mardi 29 décembre 2015

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Centrisme ou extrémisme, l’incohérence des «experts»

Le grand débat venu de l’Antiquité pour savoir si la science politique est une vraie science – j’épargnerai au lecteur un débat académique essentiel mais très ardu (*) –, trouve toujours ses limites dans notre grand cirque médiatique où les experts (spécialistes, analystes et autres professionnels du commentaire politique) viennent nous donner leurs vérités.
Pourquoi pas?
Le problème pour l’«électeur de base» ou le «citoyen lambda», c’est que ces vérités se contredisent constamment rappelant que cette science politique n’est peut-être qu’un lieu de débat et non une discipline scientifique d’où, malheureusement, ne sortent jamais des lignes directrices claires et nettes.
Deux exemples.
Le premier concerne le Front national.
Sa montée en puissance actuelle est-elle due à une droitisation de la société ou à une gauchisation du FN (dans le sens où ce sont d’anciens électeurs communistes et socialistes qui l’ont rejoint ces dernières années depuis qu’il a adopté un programme économique et social de gauche) ou à un vote protestataire qui n’aurait aucune portée idéologique mais ne serait qu’un mouvement d’humeur d’électorats en réalité toujours fidèles à leurs opinions politiques?
Eh bien les trois selon nos experts!
Ce qui est gênant c’est que ceux qui viennent nous expliquer que la société vire à droite sont les mêmes qui affirment que l’on ne peut plus appeler le FN un parti d’extrême-droite mais un parti populiste et démagogique dont la ligne politique est certes à droite mais le programme économique et social est de gauche, sans oublier la dimension protestataire du vote…
Car si le FN n’est plus à droite mais quelque part entre la droite et la gauche (au centre a même osé prétendre Marine Le Pen à la presse américaine!), une sorte d’organisation hybride qui n’a que comme principe directeur de dire ce que certaines catégories de personnes veulent entendre pour qu’elles votent pour ses candidats, alors la droitisation de la société est un leurre puisque les blocs de droite et de gauche sont alors assez semblables.
Quant au vote protestataire, il est difficilement compréhensible si le vote pour le FN est désormais un vote d’adhésion…
Ce paysage politique, nos experts l’appellent désormais le tripartisme, après nous avoir abreuvés d’études depuis 1958 et l’adoption de la Constitution de la V° République sur le fait que le nouveau régime politique ne pouvait fonctionner qu’en bipartisme.
Bien entendu, l’existence dans les années 1980 de quatre grands partis, RPR, UDF, PS et PC pouvaient rentrer dans leur grille de lecture en présentant l’existence de deux blocs comme une sorte de bipartisme, même si cette présentation fleure bon une escroquerie intellectuelle.
D’autant que le tripartisme officiellement créé par nos experts oublie sciemment les partis centristes qui ne sont plus que, dans leurs analyses, des appendices de la Droite.
Et c’est notre deuxième exemple.
Pourquoi, en effet, se compliquer la vie avec un Centre, même si celui-ci n’est évidemment pas réducteur à la Droite, comme le disent d’ailleurs nos experts tout en prétendant le contraire pour leur démonstration du bipartisme et maintenant du tripartisme?
Car ces derniers nous expliquent qu’il y a un réel vote centriste qui n’a jamais disparu depuis le début de la V° République.
Pourtant certains continuent à prétendre que ce vote centriste n’est pas la preuve de l’existence du Centre.
L’exemple le plus incohérent et le plus ridicule de cette thèse est celui de Dominique Reynié, politologue mondain reconverti en homme politique, qui s’est échiné à expliquer que le Centre n’existait pas tout en faisant alliance avec lui lors des dernières élections régionales.
S’allier à ce qui n’existe pas, voilà une attitude plus ésotérique que scientifique…
Bien sûr, me rétorquera-t-on, ce n’est pas parce que des gens se prétendent centristes que le Centre existe.
C’est vrai.
Mais qui irait affirmer que la Gauche et la Droite n’existent pas au même motif?
