lundi 3 décembre 2018

Actualités du Centre. «La majorité, ce n’est pas un syndicat de défense du pouvoir»: Bayrou en rajoute une couche

François Bayrou
Une majorité en matière politique, c’est celle, composée d’un parti ou plusieurs qui détiennent le plus de sièges au Parlement (en France, à l’Assemblée nationale) ainsi que de personnalités indépendantes, voire d’autres organisations, qui soutient le pouvoir en place, qui est solidaire de celui-ci et qui le défend.
Et bien, pour François Bayrou, pas du tout!
Lors d’une interview à Europe 1, le président du Mouvement démocrate qui s’était déjà fait remarqué quelques jours auparavant en expliquant, parlant du gouvernement et plus particulièrement du premier ministre, Edouard Philippe, qu’«on ne gouverne pas contre le peuple», affirme désormais que «la majorité, ce n’est pas un syndicat de défense du pouvoir» et  en rajoute donc une couche sur sa solidarité pour le moins conditionnelle à l’exécutif.
Ces propos viennent en complément de nombre d’articles où l’on apprend tout le mal que Bayrou pense de ce même Edouard Philippe, toute la frustration qui l’anime encore après la victoire d’Emmanuel Macron qui aurait du être, selon lui, la sienne, et le dépit de ne pas avoir été nommé premier ministre, poste qui devait, toujours selon lui, légitimement lui revenir.
Rappelons que le centriste s’est fait une spécialité dans les propos «off» et que tout ce que l’on vient d’écrire, il le dit à ses interlocuteurs, notamment les journalistes, pour ensuite prétendre que ce sont les inventions médiatiques (ce qui arrive mais est rarement le cas…).
On se demande, encore une fois, quels sont les desseins personnels du président du MoDem.
Il peut s’agir de se présenter en recours pour le poste de Matignon tout comme il peut s’agir de se démarquer d’un pouvoir actuellement en difficultés afin de se préserver en jouant sur deux tableaux, une sorte de solidarité dans la critique ou de critique dans la solidarité, être dedans et dehors en même temps.
La première possibilité montre qu’il est toujours à la recherche de son destin politique, la deuxième qu’il pourrait manquer de ce courage politique qui fait les hommes d’Etat.

Extraits de l’interview:
François Bayrou: Il y a une triple revendication (des gilets jaunes): il y a un premier élément autour des taxes du carburant – c’est de là que le mouvement est parti. Il y a un deuxième élément qui est un élément qui tient à la situation sociale, aux difficultés qui sont celles des bas salaires, des retraites, d’un sentiment de décrochage de la part d’une partie des Français qui est réelle et qui doit être naturellement prise en compte. Et il y a une troisième chose qui est: on veut être entendus. Je crois qu’en effet, il faut répondre autant que possible et Dieu sait que ce n’est pas facile.
- On ne leur répond pas jusqu’à présent?
François Bayrou: Pour l’instant, c’est sans doute des réponses qui soit sont insuffisantes, soit ne sont pas encore trouvées.
- Edouard Philippe doit recevoir des représentants des gilets jaunes. Quels sont vos conseils ? Les mesures jusque-là annoncées sont-elles suffisantes?
François Bayrou: Vous savez bien que ce n’est pas exactement mon sentiment encore que je sache que la tâche du Premier ministre n’est pas facile. Le mouvement que nous avons sous les yeux vient de très loin. Mon sentiment, c’est qu’on doit prendre en compte une question qui est l’acceptabilité des décisions qu’on prend. Les charges, les taxes que l’on indique, est-ce qu’elles sont supportables par ceux à qui on les inflige.
- Vous avez demandez un moratoire la semaine dernière, vous réclamiez un moratoire sur la hausse des carburants. Si le gouvernement vous avait écouté, vous croyez que cela aurait apaisé la colère des gilets jaunes?
François Bayrou: Je ne crois pas aux solutions simples et qui résolvent tout donc je ne suis pas en train de vous dire que j’avais la clé, une baguette magique, parce que ce ne serait pas du tout à l’échelle de ce que nous sommes en train de vivre. Je pense qu’il y a une question: c’est qu’à un moment, on ne peut pas gouverner contre le peuple et qu’il faut de ce point de vue-là, ne pas ajouter des charges aux charges. Il y a un moment où il faut dire: il faut stabiliser les charges ou les prélèvements qu’on impose aux gens. Il y a une deuxième chose, c’est qu’on est devant une question de modèle. C’est la société tout entière qui est interrogée et même prise à partie par ceux qui sont en train de manifester et qui disent: c’est une société dans laquelle nous, on a pas de place, comme consommateurs car la vie et chère et on a pas de place comme citoyens; on ne nous écoute pas on ne nous entend pas. Et ces trois éléments-là, les charges immédiates, le modèle de société et le modèle démocratique, ces trois éléments-là méritent une réponse mais ça ne peut pas se faire du jour au lendemain.
- Et est-ce que ça peut se faire – même si je sais que vous ne voulez pas diviser davantage – avec Edouard Philippe à Matignon, Gérald Darmanin et Bruno Le Maire aux finances, aux comptes publics, des postes clés tenus par des hommes venant de la droite: est-ce que ce n’est pas pour cela qu’il n’y a pas de fibre sociale?
François Bayrou: Je ne crois pas que ce soit une question d’étiquette. Mais vous savez bien - puisque c’est un débat que nous avons depuis des mois - que je pense qu’il ne peut pas y avoir en 2018, 2019, 2020, un projet politique qui ne soit pas en même temps un projet qui prenne en compte l’attente sociale. C’est impossible parce que tout va ensemble. Vous voyez bien lorsqu’une société se fracture comme la nôtre depuis 30 ans – j’entends des responsables politiques qui font des remontrances, qui donnent des leçons et qui ont été aux responsabilités il y a très peu de temps - vous voyez bien que cette question de l’unité de la société de la cohésion de la société, c’est la question la plus importante y compris pour notre production et notre économie.  
- Vous évoquiez les divisions dans cette majorité. Dans le Canard enchaîné, on peut lire cette semaine, qu’Edouard Philipe vous qualifierait d’«emmerdeur». Vous êtes le gilet jaune de la majorité?
François Bayrou: Non, je n’emploie pas des phrases de cet ordre. Ce que je sais c’est que l’écho de ce qui se passe dans le pays, des inquiétudes qui sont celles de nos concitoyens, nos amis d’enfance, de jeunesse et qui sont autour de nous puisque on est en Béarn ici, cette voix-là doit être relayée y compris à l’intérieur de la majorité. La majorité, ce n’est pas un syndicat de défense du pouvoir. La majorité, c’est l’expression du pays dans ce qu’elle doit, qu’elle a, dans ce qu’elle doit avoir de plus authentique. Si je suis cette voix-là, je ne crois pas que ce soit un moins. Je pense que c’est un plus pour la majorité.



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