mercredi 23 mars 2016

Présidentielle 2017. Est-ce vrai que la Droite ne peut gagner sans le Centre?

Selon les leaders centristes, Jean-Christophe Lagarde en tête dont c’est un des slogans favoris qu’il ressort systématiquement dans ses interviews, la Droite ne pourrait gagner en 2017 sans le Centre, sous-entendu, LR a absolument besoin des voix UDI pour s’imposer.
Cette affirmation n’est malheureusement étayée par aucune réalité électorale, ni sondagière.
Ainsi, si le candidat LR serait Alain Juppé, cas de figure le plus probable actuellement, celui-ci n’a besoin ni des voix UDI, ni même des voix MoDem que lui offre Bayrou, au premier tour pour s’imposer devant le candidat de gauche et être le vainqueur au second tour.
Les sondages qui ont testé le cas de figure où Alain Juppé et François Bayrou seraient tous les deux concurrents au premier tour accordent, comme celui réalisé par IPSOS pour le Cevipof de Sciences Po Paris et Le Monde en janvier dernier, autour de 8% au président du Mouvement démocrate et plus de 30% au maire de Bordeaux.
Si l’on remonte dans le temps, il est évident que la candidature de François Bayrou en 2012 avec près de 10% des voix au premier tour n’a eu aucune conséquence sur la présence de Nicolas Sarkozy au second, ni même de sa défaite face à François Hollande.
Et si l’on remonte à 2007, le score de 18,57% de François Bayrou au premier tour n’a pas eu d’incidence sur la victoire de Nicolas Sarkozy, puisque le président de l’UDF d’alors n’avait pas appelé à voter pour le candidat de l’UMP d’alors.
Depuis le début de la V° République et l’alliance Droite-Centre, le seul cas où un centriste a devancé un droitiste à la présidentielle se déroulé en 1974 avec la victoire de Valéry Giscard d’Estaing sur Jacques Chaban-Delmas.
Et la seule fois où dans ce duo, un candidat en a fait perdre un autre, s’est déroulé en 1981 où Jacques Chirac (Droite) a fait perdre Valéry Giscard d’Estaing (Centre), celui-là même qui avait permis la victoire de ce dernier sur Chaban-Delmas sept ans plus tôt!
On le voit, c’est plutôt la Droite qui peut être faire perdre le Centre et non le contraire.
Mais si l’on prend le cas de figure où Alain Juppé se voit confronter à un candidat UDI (avec François Bayrou qui soutient Juppé).
Dans les rares sondages où a été testée la présence d’un candidat UDI, celui-ci est autour de 1% des intentions de vote.
On peut lui ajouter environ un gros tiers d’électeurs de François Bayrou (par rapport aux sondages actuels) qui préfèreront choisir un candidat centriste indépendant.
On aurait un candidat UDI autour de 5% au maximum ce qui n’aurait aucune incidence sur la présence de Juppé au second tour.
Evidemment, les choses seraient un peu différentes si le candidat LR était Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Bruno Le Maire.
Si faire une projection avec les deux derniers relèvent encore de la fiction politique (mais les choses évoluent vite en politique), on peut tenter d’en faire une avec Nicolas Sarkozy.
Il est évident que s’il est le candidat LR à la présidentielle, il sera à la bataille avec François Hollande (ou le candidat PS) pour être présent au second tour face à Marine Le Pen.
Rappelons que dans le cas où il est le vainqueur de la primaire de la Droite, il aura face à lui François Bayrou qui devrait obtenir autour de 12% des voix.
Si l’UDI ne soutient pas Bayrou mais présente un candidat, par exemple Jean-Christophe Lagarde, alors on peut supposer qu’il pourra obtenir entre 1% et 2% des voix.
Dès lors, les candidatures Bayrou+Lagarde pourrait avoisiner au mieux les 15% et empêcher Nicolas Sarkozy d’être au second tour.
Même chose mais avec une moindre probabilité si la candidature de François Bayrou est soutenue par l’UDI.
La constatation est donc assez claire, l’UDI n’a pas la capacité à empêcher Alain Juppé d’être présent au second tour, c’est-à-dire le favori incontestable de la primaire de LR.
Elle peut l’avoir pour Nicolas Sarkozy – qui a peut-être encore la capacité de barrer la route à Juppé – mais cela demeure malgré tout hypothétique, la présence de Bayrou étant un danger beaucoup plus important pour l’ancien président de la république que celle d’un candidat UDI.
Or donc, la menace de Jean-Christophe Lagarde de présenter un candidat UDI n’est pas crédible face à la présence d’Alain Juppé comme représentant de LR, c’est-à-dire par rapport à l’hypothèse la plus probable actuellement.
Cette menace aurait plus de poids si Nicolas Sarkozy est le candidat de LR mais rien ne permet de dire que le parti de droite aurait besoin de la confédération centriste pour passer le premier tour.
Et pour les législatives qui suivront la présidentielle, rien ne permet également de prétendre que sans un accord avec l’UDI, LR n’obtiendrait pas la majorité à l’Assemblée nationale.
En revanche, on peut supposer que le nombre de députés centristes (MoDem et UDI) serait certainement inférieur à dix dans ce cas de figure.

Alexandre Vatimbella




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