dimanche 10 mars 2019

Actualités du Centre. Bayrou: «La question posée par les Français c'est: est-ce qu’on peut reprendre notre destin en main?»

François Bayrou
Lors d’une interview sur CNews et Europe 1, François Bayrou a estimé que le Grand débat était une grande réussite.
De même, il a apprécié l’investissement d’Emmanuel Macron qui a participé à de nombreuses réunions.
Le leader centriste affirme que la démocratie est la grande gagnante de ce moment de prise de parole de tous.
Il souhaite que ce qui sortira de ce Grand débat soit la capacité de la France et des Français, mais aussi de l’Union européenne, de rependre leur destin en main face aux menaces qui sont déjà présentes et d’autres qui se profilent.
Et le président du MoDem de conclure: «Jamais l'Histoire n'a été plus dangereuse, jamais».

Extraits de l’interview de François Bayrou:

Le Grand débat a démarré dans le scepticisme puis, finalement, cela a pris. Il y a eu des dizaines de milliers de contributions il y a eu des débats publics, vous. Bref, il y a eu un réel intérêt des Français.
Vous avez dit quelque chose absolument vrai: en dehors du Président de la République et de très peu de ses amis, personne n’y croyait. C'était un total scepticisme, à la fois de la part de ceux qui sont des militants contre le Président de la République.
Les partis d'opposition.
Oui, et la sensibilité d'opposition, dans la rue, des gens qui ne l’aiment pas. Ceux-là avaient le sentiment qu'on allait les manipuler, que c'était de l'enfumage. Vous avez entendu tous ces mots-là. Puis, parmi les soutiens, la majorité ou le gouvernement, cela arrive aussi du Président de la République, ils avaient le sentiment d'un objet politique non identifié, ingérable et qu'il allait sortir tellement de choses qu’il était impossible d'apporter des réponses.
On en est là, aux réponses!
Depuis le premier jour (…) je croyais et même je peux dire j’avais le sentiment de savoir que, lorsqu'on offre à des citoyens de participer à une vraie réflexion de bonne foi sur leur avenir, de poser les questions qu'ils considèrent comme étant les questions cruciales, alors ils s'engagent. Et ce sont des centaines de milliers de Français qui se sont engagés. Tous ceux qui prétendaient que cela n'intéresserait personne, qu'il n'y aurait que les élus peut-être après la première réunion avec les maires, c'était très drôle (…). Il suffit que tout cela soit de bonne foi et ce que les Français ont vu – et c'est cela qui a tout changé, dans les heures et les heures que le Président de la République a prises, il a pris plus d'heures encore que moi, j'en ai pris près de 30 – dans l'engagement du Président de la République, c'est que c'était un engagement absolument authentique, sincère, de bonne foi.
Ils ont vu qu'il était compétent, qu'il connaissait vraiment très très bien les sujets du pays, qu'il avait la mémoire précise des gens et des choses et des événements. Et ils ont vu qu'il était à l'écoute, présent, qu'il prenait sa part, y compris dans l'émotion. Je me souviens très bien de ce jeune dyslexique qui est venu expliquer ce qu'étaient les difficultés de ceux qui ne sont pas tout à fait comme les autres à certains moments de leur vie. Cela touche des millions de gens, mais lui était profondément ému. J'ai vu la personne au salon de l'agriculture, l'agriculteur âgé qui n'avait pas reçu tous ses droits, c'était une émotion partagée.
Vous comprenez, la démocratie, la représentation démocratique, cela ne s'arrête pas au jeu des idées. Il y a quelque chose d'autre. C'est que l'on participe, on prend sa part de la profondeur de la vie de ceux que l'on a en face de soi. (…)
On arrive à l'issue de ce Grand débat on attend maintenant les arbitrages du Président de la République. Entre autres, il promet des réponses précises. Qu'attendez-vous, vous, de concret?
La question posée par les Français, si l’on veut trouver une question qui fédère et rassemble toutes les autres, c'est: est-ce qu’on peut reprendre notre destin en main? Depuis des décennies, vous savez exactement ce qui se passe. Le moment démocratique majeur, c'est l'élection présidentielle, à ce moment sortent des attentes, des questions, des angoisses qui sont fortes. Puis, l'élection se passe, celui qui est élu est en général celui qui a le mieux ressenti ces questions-là, il s'installe au pouvoir avec ses équipes et tout reprend comme avant, avec une déclaration doctrinale ou idéologique, une déclaration répétée sous toutes les formes, c'est: il n'y a pas moyen de faire autrement.
