samedi 17 décembre 2011

Une Semaine en Centrisme. «Acheter français» contre «Produire français», vraie différence entre le démocrate-chrétien Bayrou et le libéral Morin


Alors que François Bayrou a lancé le mot d’ordre «Acheter français» le jour de l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle, son concurrent au centre, Hervé Morin, a répondu avec celui de «Produire français».
La différence qui oppose François Bayrou et Hervé Morin sur le remède au «déclassement» économique en cours de la France nous rappelle que le Centre est loin d’être monolithique.
Bien sûr, François Bayrou est aussi pour que la France produise (la «réindustrialisation» et la «relocalisation» industrielles sont prioritaires dans son programme) et Hervé Morin n’est pas contre ce que les Français achètent des produits nationaux (si ceux-ci ont un rapport qualité/prix au moins identique avec les produits étrangers dans le cadre d’une vraie concurrence).
Pour autant, le président du Mouvement démocrate a choisi délibérément de faire sien le slogan «Acheter français» en ce début de sa campagne électorale, un geste évidemment réfléchi et qui a du sens, comme on dit. Et la réponse du président du Nouveau centre n’est pas seulement une volonté de se démarquer de son ancien leader dans une posture d’opposant systématique.
Du coup, il convient d’analyser cette différence d’approche entre les deux candidats du Centre.
Nous savons que François Bayrou est souvent mal à l’aise au centre de l’échiquier politique mais que c’est là qu’il trouve la base de son électorat. De même, Hervé Morin préfère se positionner au centre-droit, même s’il affirme, dans le même temps que le Centre est à droite de ce même échiquier.
Tout ceci possède une logique politique.
François Bayrou vient de la tradition démocrate-chrétienne – qu’il revendique -, de ce catholicisme social qui a certaines accointances, tant avec la gauche qu’avec une certaine vision nationaliste, gallicane pour les initiés, de la société française. L’«Acheter français», dans sa bouche est loin d’être seulement une tentative de récupération politique des thèses que le Front national martèle depuis des années avec sa «préférence nationale».
De son côté, Hervé Morin vient de la tradition libérale, celle qui est ouverte sur le monde (comme le modèle anglais qui a fait de la Grande Bretagne la première puissance mondiale du milieu du XVIII° siècle au milieu du XX° siècle) et qui considère que la France ne doit pas être frileuse, qu’elle doit se confronter aux autres pays, à la mondialisation et que son salut passe par sa compétitivité et par un effort constant d’innovation dans ce fameux mécanisme de la destruction créatrice où l’obsolète laisse sans cesse sa place à la nouveauté.
Deux traditions du Centre qui, évidemment, se rencontrent et ne sont pas forcément antinomiques. Deux traditions que l’on retrouvait, dès l’origine, à l’intérieur de l’UDF, en 1978 au moment de la création de la confédération et qui a perduré tout le temps de son existence (même si une partie des libéraux l’avaient quittée avec Alain Madelin en 1998).
Bien sûr, le dialogue entre elles n’étaient pas toujours de grand repos mais leurs fondements respectifs sont issus d’une vision humaniste identique de la société ce qui permet les rapprochements et les compromis afin de gouverner ensemble.
Mais attention: ces deux visions, pour demeurer au centre, doivent se garder de dériver trop loin. D’une part vers un néonationalisme qui est l’apanage des extrêmes et des tenants actuels de la «démondialisation» qui serait un danger pour la France. D’autre part vers le néolibéralisme venu de certaines franges «libertariennes» des Etats-Unis et de Grande Bretagne (et qui a trouvé un écho certain dans les ex-pays de l’Est, notamment) qui serait un danger tout aussi grand pour la cohésion sociale de notre pays.
C’est pourquoi le Centrisme travaille continuellement, dans une vision de juste équilibre, à rapprocher ces deux traditions afin d’en sortir un consensus. C’est pourquoi, François Bayrou et Hervé Morin ont pu, non seulement, appartenir au même parti, l’UDF, mais le diriger ensemble.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC

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