Parce que si l’on devait donner un brevet de pureté de socialisme ou de conservatisme, bien peu de ceux qui s’en réclament y auraient droit!
A l’inverse, pour reparler du FN, ce n’est pas parce qu’il nie être à l’extrême-droite et qu’il a même menacé un temps ceux qui le considéreraient comme tel de procès qu’il n’est pas un parti extrémiste et de droite.
On rappellera d’ailleurs à ceux qui pensent que le programme économique et social du FN n’est pas d’extrême-droite (et que donc le parti ne l’est plus) que ceux des nationaux-socialistes en Allemagne et des fascistes en Italie étaient également plus proche des thèses socialistes et communistes que des thèses libérales.
Et pourtant, ils étaient bien des partis d’extrême-droite…
Evidemment, les experts ont le droit de dire ce qu’ils veulent et les médias de les inviter pour leur donner une tribune.
Evidemment, tous les experts ne sont pas aussi incohérents ou ne viennent pas seulement donner leur opinion mais partager leur savoir.
Malheureusement, pour l’information du citoyen, primordiale en démocratie, ces experts sérieux sont une minorité.
Mais, dans cette même démocratie, chacun a le droit de croire ce qu’il veut croire, même des experts incohérents qui ont le droit de dire ce qu’ils ont envie de dire.
In fine, pour ce qui nous intéresse ici, voilà ce qu’est le Centrisme selon nous:
- un humanisme intégral (l’être humain, cause et but de toute société humaine);
- un libéralisme social (la liberté solidaire);
- un réformisme (l’ajustement continuel de la société);
- un pragmatisme (gouverner à partir du réel);
- un progressisme (améliorer les conditions de vie de tous);
- un personnalisme (l’individu porteur de droits et de devoirs dans un lien social équilibré).
Ses principales valeurs sont la liberté, le respect, la solidarité, la tolérance, garanties par l’égalité dans la différence et par un lien social émancipateur de l’individu basé notamment sur l'équité.
Son objectif est la mise en place d’une démocratie républicaine respectueuse et équilibrée, la seule qui peut, à la fois, prendre en compte tous les acquis démocratiques tout en les consolidant dans une société du XXI° siècle où il faut, à la fois, renforcer les relations collaboratives entre les personnes par un lien social dépoussiéré, refondé et affermi par lequel s’exprime une responsabilité collective rénovée tout en étendant la liberté de chacun grâce à l’approfondissement d’une autonomie individuelle responsable.
Son principe d’action politique est le juste équilibre qui peut se définir comme une bonne et pertinente répartition harmonieuse.
Celui-ci ne s’intéresse pas à un hypothétique lieu géométrique axial mais vise à équilibrer la société afin d’y établir un consensus maximal au profit de tous les membres de la communauté.
Il vise à donner le plus de satisfaction possible à tous les citoyens tout en sachant que personne ne peut être contenté complètement. 
Sa règle comportementale est la responsabilité, à la fois, dans son expression du droit à être responsable de sa vie ainsi que de ses choix et dans celle du devoir d’assumer ses actes.
En France, trois pensées principales sont à la source du centrisme français: le libéralisme, le christianisme (avec la démocratie-chrétienne) et le radicalisme.
Schématiquement, la liberté du Centrisme vient du libéralisme, sa solidarité du christianisme et son adhésion à la république du radicalisme.
Le centrisme français découle
- du libéralisme parce qu’il se bat pour les droits naturels d’un individu autonome et responsable poursuivant son intérêt;
- du christianisme (démocratie-chrétienne) parce qu’il se bat par l’amour (agapé) pour le respect d’une personne partageant la condition humaine universelle et la solidarité dans sa communauté;
- du radicalisme parce qu’il se bat par la raison pour la dignité d’un citoyen averti et conscient défenseur d’une laïcité intégrale et intégrante.
Voilà qui définit bien un courant politique à part entière.


(*) On pourra lire, entre autres:



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