mardi 9 mars 2021

Une Semaine en Centrisme. Proportionnelle: la défaite programmée de Bayrou est une claque politique qui risque de percuter la majorité

François Bayrou

Emmanuel Macron n’a rien cédé et François Bayrou a perdu la partie, c’est sans doute la conclusion que l’on devra tirer de la campagne menée par le président du Mouvement démocrate pour contraindre le président de la république à faire adopter une loi pour introduire la proportionnelle ou une dose de proportionnelle lors des prochaines législatives de 2022.

Malgré les pressions, surtout par le biais d’une voie médiatique utilisée sans subtilité mais également sans réelle efficacité, le MoDem n’a pas réussi à changer la donne, en tout cas avant la présidentielle de l’année prochaine.

Même si dans le camp de LaREM un certain nombre de députés se sont déclarés en faveur de l’introduction d’une dose de proportionnelle immédiatement, le courant dominant est plutôt dans le parti présidentiel de repousser cette promesse de campagne d’Emmanuel Macron au prochain quinquennat.

Il reste encore une chance minime de voir inscrire les deux propositions de loi (ou l’une d’entre elles) déposées par Patrick Mignola, le président du groupe MoDem à l’Assemblée nationale, être inscrites au calendrier des travaux des députés mais il faudrait qu’un vote ait lieu au Parlement au plus tard en juin puisque passer cette date il ne sera plus possible de modifier la loi électorale pour les élections de 2022.

La stratégie adoptée par le président de la république, le gouvernement et LaREM, c’est-à-dire à ne pas fermer la porte sans l’ouvrir, semble donc avoir fonctionné parfaitement, enfermant François Bayrou dans une impasse dont il lui est très difficile de sortir sans provoquer un clash qui serait désastreux pour la majorité présidentielle.

Mais, au-delà d’un échec sur la proportionnelle, l’absence de changement de la loi électorale serait pour le Haut-commissaire au Plan une défaite politique cuisante parce qu’elle montrerait son peu de pouvoir dans cette même majorité, surtout que sa soi-disant proximité avec Emmanuel Macron, qu’il est le seul des deux hommes à étaler sans cesse dans les médias, est à tout le moins très exagérée.

C’est donc son statut et sa stature politique qui est en jeu dans cette bataille que le centriste à lui-même initiée pour tester son influence politique qu’il pensait plus importante, notamment depuis que La république en marche a perdu la majorité absolue à l’Assemblée nationale et que le Mouvement démocrate s’est renforcé grâce aux transfuges venus de la première nommée.

Même si Emmanuel Macron fera sans doute un geste ou une déclaration pour sortir son allié de cette impasse pour lui éviter le ridicule et une animosité qui pourrait avoir des conséquences pour les élections générales de 2022, la défaite politique sera bien là, in fine.

Parce que, de toute façon, même si par extraordinaire, une proposition devait être discutée, l’opposition du PS et de LR à la proportionnelle enliserait les discussions notamment en la faisant passer pour une tentative politicienne de sauver les meubles de la majorité présidentielle comme ce fut le cas en 1986 avec l’introduction de la proportionnelle intégrale par François Mitterrand pour éviter la déroute des socialistes.

Un risque que ne veut pas prendre Emmanuel Macron, plus important sans doute que la bouderie de François Bayrou.

Reste que, pour l’instant, les dirigeants du MoDem continuent à mettre la pression et personne ne peut dire avec certitude si cette histoire ne va pas dégénérer, échappant même à ses protagonistes.

Alors, la claque que recevra François Bayrou sera aussi une claque à toute la majorité présidentielle, donc à Emmanuelle Macron.

D’autant que quel que soit sa fin, mise en œuvre ou non de la proportionnelle pour 2022, la critique s’abattra sur le président de la république, soit pour avoir fait adopter un changement de règle un an avant une élection majeure, soit pour n’avoir pas respecté un de ses engagements…

Et l’on se demande si le président du parti centriste a vraiment réfléchi à toutes les implications de son coup politique qui pourraient être désastreuses pour son propre camp.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC

Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC

 

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