Comment faire autrement ?
Il n'y a aucune possibilité, dit-on aux Français et c'est ce que les Français entendent, de bâtir un destin qui soit différent de celui que l'on voit régner partout sur la planète.
Cela veut dire quoi? Faire vivre plus la démocratie sur le temps long, c'est-à-dire sur le temps du quinquennat?
Plus que cela, donner aux Français les outils et la légitimité de penser que l'on n'est pas sous le coup ou condamné à une fatalité qui fasse que l'on ne pourrait pas changer, non pas le monde, il ne faut pas croire que l'on ait des baguettes magiques, mais une partie du monde et une partie de la société française. Cela implique deux choses. La première, c'est formuler un nouveau projet national pour la France. Est-ce que la France a quelque chose à dire qui soit différent de ce que tous les autres puissants de la planète, toutes les puissances économiques, financières, politiques, les grands empires, disent.
Qu'est-ce qu'ils disent? Est-ce que la France peut dire quelque chose de différent? Si vous avez lu la tribune que le Président de la République a publiée mardi dans tous les journaux européens sur l'Europe, c'est cela qu'elle dit: face à toutes les puissances de la planète, oui nous pouvons porter un projet de société différent, un projet qui tienne compte aussi bien de la justice que de la création de richesse, qui introduise la justice dans ce monde qui est entièrement tourné vers la création, c'est-à-dire la création de richesse. Cela, c'est la première question.
La deuxième question: la société démocratique française, est-ce qu’elle permet d'exprimer les attentes profondes du peuple français? On s'aperçoit qu'il y a sûrement quelque chose qui ne va pas dans ce système parce que tant de Français ne se sentent pas représentés. Ils n’ont pas voix au chapitre et ces deux grandes séries de questions entraînent une série de changements très importants qui répondent aux angoisses et difficultés. Qu'est-ce qu’ils disent les Français participant au débat? Déjà, ils disent: On n'est pas représenté. Bon il y a des réponses sur la démocratie la représentation.
(…) Vous dites démocratie. Vous le savez bien, je mène un combat depuis très longtemps pour que tous les grands courants d'opinion aient une juste représentation. Vous savez bien que j'ai exprimé des réserves sur le point d'équilibre.
(…) Je pense qu'il y a la nécessité d'une représentation de tous les grands courants d'opinion. Il y a la nécessité de rendre plus facile l'expression directe des Français, les référendums, que les gilets jaunes appellent d'initiative citoyenne. Cela existe dans la Constitution. Cela n'a jamais été utilisé.
(…) Pourrait-on regarder l'extension du domaine du référendum sans aller évidemment jusqu'à la possibilité de remettre en cause les principes fondamentaux de la Déclaration des Droits de l'Homme des Libertés qui sont les piliers de la société dans laquelle nous vivons.
(…) En France, quand on est minoritaire, cela m'est arrivé suffisamment souvent pour que j'aie une expérience précise de ce sujet, on est sur la touche. Or, un pays, ce n'est pas que sa majorité, alors ceux qui, hier, les deux forces principales, étaient majoritaires et qui croyaient que c'était normal qu’elles eussent la majorité à jamais, elles découvrent aujourd'hui que ce n'est pas une situation aussi équitable qu'elles le croyaient. Peut-être cela peut nous permettre d'évoluer vers une démocratie car une démocratie, ce n'est pas seulement le règne de la majorité, c'est aussi la protection des minorités.
Avez-vous des idées particulières sur ce qu'il faudrait changer dans la fiscalité française ?
La question de la fiscalité, pour ceux qui interviennent très souvent, c'est la justice. Est-ce que l’effort que l'on me demande, à moi, est juste? Est-ce qu’on ne pourrait pas en demander à d'autres, etc.? Il y a, me semble-t-il, une question qui est importante sur laquelle les Français ont des doutes et à propos de laquelle il faut apporter une réponse indiscutable. Les Français ont le sentiment, et il y a parfois des contributions qui le répètent à l'envi, qu'il y a des dizaines de milliards, peut-être 100 milliards, d'évasion fiscale. On ne peut pas laisser les Français avec cette suspicion-là. Il faut donc une démarche crédible, partagée, ouverte pour que la lutte contre l'évasion fiscale soit garantie aux Français comme étant efficace et équitable.
