jeudi 2 février 2017

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. La post-vérité, Trump et l’affaire Fillon

Nous nous sommes autant gaussés qu’inquiétés par la tournure prise par la campagne électorale américaine qui a permis à un menteur pathologique de s’installer à la Maison blanche.
Grâce à un mur d’allégations et de mensonges couplé à une victimisation où tout le monde était accusé, dont évidemment les médias, Donald Trump a réussi à surfer sur des affaires qui auraient du le couler en deux temps trois mouvements.
Oui, disaient les biens pensant de chez nous et les critiques acerbes de ces Etats-Unis décidément excessifs en tout, tout cela ne viendra pas ici, nous ne sommes pas des rednecks (pèquenots) américains.
Ils parlaient de cette ère de la post-vérité où l’on peut nier la réalité et inventer des faits sans vergogne avec un soutien indéfectible de son camp idéologique et contre toute évidence, notamment des «contrôleurs de faits» («fact-checkers» en anglais) ou des preuves qui s’accumulent.
Rappelons que la post-vérité a été promu «mot de l’année» par le très estimé Oxford dictionnary qui le définit comme une situation où «les circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence sur l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux croyances personnelles».
Mais que nous dit justement à ce sujet le «Pénélope Gate» ou l’affaire Fillon?
Voici un homme politique français, François Fillon, qui nie face à toutes les évidences, la réalité en inventant une «vérité alternative», celle-là même que le clan Trump met en avant aux Etats-Unis à chaque fois qu’il ment, où le blanc devient le noir, le haut, le bas, la gauche, la droite, la réalité, la fantasmagorie, un travail fictif, un vrai emploi...
Et, dans le même temps, ses sbires les plus loufoques ou dangereux, tentent d’allumer des contre-feux en attaquant tous azimuts les ennemis désignés à la vindicte populaire, de la presse aux ordres au pouvoir en place en passant par les autres candidats à la présidentielle et, en particulier, Emmanuel Macron, celui qui s’envole dans les sondages.
Le tout en espérant que les Français passeront l’éponge ou oublieront, que tout sera broyé dans une bouillie informe et que l’affaire sera, in fine, noyée dans l’afflux d’informations en continue.
En tout cas que son camp, en l’occurrence les sympathisants LR, fera bloc derrière son champion en privilégiant ce qui fait le succès de la post-vérité, l’émotion à la réalité, l’affectif aux faits.
C’est pour cela que François Fillon réclame ces fameux quinze jours car, dans ce laps de temps, Trump a réussi à chaque fois à détourner l’attention des électeurs des affaires qui devaient le plomber.
Bien sûr, tout cela est contraire à cette démocratie républicaine que le Centre défend bec et ongle.
On ne peut être que consterner et écœurer, dès lors, de voir quelques personnages se disant centristes monter au créneau pour défendre l’indéfendable alors qu’ils feraient mieux de défendre l’honnêteté en politique.
C’est la raison pour laquelle les centristes, les vrais, doivent dire non à la manipulation de la réalité, non à l’enfumage de ceux qui tentent de couvrir des faits moralement inacceptables et oui à une démocratie républicaine capable de rejeter ces éléments qui menacent ses fondements les plus profonds.
Quant aux Français, qu’ils prennent garde à ne pas se retrouver demain avec un clone de Trump au pouvoir qu’il s’appelle Le Pen et, désormais, Fillon.


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