jeudi 18 juin 2020

Vues du Centre. De quoi le 18 juin doit-il être la commémoration?


Par Aris de Hesselin et Alexandre Vatimbella

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.

Aris de Hesselin est un avocat international, centriste et un européen, défenseur d’une mondialisation humaniste.

Alexandre Vatimbella est le directeur du CREC.



Comme l’explique l’historien Philip Nord au quotidien Le Monde, la défaite de 1940 «n’est pas ce jugement moral sur la III° République qu’en a fait Vichy puis les modernisateurs ou les gaullistes eux-mêmes après la guerre».

«Après tout, poursuit-il, les Allemands n’ont gagné que grâce à une attaque surprise extrêmement risquée et ont été eux-mêmes étonnés de la percée des chars de Guderian à Sedan, le 13 mai, qualifiée de ‘miracle’».

Cette opinion est loin d’être iconoclaste.

Au fur et à mesure que le temps passe, que les études historiques progressent et que les légendes sont mises à mal, on est, aujourd’hui, non pas dans une réécriture de la défaite cuisante des Français, mais dans une explication moins partisane et, surtout, plus en relation avec les faits et la situation d’alors.

Quelques points parmi d’autres.

D’abord, l’armée française n’avait rien à envier à son homologue allemande qui cumulé de très nombreuses faiblesses.

Cette dernière était moins nombreuse, moins expérimentée, n’avait pas assez de munitions et de carburant pour mener une guerre de longue durée.

Quant à l’armement français, il était, dans bien des domaines, supérieurs à celui des Allemands.

Ensuite, l’attaque dans les Ardennes n’a pas été du tout une surprise pour le commandement français.

Même Gamelin qui pensait qu’elle était impossible et qui restait sur ces certitudes stratégiques, avait prévu que si cela été quand même le cas, il serait toujours temps d’envoyer des troupes pour la bloquer à Sedan.

De même, les soldats français, loin d’être les lâches ou les défaitistes que l’on s’est plu à caricaturer et à railler, se sont battus avec courage et héroïsme, en témoignent les combats très durs qui se sont déroulés dans la Somme (ce qui a permis au corps expéditionnaire anglais de pouvoir réembarquer en nombre à Dunkerque) et la défense acharnée de Lille qui fut saluée par les généraux allemands.

Et oui, personne ne pensait qu’une attaque par les Ardennes avait une chance de réussir.

Rappelons que c’est parce que les plans d’invasion des Allemands avaient été récupérés par les Alliés que ceux-ci ont du changé de stratégie qui était au départ, comme en 1914, de passer par la Belgique en violant une nouvelle fois sa neutralité, parce que c’était la seule solution raisonnable, d’où la concentration des troupes d’élites françaises et anglaises à la frontière franco-belge.

Que si Hitler s’est résigné à choisir le plan d’un de ses généraux, c’est uniquement parce qu’il n’en avait pas d’autres et qu’il savait qu’il ne pouvait s’engager dans un conflit de plusieurs années voire même de plusieurs mois.

Que si ce plan improbable a réussi, c’est surtout du à des conditions météorologiques particulièrement favorables à l’armée allemande, à de la chance et… à la drogue, la pervitin, une méthamphétamine, que les soldats ont pris en quantité phénoménale qui leur a permis de ne pas dormir pendant plusieurs jours puis les a rendu accros…

Enfin, si les Français ne voulaient pas d’une guerre, sentiment hautement respectable, ils savaient qu’il allait falloir se confronter à Hitler à un moment ou à un autre, surtout depuis l’invasion de la Tchécoslovaquie.

Dès lors, la France ne s’est pas effondrée de par son impréparation, de la gangrène politicienne qui minait ses fondations et parce que la III° République était à bout de souffle.

Tout cela est une écriture à chaud des événements qui avait un but: un monde nouveau voulu, tout autant, par Pétain que par De Gaulle.

Et si c’est ce dernier qui est sorti vainqueur de cet affrontement entre deux militaires qui avaient travaillé étroitement ensemble, l’Histoire n’a pas été pour autant réhabilitée après la chute du régime scélérat de l’Etat Français, bien au contraire, mais a continué à être instrumentalisée par les gaullistes, la Résistance et les dirigeants des partis politiques à la Libération.

Puis, rapidement la légende a été forgée avec un discours convenu d’une soi-disant réalité qui n’a jamais existé d’une France à la dérive en 1940 et qui n’a compris sont intérêt qu’en 1958 après avoir à nouveau commis les mêmes fautes avec l’instauration de la IV° République.

Et si tout le monde est devenu gaulliste aujourd’hui, c’en est bien la résultante avec un général devenu un super-héros mythique!

Il ne s’agit pas ici d’amoindrir les mérites de ceux qui se sont opposés à Vichy et aux nazis et dont l’héroïsme est une gloire de la France.

Ni même le rôle qu’a joué le général de Gaulle dans la victoire finale.

Il s’agit de dire que nous vivons depuis 80 ans sur une fable qui voudrait que la France fautive a payé ses errements en 1940 et qu’heureusement, le 18 juin, par un appel, un homme providentiel s’est levé pour la sauver.

C’est pourquoi, il ne faut pas se tromper quand nous célébrons cet appel.

Celui-ci n’est pas ce passage entre un ancien monde vers un nouveau mais le refus de baisser les bras devant une catastrophe et une volonté de continuer le combat coûte que coûte.

Vouloir en faire la première pierre d’une ère salvatrice et rédemptrice est autant une illusion sur ce que nous sommes qu’une insulte à ceux qui ont été.

C’est aussi de vouloir introduire une sorte de sentiment d’infériorité dans la population française qui n’a pas lieu d’être.

En revanche, ce qu’il nous faut célébrer le 18 juin, c’est cet esprit de résistance face à l’inacceptable.

Et ce n’est pas rien, surtout actuellement.



Aris de Hesselin et Alexandre Vatimbella



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