vendredi 12 février 2016

Une Semaine en Centrisme. Un nouveau gouvernement peu social-libéral

Valls, Hollande, Macron
C’était sans doute couru d’avance.
A un peu plus d’un an de la présidentielle, il faut réunir son camp (quitte ensuite à s’ouvrir dans la dernière ligne droite) et c’est ce qu’à fait François Hollande avec le remaniement ministériel du 11 février.
Pas d’ouverture vers les centristes, qui n’était pas à l’ordre du jour mais, en revanche, une gauchisation évidente de l’équipe gouvernementale.
Certes, pas à gauche toute mais vers une social-démocratie à l’ancienne et non vers plus de social-libéralisme à la Emmanuel Macron et pas vraiment non plus vers le social-réformisme de Manuel Valls.
C’est donc une certaine distance qui est mise par rapport à cet axe central (allant des gaullos-réformistes de droite aux sociaux-réformistes de gauche en passant par les libéraux sociaux du Centre et les sociaux-libéraux) dont les Français demandent la concrétisation dans les sondages.
L’entrée dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, d’Emmanuelle Cosse et de quelques autres – même la présence du président des Radicaux de gauche, Jean-Michel Baylet – est plus dans une tradition socialiste française à la François Mitterrand du premier septennat, de 1981 à 1988, un certain retour à la «gauche archaïque» pourfendue par Michel Rocard dans les années 1970-1980.
Bien sûr, il s’agit d’un pari politique de François Hollande.
Au-delà d’une critique venue de tous les bords sur l’aspect politicien du remaniement – Jean-Christophe Lagarde (UDI), parlant de «placement des petits copains»  – il est plus intéressant de se demander si la stratégie adoptée peut fonctionner.
Rappelons que celle-ci est d’abord une constante en politique avant chaque scrutin d’importance: réunir son camp, en l’occurrence, ici, la gauche socialiste et ses alliés plus ou moins fidèles de ces dernières années, les Radicaux de gauche et les écologistes sociaux-démocrates ou sociaux-libéraux.
Réunir ce «noyau dur» permet de montrer que l’on est uni, que l’on forme un bloc difficile à bouger pour les contestataires (frondeur du PS et gauche radicale) et que l’on est bien à gauche.
Une stratégie mitterrandienne qui a fait ses preuves.
Et, en 2017, ceci est d’une importance sans doute jamais aussi grande depuis le début de la V° République car le match se fera selon toute vraisemblance à trois, le candidat de droite, le candidat de gauche et le candidat d’extrême-droite.
Comme le dernier nommé, Marine Le Pen, puisqu’elle vient d’ailleurs d’annoncer sa candidature, est pratiquement sûr selon les sondages de se retrouver au second tour, il reste une place.
Le pari de Hollande est que celui qui la gagnera, sera celui qui réunira son camp surtout sur la peur que ce soit le candidat de l’autre bord qui l’emporte.
Car, dans son souhait le plus ardent, il espère que le candidat LR sera Nicolas Sarkozy, personnalité clivante à l’extrême et qui est un repoussoir pour la quasi-totalité des électeurs de la Gauche mais aussi pour une grande partie de ceux du Centre.
Dès lors, réunir la Gauche en entier en marginalisant les autres candidatures venues de ce camp au motif qu’elles pourraient permettre à Sarkozy de se qualifier pour le second tour puis de l’emporter et de revenir à l’Elysée sera une tâche pas insurmontable, loin de là, qui pourrait donner les résultats escomptés.
Dans le même temps, même s’ils ne votent pas pour Hollande, les électeurs centristes pourraient se reporter sur d’autres candidats que l’ancien président de la république, lui faisant perdre des points cruciaux.
Quant au deuxième tour face à Marine Le Pen, le réflexe républicain devrait encore fonctionner en 2017, réflexe qu’il s’agira de dynamiser quelque peu avec des promesses œcuméniques au bon moment.
Battre un Sarkozy peu aimé au premier tour et une Marine Le Pen repoussoir au second, c’est sans doute la seule chance de l’emporter de François Hollande mais elle existe réellement.
Du coup, le social-libéralisme d’Emmanuel Macron masi également le social-réformisme de Manuel Valls sont les grands perdants de ce remaniement.
Non pas qu’ils soient éliminés (Valls est toujours le Premier ministre et Macron toujours le ministre de l’Economie) mais ils ne sont pas promus alors même que les deux personnalités qui les portent sont celles qui sont en tête des baromètres de popularité à gauche.
D’ailleurs, il aurait été difficile de s’en passer puisque les sondages montrent que les sympathisants socialistes soutiennent majoritairement la ligne politique, et de Macron, et de Valls.
Evidemment, pour que le pari réussisse, il faudra quelques résultats au niveau des politiques suivies, essentiellement en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme ainsi qu’en matière économique, particulièrement dans la création d’emplois.
On peut penser qu’une attaque terroriste sanglante ou une croissance atone avec augmentation du chômage, deux éventualités que l’on ne peut écarter et qui ressortent de l’environnement international de la France mais également de ses faiblesses actuelles, sonneront l’hallali d’un deuxième quinquennat de François Hollande.
Ce qu’il y a de plus paradoxal, c’est que les réussites des politiques du nouveau gouvernement ne se feront qu’en suivant les lignes sociale-libérale et sociale-réformiste d’Emmanuel Macron et de Manuel Valls et non dans un retour aux vieilles et mauvaises recettes du socialisme à la française auquel la nouvelle équipe de ministres fait plutôt penser.
En s’éloignant du Centre en apparence, François Hollande ne peut espérer son salut que par une politique de plus en plus centriste.
Comme en sont temps, son maître et mentor, François Mitterrand...

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC


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