lundi 6 mars 2017

Vues du Centre – Aris de Hesselin. L’honneur perdu de monsieur Fromantin

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.
Aris de Hesselin est un avocat international, centriste et un européen, défenseur d’une mondialisation humaniste. Ses propos sont les siens et non ceux du CREC.

Fromantin, juste derrière Fillon, à droite de la photo...
Certains s’étonneront que je parle de Jean-Christophe Fromantin.
D’autres se demanderont même qui il est.
Aux seconds, d’abord, je rappelle qu’il est le député-maire de Neuilly-sur-Seine, ancien membre de l’UDI, ancien candidat à la président de la confédération centriste, ancien fondateur d’un micro-parti appelé Territoires en mouvement, initiateur parmi d’autres de la Manif pour tous et, plus récemment, de «577 pour la France» qui, dans une démarche déjà populiste, veut présenter aux prochaines législatives des candidats de la société civile contre les «professionnels de la politique».
Aux premier, maintenant, je réponds que le dit Jean-Christophe Fromantin représente tout ce que l’espace au centre peut attirer de personnages ambigus et opportunistes qui se révèlent, avec le temps, ce qu’ils sont.
Lorsqu’il est devenu maire de Neuilly puis député, ce chef d’entreprise semblait être un indépendant modéré de droite et ouvert.
Il avait décidé de rejoindre Jean-Louis Borloo parce que, selon ses dires, il n’était pas un homme de droite sectaire et borné.
Mais, au fil de son parcours politique, il a montré son vrai visage, celui d’un proche des milieux intégristes catholiques aux idées courtes et aux initiatives démagogiques et dangereuses.
Il fait partie de cette catégorie constituée de personnages qui utilisent l’espace central pour leurs ambitions personnelles puis qui dérivent «naturellement» sur ce qu’ils sont en réalité.
On y trouve des gens comme Charles Millon, Jacques Blanc ou Charlie Baur qui de centristes devinrent des alliés du Front national et des hommes de la droite plus que radicale.
Ou encore d’un Yves Jégo qui a déjà fait, au cours de sa carrière de politicien, quasiment tous les courants allant de la droite radicale à la droite modérée et qui, à l’instar d’un Fouquier-Tinville qui écrivait des poèmes à la gloire de Louis XVI et qui fut le procureur qui demanda ensuite sa tête, fut un admirateur transi de Nicolas Sarkozy avant d’en devenir un des adversaires les plus acharnés.
La liste est longue où l’on trouve, en vrac, un Yves Pozzo di Borgo «centriste» admirateur de Poutine et de Trump, un Gilles Bourdouleix ancien dirigeant de l’UDI dont les idées sont plutôt celles de Marine Le Pen et auteur de quelques propos des plus douteux et scandaleux – comme se demander si Macron n’est pas le candidat de Daesh – pour lesquels il a déjà été condamné par la justice, d’un Bernard Debré candidat sous la bannière UDF et qui le lendemain de son élection rejoignit la Droite, voire même d’un Valéry Giscard d’Estaing dont la triste fin de carrière politique fait douter quelque peu de sa conversion centriste des années 1970.
Pour en revenir à Jean-Christophe Fromantin, le voici désormais un des principaux soutiens de François Fillon, lui le pourfendeur des «professionnels de la politique» (on rappelle que ledit Fillon n’a jamais occupé un autre emploi que dans la politique…).
Pour ceux qui ne savent pas à quoi il ressemble, s’ils ont regardé le meeting du Trocadéro du candidat LR, c’est le monsieur juste derrière lui, à sa droite, sur l’estrade et qui n’arrête pas d’opiner du chef à chacun des mots du discours de sa nouvelle idole.
Et c’est là qu’on se remémore également que cette manifestation était organisée par Sens commun qui n’est autre que l’aile droitière de LR affiliée à la Manif pour tous et soutien indéfectible de Fillon depuis qu’il a fait son coming out catho lorsqu’il était à moins de 10% des intentions de vote lors de la campagne pour la primaire de LR…
Mais pour bien apprécier la dérive du député-maire de Neuilly-sur-Seine, il suffit de lire ses communiqués de presse où il appelle sans nuance aucune au soutien  de François Fillon qui est, selon lui, le candidat antisystème, le candidat contre lequel se sont ligués les «professionnels de la politique»!
Non, ce n’est pas une farce, l’homme n’a pas beaucoup d’humour.
Pour ceux qui doutent voici la prose de Jean-Christophe Fromantin:
«Je viens de lancer un appel de soutien à la candidature de François Fillon pour inviter les Français à se mobiliser. C’est un moment important car la campagne peut prendre deux orientations: la reprise en main par les ‘professionnels’ de la politique ou le démarrage d’une nouvelle séquence en lien direct avec les Français. (…) La journée de dimanche a montré la détermination de François Fillon à donner un nouvel élan à sa campagne, fort d’un projet pour la France, dans une relation directe et vraie avec les Français. Pour autant, les tergiversations et les trahisons d’un petit monde laissent à croire qu’il ne pourrait plus rassembler (…). Nous ne pouvons pas accepter que des ‘professionnels’ de la politique, rejetés par 80% des Français, prennent les choses en main jusqu’à décider en petit comité qui sera notre candidat à la présidence de la république. Alors que les Français attendent de leurs représentants politiques du courage, de l’audace et de la persévérance, c’est la peur de perdre qui les guident. Montrons-leur que l’envie de faire gagner la France est plus forte.»
A tous ceux qui se demandaient si Donald Trump ferait des émules grâce à son succès acquis sur un discours populiste et démagogue, de la dénonciation des «élites» et des soi-disant «complots», de la confiscation de la démocratie par quelques uns contre ce «bon peuple», je dis, relisez le communiqué.
Et à tous ceux qui sont centristes, je dis, n’oublions jamais de faire le ménage et il y en a encore beaucoup à faire pour que le Centre soit bien nettoyé.

Aris de Hesselin


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