samedi 12 février 2011

Une semaine en Centrisme. L’enfant n’est pas un objet sauf à déshumaniser la société

L’être humain n’est pas objet mais sujet, il n’est pas un moyen, il est but. Il est sujet de la société et le but de lui-même et de son existence. Voilà ce qu’a voulu, fort à propos, rappeler le groupe Union centriste du Sénat cette semaine en commentant la naissance de ce que la presse a appelé dans un premier temps, le premier «bébé-médicament» français.
Un terme scandaleux qui avait comme but de créer la sensation mais qui a aussi permis de réfléchir à ces avancées de la science et de la médecine qui posent de plus en plus la question des valeurs que la société doit défendre.
Du coup, les médias ont rebaptisé ce «bébé-médicament» en «bébé du double-espoir» ou en «bébé-sauveur». Des terminologies plus «soft» assurément. Mais est-ce un simple habillage plus à même de convaincre que cette pratique est acceptable et même souhaitable? Quelle est la réflexion humaniste par rapport à celle-ci? Où se situent les limites s’il y en a? Des questions que tout centriste doit se poser, lui qui met la personne au centre de sa vision politique et qui sous-tend toutes les valeurs qu’il défend.
Rappelons que ce bébé, né le 26 janvier dernier, a été conçu exprès afin de pouvoir soigner son frère atteint d’une grave maladie génétique héréditaire, la thalassémie, et qui a besoin de cellules-souches compatibles que seul celui-ci pouvait lui apporter pour être guéri.
Rappelons aussi que sa conception a été réalisée par fécondation in vitro (FIV) et qu’auparavant il a été sélectionné après un examen de plusieurs embryons. Deux se sont révélés indemnes de la maladie mais un seul était compatible sur le plan immunitaire.
C’est donc toute une procédure complexe qui a été mise en œuvre ce qui n’est pas exactement la même chose que de concevoir naturellement un enfant.
Ajoutons que l’enfant qui a été conçu pour en sauver un autre n’est nullement en danger pendant sa conception et après sa naissance. Les cellules-souches utilisées proviendront du cordon ombilical.
Au vu des des principaux protagonistes de l’histoire, deux enfants, l’un à naître et l’autre à soigner, celle-ci possède une charge émotive extrêmement forte et devient de ce fait un cas emblématique d’intervention de la science et de la médecine dans le traitement de maladies par l’intervention des dernières technologies.
Si l’on se déclare opposé à cette pratique au nom de ce qu’est un être humain et de son essence et de son intégrité non-manipulable, on apparaît comme un être campé sur ses principes qui induisent la mort à terme d’un enfant. Inacceptable.
Si l’on se déclare favorable à cette pratique au nom d’un devoir se soigner un enfant malade, on apparaît comme un être qui estime que l’on peut se servir d’un enfant comme médicament. Car la conception de cet enfant n’a d’autre but, au départ, que de permettre d’en soigner un autre. Cela ne veut pas dire que les parents n’aimeront pas cet enfant, peut-être même qu’ils l’aimeront plus du fait de son statut de sauveur, mais cela ne change pas la raison première de sa conception. Tout aussi inacceptable.
Reste la position humaniste qui peut se définir comme un compromis entre les deux visions, l’une utilitariste et l’autre éthique. Celle-ci affirme qu’aucun enfant n’est à vendre, en morceau ou en entier. De même, aucun enfant ne peut être conçu uniquement pour sauver un autre être humain fut-ce un autre enfant (sans oublier que s’il apprend qu’il n’a été conçu que pour cela, il risque de graves problèmes psychologiques).
Mais, évidemment, un enfant peut en sauver un autre sans que cela ne pose un problème moral. D’autant que, c’est important de le redire, sa santé n’est pas en jeu dans la procédure de soin de son frère ou de sa sœur puisque l’on utilise le sang du cordon ombilical.
Dès lors, les parents qui vont concevoir ce «bébé double espoir» doivent, avec les médecins et d’autres, se poser la question de savoir s’ils font uniquement un enfant pour en sauver un autre. Si tel n’est pas le cas, alors les médecins et les scientifiques doivent les aider à le concevoir afin que celui-ci puisse sauver son frère ou sa sœur. Sinon, il est sans conteste évident que cette conception n’est qu’un moyen de produire un médicament.
On le voit, les limites sont peu claires et la frontière est assez poreuse. En tout cas, le dialogue humaniste doit être constamment activité en matière d’éthique de la vie et du comportement. Le débat doit rester constamment ouvert et prendre en compte toutes les évolutions de la science et des questionnements que celles-ci ouvrent.
N’oublions jamais que les avancées scientifiques ne sont ni bonnes, ni mauvaises en soi. C’est seulement la manière dont on les utilise qui les signifie moralement.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC

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