Vous suggérez, à l'issue de ce Grand débat, de revoir cette réforme de l'ISF?
En tout cas ce n'est pas une question interdite. Le Président de la République a dit, tout le monde fait semblant de ne pas l'avoir entendu, en sachant ce qu'il disait: «Il n'y a pas de question taboue.» On peut tout à fait discuter de ce sujet. Faut-il alourdir sur l'immobilier? Je ne le crois pas parce qu'il y a peut-être de grandes fortunes placées dans l'immobilier et encore je demanderai des vérifications sur ce sujet, mais l'immobilier c'est important pour beaucoup de familles et notamment au moment de la succession. J'ai lu qu'il y avait des gens qui voulaient alourdir l'impôt sur les successions. Je pense que ce n'est pas une bonne idée.
On en vient à cette tribune européenne, Emmanuel Macron l’a lancée cette semaine à l'adresse de tous les citoyens européens, ce qui était inédit. On a bien compris qu'il se vivait un peu comme le chef de la campagne européenne, on n'a pas bien compris avec quels alliés il comptait travailler demain.
Ce que le Président de la République a fait, vous avez dit inédit, c'est en effet sans précédent. Un chef d'Etat qui s'adresse à tous les citoyens européens, pas seulement à ceux qui votent chez lui, mais à tous les citoyens européens pour mettre en évidence la nécessité historique que nous sommes en train de vivre, alors c'est en effet sans précédent. Qu'est-ce qui se passe? C'est très simple. Vous avez des forces incommensurables économiques, financières, politiques, qui veulent la destruction de l'Europe, qui voient, là, la seule chose qui puisse contrebalancer…
Une question sur l'Europe et un départ attendu. François Bayrou le Brexit va avoir lieu, qu'il soit ordonné ou pas, mais en tout cas il aura lieu. Quelle leçon tirez-vous de cette affaire qui est quand même un échec collectif et faut-il que l'Union Européenne, à votre sens, fasse un dernier geste en faveur de Theresa May voire repousse la date du 29 mars pour ce divorce ?
C'est la Première Ministre Britannique qui risque de demander le report. Je pense qu'il est impossible que les instances européennes renoncent aux exigences qu'elles ont mises sur la table. Pourquoi? Parce que s'il apparaissait que l'Europe soit prête à faire plus pour ceux qui la quittent que pour ceux qui sont fidèles à l'accord et à l'alliance et au traité, alors, vous ouvrez la boîte de Pandore. Il y a des tas de pays qui se diront : Bonne pioche, on va pouvoir à la fois avoir les avantages et se libérer des contraintes. Eh bien ceci est strictement impossible. Cela dit une deuxième chose, l'affaire du Brexit : on ment au peuple, il croit les mensonges, mais il y a un rendez-vous derrière qui est celui du réel. Vous vous souvenez comment la campagne a été faite par ceux qui ont soutenu l'idée de «leave», Quittez, partez, référendum. Ils ont dit: Mais, vous vous rendez compte, on donne donc des dizaines de milliards tous les ans à l'Union Européenne, on va les récupérer pour nous, on va construire des hôpitaux, des écoles avec cet argent.
Ces bruits-là, vous les entendez en France aussi. Qu'est-ce qui se passe au bout du chemin? On s'aperçoit que c'est une impasse absolue, que c'est un chaos, et ils le savaient très bien. C'est cela qui est fantastique. Ils ont fait campagne là-dessus, mais dès le lendemain du résultat du référendum, ils sont partis. Ils ont refusé les responsabilités, ils se sont échappés en courant et c'est la preuve qu'ils savaient que ce qu'ils disaient était un mensonge éhonté. Simplement, ce sont des mensonges qui déclenchent des passions et prendre des décisions dans une ambiance passionnelle comme cela, ou pour des raisons passionnelles généralement, des passions noires, des passions qui visent à rejeter, à écarter, eh bien au bout du compte on fait du mal aux peuples que l'on entraîne vers des solutions désespérantes. C'est cela que le Brexit montre. On devrait avoir tout cela présent à notre esprit au moment des grands choix que nous allons faire maintenant.
Jamais l'Histoire n'a été plus dangereuse, jamais. Je n'ai pas souvenir d'une situation dans laquelle les piliers mêmes de notre maison soient remis en cause par un tremblement de terre déclenché par des gens qui savent très bien ce qu'ils font. Cette fois-ci, on est devant de grands choix. Gardons l'exemple du Brexit parce que le peuple britannique a déjà beaucoup perdu et risque de perdre beaucoup dans cette affaire.



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