mercredi 9 novembre 2016

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Triste jour pour la démocratie

Il a quelques années de cela, étudiant, j’avais pris un livre dans la bibliothèque de mon grand-père.
Publié par le ministère des Affaires étrangères, il contenait les lettres et rapports qu’André François-Poncet, l’ambassadeur de France à Berlin entre 1931 et 1938, avait envoyés à Paris et dans lesquels il relatait avec une grande lucidité la montée en puissance d’Adolph Hitler et du nazisme mettant en garde le gouvernement contre les risques à venir.
Pour moi, ce fut une sorte de révélation et de prise de conscience.
Malgré ce que l’on disait à l’époque puis dans les années d’après-guerre, non seulement on savait ce qui se passait en Allemagne mais on avait bien conscience que l’apocalypse n’était pas impossible, pire, qu’elle était prévisible.
Pourtant, cela n’a pas empêché la Deuxième guerre mondiale et ses 50 millions de morts ainsi que la défaite cuisante des démocraties face à un nazisme qui était arrivé au pouvoir tout à fait légalement.
A partir de ce moment, je compris avec quelle irresponsabilité les politiques, les journalistes, les intellectuels, tout ce qui compte comme leaders d’opinion, avaient agi et que cela pouvait revenir à tout moment et que la lutte pour la démocratie et la liberté était un combat quotidien contre tous leurs ennemis mais aussi contre tous les renoncements des élites et du peuple en général.
Aujourd’hui, avec l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, je ressens une profonde tristesse en tant que démocrate et républicain mais aussi cette force intérieure qui m’appelle à me battre pour éviter que la victoire d’un clown populiste et démagogue devienne notre prochain cauchemar.
Evidemment, en tant que démocrate, je ne conteste pas la victoire du promoteur newyorkais.
J’ai beau pensé que le système démocratique tel qu’il est actuellement recèle de nombreux défauts, en tant que centriste de raison, j’ai fait miennes les opinions d’Alexis de Tocqueville ou de Winston Churchill à son sujet.
Oui la démocratie permet à un Hitler d’arriver au pouvoir mais elle demeure le moins mauvais système de gouvernement et le meilleur pour garantir la liberté.
Dès lors, tout en acceptant que Trump s’installe dans le Bureau ovale de la Maison blanche et avant que, peut-être, Marine Le Pen prenne ses quartiers à l‘Elysée de manière tout aussi démocratique, je dénoncerai sans relâche ces personnages dangereux et leurs complices, notamment ceux qui, au nom d’une bonne conscience de pacotille, ont ouvert les portes à cette possibilité impensable voici tout juste un an.
Car la victoire de Trump, c’est aussi la défaite d’une pensée lénifiante sur un traitement «équitable» pour ceux qui menacent la démocratie et la ridiculisent.
Pendant toute cette campagne, le candidat républicain a pu dire ce qu’il voulait,, quand il le voulait sans que les médias, en particulier audiovisuels, ne prennent leurs responsabilités et dénoncent de manière vigoureuse et sans aucune hésitation ses propos et ses comportements.
Aujourd’hui, nombre de journalistes américains vont avoir du mal à se regarder dans une glace.
En faisant de lui une star, la télévision et internet ont joué le jeu ultime de cette farce de la téléréalité qui menace la démocratie bien plus que ce que veulent bien le dire ses promoteurs.
Cette «démocratie médiatique» est en effet un danger mortel pour la vraie démocratie.
Cela a commencé dans les années 1980, lorsque l’on a commencé à demander aux mannequins et aux sportifs de donner leur avis sur tout et n’importe quoi.
Cela a continué, dans les années 1990-2000, lorsque la téléréalité est arrivée avec son lot d’inepties et de crétins qui donnaient leur opinion sur tout et qui se retrouvait à la une de la presse.
Donald Trump, vedette bling-bling et transgressif de téléréalité et marié à un mannequin est bien son produit ultime, son Frankenstein.
Mais il est aussi un pur produit d'internet, de tous les informations abracadabrantes qui y circulent, de tous les haines qui s'y déversent quotidiennement, de toutes les thèses complotistes dont il est un des plus fervents propagateurs.
Il a permis, en outre, à toutes les haines, tous les ressentiments, toutes les frustrations, vrais ou faux, tous les penchants les plus obscures de se libérer.
Qu’un tel personnage ait pu séduire aussi facilement une aussi grande partie des Américains montre l’état de délabrement des sociétés démocratiques occidentales où des Le Pen, Farrage, Orban, Petry et autres Michaloliakos déplacent les foules et engrangent les électeurs.
Et cela pose, évidemment, des questions essentielles sur le présent et l’avenir de nos démocraties actuelles.
Aujourd’hui, beaucoup de gens proches de moi, dégoûtés et révoltés, pleurent en ce triste jour pour la démocratie et je les comprends.
Moi, depuis la lecture des lettres d’André François-Poncet, je me suis toujours dit que malheureusement tout était possible même la victoire de Trump.
Car, l’histoire est un éternel recommencement, surtout quand les peuples sont tellement ignorant de leur passé.



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