jeudi 8 décembre 2016

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Non, madame Le Pen, vous n’êtes pas au centre

Lors de son passage à TF1, mercredi soir, Marine Le Pen a déclaré qu’elle et son parti étaient au centre de la politique française.
Selon elle tout le monde politique tourne autour de sa candidature et de ses propositions.
La référence au centre était ici subtile parce qu’elle a pu être comprise par les téléspectateurs comme étant une simple description d’une situation où les autres candidats se positionnent par rapport aux idées du FN et passent leur temps à en parler pour les critiquer ou les soutenir.
Une façon également de montrer la prééminence des idées d’extrême-droite dans le débat politique français où, désormais, la ligne de partage idéologique passerait entre ceux qui sont pour et ceux qui contre celles-ci.
Or ce n’est pas uniquement cela, bien au contraire.
Ce serait en effet faire fi de toutes les déclarations de Marine Le Pen dans lesquelles frontalement ou en biais, elle a souvent évoqué le positionnement soi-disant au centre de sa candidature à l’Elysée.
En point d’orgue, il y a eu cette fameuse interview qu’elle a donnée en septembre 2013 au magazine américain The Atlantic et dans lequel elle déclarait sans rire «We are in the center» (nous sommes au centre)!
Elle avait même ajouté qu’elle se situait à la «gauche d’Obama» (I’m to the left of Obama).
Prière surtout de ne pas rire.
Bon, vous l’avez fait mais nous ne devons vraiment pas prendre ces propos à la légère.
Car la candidate d’extrême-droite, dans sa tentative de dédiabolisation entreprise depuis plus de trois ans veut passer pour une personne consensuelle et rassurante face à des formations politiques énervées qui ne seraient que dans une logique partisane et clientéliste.
Ce message centriste de Marine Le Pen va donc être distillé de façon plus ou moins subliminale pendant toute la campagne comme il l’a été hier soir lorsqu’elle a critiqué François Fillon pour la casse sociale que son programme allait causer s’il est élu en 2017, tentant de le rejeter à se droite.
C’est contre cette supercherie odieuse que tous les démocrates et plus particulièrement les centristes doivent se battre et ils doivent constamment et sans relâche la dénoncer.
Heureusement, diront certains, le FN ne peut s’empêcher d’envoyer d’autres messages qui, eux, ne prêtent pas à confusion dans leur extrémisme et leur scélératesse.
C’est vrai mais c’est là aussi que se situe le danger.
En se posant en candidate d’une force tranquille comme le fit François Mitterrand en 1981 alors que nombre des 110 propositions du candidat du PS ne l’étaient pas (mais lui avait au moins un Jacques Delors pour le faire revenir à la raison), elle permet à certains qui n’auraient pas voté pour elle par le rejet de beaucoup de ses prises de position et du comportement de son père, de trouver qu’en réalité elle est tout à fait acceptable.
Or, il faut le dire, la seule façon que Marine Le Pen et le FN puissent se retrouver au centre de l’échiquier politique, c’est qu’il n’y ait plus face à elle qu’un parti de droite radicale à sa gauche et un parti nazi à droite!
C’est sans doute son rêve.
Faisons en sorte que cela ne devienne jamais le cauchemar de la France.



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