dimanche 14 décembre 2014

L’Humeur du Centriste. Le Centre doit refuser la banalisation du Front national

Ce n’est pas la «dédiabolisation» du Front national décrétée unilatéralement par Marine Le Pen qui est inquiétante, quelle soit réussie ou non, mais bien la banalisation du parti d’extrême-droite que l’on constate quotidiennement et qui, elle, est une vraie réussite de la famille Le Pen grâce à l’aide des politiques et des médias sans oublier les électeurs du FN.
Depuis les années 1980, lentement mais sûrement le Front national a été intégré dans le jeu démocratique par la volonté d’abord des politiques de gauche et de droite puis par celle des médias.
En banalisant le Front national, en acceptant l’inacceptable, c’est bien sûr à une «décomplexion» de l’appartenance à ce parti et du vote en sa faveur auquel on a abouti.
Il faut se souvenir que lorsque le FN commence à monter en puissance en 1983-1984 grâce, entre autres, à l’aide de François Mitterrand notamment avec l’institution de la proportionnelle aux élections législatives de 1986 afin de mettre des bâtons dans les roues de la Droite, la plupart des hommes et femmes politiques des partis démocratiques refusent encore de débattre avec lui.
De même, les médias refusent d’ouvrir leurs colonnes et leurs antennes aux représentants du FN et les journalistes affirment qu’ils ne seront pas les relais de la propagande d’extrême-droite.
Quant aux électeurs du FN, le plus souvent honteux, ils se cachent, refusent de répondre aux sondages, voire mentent sur leurs votes.
A l’époque, on n’oublie pas, comme maintenant, que le fondateur du Front national est un populiste démagogique violent qui s’est encarté extrême-droite afin d’avoir un parti à sa dévotion (roulant dans la farine les vrais créateurs du FN), qui fait des «blagues» racistes, xénophobes et antisémites et dont une des activités, à part de s’en prendre parfois physiquement à ses opposants, est de vendre des disques de chants nazis, sans oublier ses condamnations pour «banalisation de crimes contre l’humanité».
De même, on n’oublie pas que le parti est composé de militants brutaux venus de l’organisation Ordre Nouveau professant des thèses fascistes.
Oui mais voilà, petit à petit, l’instrumentalisation du FN et de Le Pen par la gauche et la droite leur donne une visibilité politique et médiatique dont va profiter ce dernier qui ne s’embarrasse guère de nuances pour porter un message de haine et d’exclusion, là où les partis démocratiques sont obligés de jouer l’explication de la complexité du monde.
Et puis, devant la montée de ce vote «protestataire», le réflexe politicien de récupération joue à plein avec ces fameuses maximes du genre «le Front national pose de bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses» (dixit Laurent Fabius) ou cette volonté de ne pas marginaliser ou stigmatiser les électeurs du FN qui sont de «bons» Français uniquement trompés et déboussolés que l’on aimerait bien séduire pour gagner les élections: «Je veux qu'on arrête de caricaturer, stigmatiser, exclure des électeurs qui sont des Français» (dixit François Fillon).
Un réflexe qui a permis à l’extrême-droite et à ses leaders mais aussi à ses militants et à ses électeurs de parader et de ne plus souffrir d’aucun complexe.
Voilà sans doute le plus inquiétant puisque cela signifie aussi, comme on le voit quotidiennement dans les médias, que le FN est devenu un interlocuteur légitime du débat démocratique sans même que, la plupart du temps, il soit fait allusion à l’idéologique qui sous-tend son action et son discours.
Il est temps que les centristes qui sont, à part quelques brebis galeuses, les opposants les plus déterminés des thèses du FN de par leur attachement à la démocratie libérale, à la solidarité, à la tolérance et à l’ouverture au monde et qui défendent une Europe fédérale de paix et de progrès, marginalisent à nouveau un parti qui aurait dû toujours demeurer dans les marges marécageuses de la démocratie.
Demain, avec la présence de plus en plus plausible de Marine Le Pen au deuxième tour de la présidentielle de 2017, l’arrivée de nouveaux députés à l’Assemblée nationale et l’augmentation des élus à tous les échelons territoriaux, la banalisation se poursuivra grâce aussi à un discours lénifiant des responsables FN alors que les fondamentaux extrémistes demeurent.
Refuser la banalisation du Front national et lutter pour le renvoyer dans les limbes de son idéologie destructrice des valeurs de la démocratie républicaine est un devoir des démocrates, au premier rang desquels doivent absolument se trouver tous les centristes.

Centristement votre.

Le Centriste


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