samedi 26 décembre 2015

Présidentielle 2017. La pèche aux voix centristes a commencé dès 2015

Pour espérer être au second tour de la présidentielle en l’état des sondages (tous ceux réalisés en 2015 disent la même chose) les candidats du PS et de LR auront besoin des voix centristes dès le premier tour.
Tout comme évidemment un hypothétique candidat centriste, que ce soit François Bayrou et/ou un candidat venu de l’UDI.
Si François Hollande (candidat socialiste le plus probable) peut toujours rêver faire l’unité à gauche (allant de l’extrême-gauche au centre-gauche) qui pourrait lui donner plus de 30% des voix, ce n’est pas le cas du candidat LR (Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé) qui auront besoin des voix centristes pour arriver en deuxième position au soir du premier tour.
Mais, si l’on est réaliste, il serait étonnant qu’Hollande puisse faire l’union autour de sa candidature à gauche, ce qui fait qu’il aura également besoin des voix centristes.
Bien sûr, les deux stratégies («à gauche toute» et le «recentrage») sont encore sur la table et les hésitations du Président de la république à en choisir une en dit long sur le côté aléatoire des deux possibilités qui s’offrent à lui.
Surtout, le choix d’une des deux stratégies répond à celui qui sera en face d’Hollande.
Si c’est Nicolas Sarkozy, récupérer une partie des voix à gauche du PS semble possible tellement la détestation de ce dernier est un puissant ciment pour l’ensemble de la Gauche.
Dès lors, pas besoin de faire une union de la Gauche (qui se fera naturellement) et il vaut mieux draguer les électeurs du Centre qui, eux aussi, n’ont guère de sympathie pour le président du parti de la Droite, comme le montrent les sondages, afin de sécuriser sa présence au second tour.
Si c’est Alain Juppé, en revanche, il semble difficile qu’Hollande récupère les voix centristes.
Son salut passera par un virage à gauche et une union de toutes les forces de Gauche s’il veut être au second tour.
Bien entendu, le fait que la primaire de la Droite ne sera organisée que fin 2016 complique le choix de l’une ou l’autre des stratégies, risquant de brouiller le message, à la fois, pour les électeurs de la Gauche et ceux du Centre.
Du coup, tout au long de 2015, l’ensemble des candidats sérieux (sauf celle du Front national mais rien n’est à écarter en 2016 et surtout en 2017, si la nécessité s’en fait sentir) ont dragué l’électorat centriste tout en prenant systématiquement distance vis-à-vis du Centre, Alain Juppé se croyant obligé de déclaré qu’il n’était pas centriste alors que personne ne lui avait rien demandé tandis que Nicolas Sarkozy se gaussait des prétentions des centristes et que François Hollande célébrait à périodes répétées les valeurs de gauche.
Pour la Droite, cette chasse aux voix centristes est passé évidemment par des accords électoraux avec les partis centristes avec une générosité étonnante, très critiquée par ses amis, de Nicolas Sarkozy, surtout pour les régionales, à charge de revanche, cela va de soi.
Pour la Gauche, il s’agit plutôt, pour l’instant, de dénoncer les dérives droitières de LR et de promouvoir les positions sociales-réformistes et sociales-libérales de Manuel Valls et de son ministre de l’Economie, Emmanuel Macron.
Ce sera utile si l’on choisit la stratégie de recentrage.
Mais la bonne nouvelle pour le PS et François Hollande est venue des derniers sondages qui montrent que si le président sortant ne suscite pas une grande appétence pour sa candidature en 2017, son prédécesseur, Nicolas Sarkozy, est encore plus rejeté par les Français!
Et, pour la première fois depuis longtemps, un sondage a donné François Hollande devant Nicolas Sarkozy au premier tour puis vainqueur de Marine Le Pen au second.
Voilà qui est évidemment le scénario rêvé à l’Elysée et le cauchemar de le rue de Vaugirard (siège de LR).
Bien entendu, les choses seront bien différentes si Alain Juppé est le candidat de LR (et sans doute de la Droite et du Centre réunis dès le premier tour).
Comme nous l’avons vu plus haut, il faudra alors délaisser l’espace centriste pour Hollande et se tourner vers l’ensemble de la Gauche.
Reste le ou les candidats du Centre.
Si François Bayrou se présente, il fera le plein au moins 9 à 10%, c’est-à-dire le total des voix centristes qui se portent quasi-automatiquement sur son nom, d’autant que ce sera contre Nicolas Sarkozy et François Hollande.
Néanmoins, il devrait perdre une partie des voix de ses électeurs potentiels de centre-gauche qui voudront faire barrage à Nicolas Sarkozy et une partie, moindre, de ceux de centre-droit qui voudront favoriser le candidat de la Droite.
Son discours, tout au long de l’année a donc été de rassurer son électorat traditionnel centriste tout en tentant de l’élargir, sans résultat pour l’instant.
Dans le cas où Jean-Christophe Lagarde (ou une autre personnalité) se présenterait sous l’étiquette de l’UDI, il est difficile de savoir qui voterait en sa faveur actuellement faute de sondages sur le sujet.
Cependant, il serait faux de croire que cette candidature serait vouée au désastre et au 1% d’intentions de vote qu’Hervé Morin (alors président du Nouveau centre) obtenait dans les sondages en 2012.
Lagarde, même s’il est encore un inconnu pour beaucoup de Français, a réussi à acquérir un certain statut médiatique qui pourrait lui permettre de s’attacher une grande partie de l’électorat centriste qui constituerait alors sa rampe de lancement.
Quoi qu’il en soit, tous ces candidats se détermineront en grande partie, dans les mois qui restent avant la présidentielle par rapport à l’électorat centriste et à la manière de se l’attacher et à la capacité de le faire.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC


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