mercredi 9 novembre 2016

Actualités du Centre. Election de Trump: Bayrou a tout juste, Macron tout faux

Les réactions à la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine le 8 novembre se succèdent, notamment pour les personnalités du Centre et de l’axe central en France.
Si l’on peut saluer la justesse des réactions de François Bayrou, Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin, on est étonné des «félicitations» de Macron aux Américains pour leur choix de Trump…

- François Bayrou (Mouvement démocrate)
François Bayrou se montre inquiet du choix du peuple américain tout en comprenant ses angoisses.
«L’élection de Donald Trump va marquer le monde pour une longue période. 
Il y a d’abord une réalité: partout sur la planète les peuples refusent l’ordre établi d’où ils se sentent rejetés.
Mais le changement qu’ils cherchent, ils croient le trouver au travers des excès, des caricatures, des retours en arrière et des rejets. Et c’est là qu’est le danger.
Deux questions se posent à chacun de nous: est-ce que ce choix peut produire du bien? Et acceptons-nous d’aller dans le sens de cette pente?
Pour nous, la réponse est deux fois non. Non, cette surenchère ne peut pas produire du bien: dans l’histoire, elle a toujours conduit aux plus cruelles désillusions, et souvent pire encore, et les victimes sont en premier les moins favorisés et les moins protégés. Et non, nous ne voulons pas nous y livrer, nous voulons y résister.
Cela impose donc de prendre volontairement à notre compte le changement profond, nécessaire, dont les peuples ont besoin, eux qui ne veulent pas supporter un monde sur lequel on ne pourrait pas agir. Cela impose de penser un monde nouveau. Cela oblige à rompre avec l’endurcissement d’un univers dominé par la puissance exclusive de l’argent, de remettre en cause la montée qui paraît inexorable des inégalités et des exclusions. Cela impose que la démocratie se transforme et se dépasse, qu’elle soit enfin honnête, que chacun y ait accès et s’y reconnaisse, que des leaders dignes de ce nom sortent du monde clos dans lequel ils sont enfermés, qu’ils cessent de parler la langue des chiffres pour parler la langue des hommes, au masculin comme au féminin. Cela impose qu’ils trouvent au fond d’eux-mêmes et qu’ils proposent un idéal nouveau. 
Ce défi est un défi civique. Et nous sommes décidés à le relever.»

- Emmanuel Macron (En marche)
La réaction d’Emmanuel Macron est troublante avec des félicitations au peuple américain pour avoir élu un dangereux démagogue et elle, tombe dans un populisme de mauvais aloi où l’identification entre son combat et celui de Donald Trump peut susciter une certaine inquiétude chez les centristes.
«Le peuple américain a voté et élu Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d'Amérique. En tant qu'alliés historiques de ce grand pays, nous devons le saluer et le féliciter.
Cette élection montre que rien n'est jamais écrit à l'avance. Il faut toujours écouter ce que le peuple a à dire et non ce qu'on aimerait qu'il dise.
Cette élection me parait être l’expression d’un rejet du système profond, et sous-estimé. Le même qui a conduit nos amis britanniques à décider de sortir de l’Union Européenne il y a quelques mois. Le même que j’entends depuis deux ans que je me suis engagé publiquement sur la scène politique. Ce rejet rend impossible de demeurer dans le statu quo dans lequel notre pays s’est englué depuis trente ans.
Ces votes expriment une demande de protection et de respect du sentiment populaire que je crois partagée par les Français. Elle doit être entendue et comprise, sans conduire pour autant à des réponses de fermeture ou de repli.
C’est la condition pour les transformer non pas en rejet du présent mais en espoir de changement.
C’est l’enjeu des six prochains mois.»

- Alain Juppé (LR)
La réaction d’Alain Juppé est assez juste puisqu’il prend acte de la décision du peuple américain, demande à Trump de la responsabilité et dénonce les populistes.
«Le peuple américain s’est prononcé démocratiquement et je prends acte de sa décision souveraine.
Je veux ce matin adresser à M. Trump, qui aura demain la charge de conduire la démocratie américaine, un message fort, le message d’un pays ami du peuple américain. Le monde a besoin d’une démocratie américaine apaisée et qui contribue à l’équilibre du monde, aujourd’hui gravement menacé.
Il appartient désormais à M. Trump de définir les grandes lignes de sa politique internationale et les axes de son dialogue avec la France et l’Europe.
C’est à la France et à l’Europe de se mettre en situation de défendre leurs intérêts dans leur dialogue avec l’administration américaine.
Plus que jamais, les Français ont besoin d’une France forte et d’un Président de la République qui puisse être entendu et respecté par ses partenaires.
Plus que jamais, les Français ont besoin d’une Europe soudée, qui s’impose comme un interlocuteur des grands pôles du monde de demain.
Aux Français, je veux souligner tous les risques que la démagogie et l’extrémisme font courir à la démocratie et le caractère vital des choix qu’ils ont à faire.
Plus que jamais j’appelle au rassemblement et à la mobilisation tous ceux qui se font une « certaine idée » de la République et de la France.»

