samedi 12 octobre 2019

Vues du Centre. Médias : la faute emblématique de l’affaire Dupont de Ligonnès


Par Jean-François Borrou & Alexandre Vatimbella

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.
Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes.
Alexandre Vatimbella est le directeur du CREC

L’information est ce que certains pourraient appeler «un bien commun» de nos sociétés libres car elle est consubstantielle à l’existence de la démocratie républicaine.
Un individu bien informé (en quantité nécessaire et en qualité indispensable) est un citoyen capable d’exercer ses droits et de remplir ses devoirs en toute connaissance et responsabilité.
Or, force est de constater, que l’information, parce qu’elle est considérée par certains comme un simple produit commercial ou un puissant outil idéologique que l’on peut inventer ou détourner pour lui donner la forme et le contenu que l’on veut au détriment de la réalité des faits, n’en a souvent que le nom.
L’incroyable raté mais surtout pathétique et dangereux des médias français dans l’affaire Dupont de Ligonnès est emblématique de cette invention et ce détournement indignes.
En l’occurrence, c’est surtout l’aspect spectaculaire et donc commercial qui est ici en cause.
Mais c’est tout autant les mécanismes actuels du fonctionnement global des médias qui sont en cause, de la recherche de l’information, du choix de ce que l’on diffuse et des nécessaires confirmations que l’information est vraie avant de la diffuser.
En l’espèce, après un moment de sidération des journalistes – Dupont de Ligonnès, après avoir tué toute sa famille, a disparu sans laisser de traces depuis plus de huit ans – qui ont mis parfois quelques guillemets à la véracité de son arrestation à Glasgow par la police écossaise, les médias ont utiliser l’artillerie lourde, que ce soient les chaînes d’information en continu (pour booster leurs taux d’audience) mais également tous les médias traditionnels par le biais d’internet (pour multiplier le nombre de clicks).
Mais, direz-vous, dans le cadre de la liberté de la presse, les médias ont le droit de faire ce qu’ils veulent avec l’information tant qu’ils demeurent dans la légalité.
Et vous aurez raison.
Reste que cet incroyable raté nous montre que les médias en France mais aussi dans tous les pays démocratiques (ailleurs, ils ne sont pas libres donc ne sont que des outils de propagande au service du régime en place) ne remplissent absolument pas leur rôle de quatrième pouvoir, surtout, d’être des outils sensés d’informer sérieusement les citoyens.
Dès lors, on ne peut s’empêcher de penser que le journalisme a des règles d’éthiques qui, de plus en plus, sont bafouées à l’heure de l’information en continu et des réseaux sociaux (même si elles l’ont été de tout temps).
En revanche, on ne peut que s’étonner que les médias audiovisuels du service public qui n’ont pas cet impératif commercial aient été dans la surenchère et le spectaculaire.
Ce n’est pas la première fois mais, ici, la faute est encore plus lourde.
Du coup, en tant que centristes, nous ne pouvons que rappeler cette incontournable obligation d’enfin créer un vrai service public de l’information citoyenne qui serait une référence indépendante des pouvoirs financiers et politiques.
Encore une chose : aucun média n’a eu la décence de s’excuser et de reconnaître leur grande responsabilité dans la diffusion de ce qui est incontestablement une fake news.
Et ça, ça en dit beaucoup sur l’hubris médiatique.

Jean-François Borrou
Alexandre Vatimbella


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