dimanche 4 avril 2010

Une semaine en Centrisme: Le centrisme de Barack Obama réforme en profondeur les Etats-Unis


Barack Obama s’est amusé des journalistes. Au cours d’un meeting, il s’est étonné que ceux-ci soient tant dans l’immédiateté, ne laissant pas aux politiques le temps de mettre en place les réformes. Comme si, a-t-il expliqué, le jour où l’on ensemence un champ, on pouvait le moissonner le soir même…

Cette petite vengeance est bien compréhensible tant les médias ont joué aux montagnes russes avec lui. Après l’avoir encensé au-delà de toute mesure, ils ont émis des doutes sur ses capacités, comme s’ils voulaient se racheter d’autant d’obséquiosités, avant d’affirmer qu’il était en réalité un faible, dans un monde de forts et de cyniques, et que sa stratégie politique consensuelle était vouée à un échec cuisant jusqu’à ce que sa réforme de la santé ne soit adoptée et qu’il redevienne une icône politique, un homme politique déterminé qui venait d’accomplir un exploit. Depuis, les commentaires journalistiques oscillent, un jour il redevient l’homme politique brillant et intelligent, le lendemain un président qui demeure dans une position de faiblesse.

Reste le bilan de cette première année de présidence. Dans un contexte de crise économique et financière, devant des républicains qui ont droitisé leurs discours à l’extrême pour plaire à une frange de leur électorat de plus en plus ultraconservatrice et qui ont tout fait pour bloquer toutes les reformes, c’est bien lui, un centriste et sa stratégie centriste à qui l’on doit la plus profonde réforme aux Etats-Unis depuis quarante ans, celle de l’assurance santé. C’est à lui que l’on doit une vision mondiale qui permet, au-delà des péripéties, d’avoir réparé l’image des Etats-Unis totalement détruite à l’étranger par les huit ans de présidence de George W Bush. C’est à lui que l’on doit un plan de relance qui, s’il n’a pas encore donné tous les résultats positifs, a permis d’éviter à l’économie américaine de s’effondrer.

Une des grandes difficultés de Barack Obama est de bien faire comprendre sa façon de gouverner au peuple américain et aux populations mondiales. Sans doute a-t-il présumé de son charisme en la matière. Plus profondément, c’est la nature même de celle-ci qui est d’une compréhension difficile pour les Américains et les autres. Non pas parce qu’elle est compliquée mais parce qu’elle est, en quelque sorte, révolutionnaire. Pour la première fois depuis longtemps, nous assistons à la mise en place d’une politique centriste, c’est-à-dire consensuelle, réformiste, progressiste, équilibrée, qui cherche à réconcilier les Américains entre eux au lieu des les opposer et qui s’appuie sur le réel pour le changer au profit de tous.

Dès lors, les ennemis, non seulement, se trouvent à la droite et à la gauche de Barack Obama mais ils sont particulièrement remontés contre sa vision politique parce qu’ils en ont une très grande peur. Cette dernière a été expliquée par les républicains qui ont estimé qu’une seule victoire du président pourrait bien redessiner le paysage politique pour les prochaines décennies, les rejetant dans l’opposition pour des lustres. Du coup, ils ont dit non à tout de peur qu’un seul oui soit leur hallali. Les démocrates de gauche ne sont pas en reste, eux qui ont failli faire capoter sa réforme de la santé parce qu’elle n’était pas assez radicale.

Oui, Barack Obama essaye de détruire les clientélismes mais avec la méthode douce du consensus. En cela, il est dangereux pour ceux qui en vivent. Et il le deviendra de plus en plus s’il continue sur sa lancée et parvient à réellement réformer en profondeur les Etats-Unis. En cela, l’adoption de sa réforme de la santé est aussi bien une victoire historique que la première pierre d’un édifice qui pourrait aboutir à la construction d’une société plus libre, plus respectueuse, plus tolérante et plus solidaire. Une société centriste.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC

Jean Gripari
Directeur du service international du CREC

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