mardi 24 janvier 2017

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Président Trump ment et insulte la presse, ça vous étonne?!

Vous vouliez un président américain menteur, grossier, incapable, ami des autocrates et d’extrême-droite, réjouissez-vous, vous l’avez!
Et dès le premier jour de sa présidence, Donald Trump a menti et insulté la presse.
Ça vous étonne?
Tous les «experts» imbéciles qui affirmaient que la fonction ferait l’homme, qu’elle lui donnerait le sens des responsabilités devraient aller pointer au chômage.
Oups! J’ai oublié qu’il n’y aura plus de chômeur sous sa présidence parce qu’il sera, selon ses termes, le plus grand pourvoyeur d’emploi de tous les temps…
Sans oublier, que lors d’une rencontre avec les élus du Congrès, Trump a affirmé que s’il avait perdu le vote populaire – rappelez-vous, il y a quelques semaines, il prétendait l’avoir gagné – c’est parce que des «millions d’immigrants illégaux» avaient voté contre lui (Hillary Clinton a gagné avec 2,8 millions de voix d’avance).
Quant au jour de son inauguration, elle a été, selon lui, celle où il y a eu le plus de monde sur le Mall (la célèbre promenade de Washington) de toutes celles qui se sont déroulées.
Pourtant, une simple photo entre celle d’Obama et la sienne a montré toute l’inanité de ce mensonge.
Ce qui n’a néanmoins pas empêché le chef du service de presse de la Maison blanche de commencer son premier point presse en attaquant les journalistes et reprenant le mensonge.
Ça promet!
Interrogée sur cette étonnante situation, la conseillère de Trump et ancienne chef de sa campagne, la sulfureuse Kellyanne Conway, a parlé sur la chaîne NBC sans rire que le président et son chef du service de presse avait utilisé des faits «alternatifs» pour décrire la situation, manquant de faire s’étouffer le journaliste qui demanda en vain ce que cela pouvait bien vouloir dire.
Car nous sommes bien, désormais, à la tête de la première puissance du monde dans l’ère de la post-vérité et du déni de la réalité.
Brrr! Voilà qui fait frissonner…
Une post-vérité qui, grâce au populiste démagogue – ainsi que par les supporters du Brexit au Royaume Uni – a été promu «mot de l’année» par le très estimé Oxford dictionnary qui la définti comme une notion où «les circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence sur l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux croyances personnelles».
Plus vulgairement, on préfère croire le charlatan que le journaliste, inventer une fantasmagorie que regarder la réalité.
Pour boucler la boucle, ce mensonge et la réaction de la presse – qui a simplement rétabli les faits exacts – a permis à Trump d’expliquer, le même jour que les médias étaient «les gens les plus malhonnêtes qu’il ait jamais rencontré».
La guerre contre la réalité, la presse et les journalistes est donc lancée.
C’est-à-dire la guerre contre la démocratie qui s’appuie sur la réalité des faits et sur la liberté d’opinion, de pensée et de parole pour exister, démocratie qui doit être défendue par le premier de ses membres, en l’occurrence le président des Etats-Unis qui en est, désormais, le principal contempteur.
Heureusement, des millions de gens dans toutes les villes américaines se sont mobilisés pour aller manifester contre le dangereux bonhomme qu’est Trump et ils étaient également des centaines de milliers autour du monde à descendre dans la rue pour défendre la démocratie.
Au premier rang, on trouvait les centristes qui se résisteront jusqu’au bout, jusqu’à son départ de la présidence, pour protéger la liberté, notamment celle de la presse en nous rappelant ce que disait si bien Tocqueville:
«Plus j’envisage l’indépendance de la presse dans ses principaux effets, plus je viens à me convaincre que chez les modernes l’indépendance de la presse est l’élément capital et pour ainsi dire constitutif de la liberté. Un peuple qui veut rester libre a donc le droit d’exiger qu’à tout prix on la respecte.»
Et il ajoutait: «Il n’y a pas de milieu entre la servitude et la licence. Pour recueillir les biens inestimables qu’assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu’elle fait naître. Vouloir obtenir les uns en échappant aux autres, c’est se livrer à l’une de ces illusions dont se bercent d’ordinaire les nations malades.»
Il est à espérer que la maladie des Etats-Unis sera très passagère.

Alexandre Vatimbella


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