- Philippe Vigier (UDI)
La réaction de Philippe Vigier, le président du groupe UDI à l’Assemblée nationale se sert de cet événement pour critiquer François Hollande (sic!).
Néanmoins, il termine celle-ci en expliquant que les réponses aux questions actuelles des peuples ne peuvent être apportées par «les démagogues, les populistes et les extrémistes» sans que l’on sache s’il fait allusion à Donald Trump ou au monde politique français…
«Le peuple américain a démocratiquement élu Donald Trump. Le nouveau Président des Etats-Unis a désormais la responsabilité d’apaiser et de rassembler, pour une démocratie américaine à la hauteur des grands bouleversements mondiaux qui nous guettent et des graves menaces - en particulier la menace terroriste - auxquelles nous sommes confrontés.
Il nous faut retrouver notre leadership en Europe, afin que nous défendions au mieux les intérêts de la France. Il nous faut une Europe plus utile, plus efficace, une Europe qui protège ses peuples et ses économies.
Ce vote souverain du peuple américain doit naturellement nous interpeller sur les épreuves et les difficultés que traversent également des Françaises et des Français toujours plus nombreux, ainsi que sur les inquiétudes qu’ils ont.
Je pense tout particulièrement à celles et ceux qui sont frappés par le drame du chômage ou qui vivent avec la hantise de perdre leur emploi. Je pense également à ces Françaises et Français qui vivent dans la peur de l’inconnu, de l’avenir, à celles et ceux qui ont le sentiment d’être broyés par la mondialisation, et à nos territoires ruraux qui se sentent abandonnés. Je pense enfin à celles et ceux qui s’interrogent sur la capacité de la France à terrasser la menace du terrorisme islamiste.
Ils n’en peuvent plus de l’impuissance politique, que François Hollande incarne aujourd’hui plus que jamais. Ils ne supportent plus le fossé qui s’est creusé entre l’importance donnée aux sujets de second ordre, alimentés par les slogans et les querelles politiciennes, et leur réalité quotidienne. Ils attendent de nous des réponses fortes pour un Etat plus fort, pour libérer les énergies et créer des emplois.
Les réponses à ces questions ne pourront jamais être apportées par les démagogues, les populistes et les extrémistes. Elles doivent l’être par un discours de vérité, qui seul permet de créer la confiance et l’adhésion autour d’une action courageuse et efficace, à la hauteur des crises que nous traversons. Cette exigence de vérité, cette hauteur de vue, ce souci du rassemblement et de la cohésion doivent être au cœur de l’alternance.»

- Jean-Pierre Raffarin (LR)
L’ancien premier ministre de Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin, estime d’abord qu’il faut respecter le choix démocratique du peuple américain mais estime ensuite qu’un «populisme extrême peut gagner» et met en garde contre une possible victoire de Marine Le Pen en France.
«Il faut respecter la démocratie. J'entends beaucoup de gens qui jugent. Le peuple américain est un grand peuple. Il décide. Il faut respecter ce qu'il décide.
Moi, je ne suis pas fondamentalement surpris. J'avais pensé qu'après le Brexit, les peurs dans le monde entier, les montées des populismes partout, montrent que c'était possible. Alors, on se posait la question de savoir s'il y a une sorte de ligne de front de la raison qui va empêcher cela? Et en fait, la ligne de front de la raison, depuis le Brexit, n'existe plus. Ça veut dire que l'information principale, pour nous, Français, aujourd'hui, c'est que Madame Le Pen peut gagner en France
La grande leçon de ces événements, en Grande-Bretagne d'abord, aux États-Unis ensuite, c’est que le populisme extrême peut gagner. Quand vous pensez à ce qu’a dit Trump sur les femmes, sur ses adversaires, sur les pays voisins, sur la France même, et que l’on peut voter malgré ça, ça veut dire que la colère, que le mécontentement, que les difficultés qu’a la démocratie à intégrer la complexité des choses – la démocratie appelle des réponses simples à des sujets complexes –, ça veut dire que Madame Le Pen, avec des propositions simples, peut gagner en France»



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