mercredi 20 janvier 2016

Une Semaine en Centrisme. L’UDI en 2016: ça passe ou ça casse

2016 sera une année cruciale pour l’UDI.
Toutes les options sont sur la table.
Personne, ainsi, ne sait, à l’heure actuelle, si la confédération centriste qui soufflera bientôt ses quatre bougies, fera encore partie du paysage politique à la fin de cette année et dans quel état ou organisation, ni si elle aura implosé sous les attaques des les forces centrifuges qui la tiraillent depuis sa création et qu’ils l’ont fragilisée de plus en plus depuis le départ de son créateur, Jean-Louis Borloo, en 2014, lui qui avait jeté l’éponge après une grave maladie mais aussi par l’impossibilité de gérer efficacement la formation qu’il avait créé en 2012.
Car, comme le dit son président, Jean-Christophe Lagarde, «Le travail ne manquera pas» mais peut-être pas dans le sens qu’il le pense.
Bien entendu, la participation ou non à la présidentielle avec un candidat du parti va être un débat houleux dans les semaines à venir, jusqu’au congrès du 20 mars qui décidera (définitivement?) de la question.
Ce qui est une situation inédite dans un parti qui se veut indépendant, c’est que nombre de ses leaders ont déjà annoncé leur choix de défendre un candidat extérieur à leur formation avant même que le principe ou non d’une participation à la présidentielle soit prise.
Si Hervé Morin, François Sauvadet et Maurice Leroy ne veulent pas d’un candidat UDI sans pour autant, pour l’instant, soutenir une personnalité, ce n’est pas le cas de Jean-Guy de Courson et de quelques autres qui affichent leur soutien à Alain Juppé ou d’Yves Jégo qui, lui, s’est rangé derrière Bruno Le Maire.
Quant au président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, il refuse de dire ce qu’il pense après s’être fait élire à la tête du parti en promettant que celui-ci aurait son candidat indépendant en 2017.
On comprend bien, dès lors, que la question présidentielle (y aller seule ou participer d’une manière ou d’une autre à la primaire LR dont le premier tour se tiendra le 20 novembre et qui sera alors pompeusement et faussement rebaptisée «de la Droite et du Centre») recèle potentiellement l’implosion et la disparition de la formation centriste qui, rappelons-le est une confédération permettant à chacune de ses composantes de claquer la porte quand elle le veut.
Mais au-delà des clivages réels sur cette participation ou non, qu’ils soient politiques ou personnels, ils ne seront que la façade publique de la possible séparation.
Car l’UDI est tout sauf unie.
La question des finances du parti en est la preuve éclatante.
Alors que la confédération est exsangue, ses composantes, dont la principale, le Nouveau centre dirigée par Hervé Morin, adversaire acharné de Jean-Christophe Lagarde, refusent de renflouer les caisses, pire de payer les sommes qu’elles doivent à l’UDI.
Ainsi, toute opposition de quelque nature et intensité qu’elle soit, est un moyen de marquer ses différences, de s’attaquer et d’avoir un prétexte de se quitter.
Ce qui est remarquable dans ce contexte n’est pas que l’UDI fonctionne mal mais qu’elle existe encore.
Cela est sûrement du à l’incapacité d’Hervé Morin et de quelques autres d’avoir pu claquer la porte après l’élection de Jean-Christophe Lagarde à la présidence.
Car, dans leur stratégie, ils comptaient bien dénoncer les irrégularités dans l’organisation du scrutin et dans le vote des militants, notamment en Seine-Saint-Denis, département contrôlé par Lagarde, pour refuser le verdict des urnes et faire scission.
Or, s’il y a bien eu quelques faits de tricherie, ils n’ont pas remis en cause la légitimité de l’élection de Jean-Christophe Lagarde.
De même, aucun mouvement chez les militants n’a pu être pris comme prétexte pour casser la confédération.
Hervé Morin ne pouvait donc s’en aller sauf à être le mauvais joueur et risquer son crédit d’homme politique déjà écorné par sa fausse candidature à la présidentielle de 2012 et son inexistence dans les sondages.
Evidemment, ce n’est que partie remise et les débats internes de 2016 porteront en eux-mêmes toutes les possibilités du passage à l’acte pour Morin.
On le voit déjà avec ses déclaration tonitruantes à propos de la présidentielle où, avec emphase, il a affirmé que «L'union de la droite et du centre derrière un candidat au premier tour n'est pas simplement une nécessité. C'est un devoir».
Déclaration qui est à rapprocher de ses propos révélés par RTL, selon lesquels si Jean-Christophe Lagarde se présente à la primaire de LR, il ne votera pas pour lui!
Dans le même temps, Le site internet de la radio publie une lettre au ton solennel (lire ici) qu’il a adressée à Lagarde en le vouvoyant dans lequel il lui «soumet» un agenda pour négocier la présence de l’UDI à la primaire de LR avant même que le congrès de la formation centriste qui doit déterminer sa position par un vote démocratique de ses militants n’ait eu lieu…
Et, toujours selon RTL, un proche de Morin aurait déclaré «Si Alain Juppé est candidat, il avale le centrisme. Il est tellement centro-compatible qu'il n'y aurait plus d'intérêt à un parti centriste».
C’est dire si le Nouveau centre est prêt à faire ses bagages pour quitter l’UDI, voire pour rejoindre LR si Juppé gagne la primaire.
Bien sûr, tous ces propos seront certainement démentis officiellement mais ils sont tellement en phase avec le comportement d’Hervé Morin et de ses amis que s’ils ne les ont pas prononcés, ils les pensent fortement.
Pourtant, la logique milite pour, si ce n’est le développement, au moins le maintien vie de l’UDI jusqu’à la présidentielle.
Principalement parce que si les centristes qui la composent veulent peser d’une manière ou d’une autre sur cette échéance électorale primordiale, il faut qu’ils soient unis pour avoir une force politique suffisante pour pouvoir la négocier à un moment donné ou à un autre avec la Droite.
Si demain Hervé Morin claque la porte, il se retrouvera, certes, en tant que président du Nouveau centre, libre de négocier son ralliement avec Les républicains.
Mais il ne vaudra pas grand-chose en terme électoral et d’influence vis-à-vis de l’électorat centriste.
Même chose pour toutes les autres composantes de l’UDI.
Dès lors, si la raison l’emporte (mais chez les centristes ce n’est jamais écrit), tous les partis de la confédération devraient encore faire un bout de chemin ensemble.
Pour autant, on imagine mal, à l’heure actuelle, nombre de ses leaders cohabiter dans la même formation politique sur le long terme.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery

Directeur des études du CREC

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