans le recul et le conservatisme, tout ce que la réforme centriste ne veut pas être, tout ce que la vraie réforme responsable ne doit pas être.
Miroir d’un pays où ses habitants préfèrent laisser pourrir les situations plutôt que de les solutionner parce qu’ils craignent, souvent sans raison, le remède plus que le mal alors même qu’ils savent que plus ils attendront, plus le mal demandera un remède encore plus puissant et, alors, douloureux.
Des Français inconséquents qui vont jusqu’à soutenir dans les sondages des grévistes qui les prennent en otage, leur font dépenser de l’argent, participent à la pollution (sans train, on est obligé de prendre sa voiture) alors même qu’ils les payent et qu’ils payent leurs avantages spéciaux sans parler des arrêts maladie qui leur permettent de faire grève sans perdre d’argent…
Non pas pour faire la grève par procuration car, en l’occurrence, ils n’ont rien à attendre ou à gagner si les agents de la SNCF obtiennent gain de cause, c'est-à-dire l’annulation de la réforme des régimes spéciaux de retraite mais pour manifester leur «mécontentement» contre tout et n’importe quoi dans une démarche revendicative sans fin.
Enfin, n’oublions pas que cette grève est aussi une vengeance vis-à-vis du gouvernement et de sa réforme de la SNCF (devenue le 1er janvier une société anonyme et dont le statut de cheminot a été supprimé) qui avait été approuvée par l’Assemblée nationale, représentante du peuple, en 2018.
Une réforme qui avait pour but de ne plus solliciter autant le contribuable mais aussi de sauver une SNCF archaïque face à la réalité du XXI° siècle.

Jean-François Borrou & Alexandre Vatimbella


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