samedi 1 août 2020

Une Semaine en Centrisme. Commissariat au plan: pourquoi Bayrou tient tant à diriger ce «machin»?

François Bayou

Il n’aura aucun pouvoir exécutif, il ne pourra être autonome et son travail risque de n’être qu’une longue liste de rapports et de recommandations qui comme tous les rapports et recommandations finiront dans des tiroirs après avoir été encensés.
Mais pourquoi donc François Bayou veut-il devenir le chef d’un «machin» comme le Commissariat au plan recréé (ou plutôt revitalisé puisqu’il existe déjà un organisme de prospective au sein de l’administration, France stratégie qui, à ses débuts, s’appelait Commissariat au plan…)?
Parce qu’il pense que celui-ci sera une tribune politique et médiatique qui lui permettra de dire ce qu’il pense de bon pour le pays, que ses propos auront une résonnance particulière auprès de la population et que même il pourra faire pression sur le président de la république et le gouvernement pour faire passer des mesures et devenir, non pas un contrepouvoir, mais une sorte de co-pouvoir.
Cela lui permettra également de démontrer qu’il a bien l’oreille du président et que celle-ci n’est pas distraite voire sourde à ses propos comme le disent certains.
Politiquement, ce poste est donc intéressant pour un François Bayrou qui ne peut se contenter de jouer le sage béarnais qui, du pied de ses montagnes pyrénéennes, délivre de temps en temps la bonne parole, lui, l’homme qui voulait (veut?) devenir président.
Retrouver donc une dynamique politique personnelle bien mise à mal par l’élection d’Emmanuel Macron puis par l’affaire des attachés parlementaires européens du MoDem pour laquelle il a été mis en examen en décembre dernier.
Mais ce poste dont lui-même explique l’importance à ses interlocuteurs, peut également le mener sur une voie de garage dorée où, enfin casé, il sera obligé de rentrer, quoi qu’il en dise, dans le moule de l’équipe qui dirige la France au lieu d’en être, à peu de frais, celui qui lui délivre des conseils, des bons et des mauvais points tout en prétendant parler en tant que gardien de la flamme des valeurs et du programme portés par Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2017, ce qui est actuellement le cas lors de toutes ses interventions dans les médias.
Servir à quelque chose à la tête d’un «machin» qui souvent été le moyen de montrer que l’on s’occupe d’un problème tout en le mettant délicatement sous l’éteignoir, voilà un challenge qui mérite d’avoir toutes les assurances que l’on ne sera pas uniquement une belle potiche qui sera sur les photos tout en comptant pour pain et beurre.
De même, l’Elysée et Matignon doivent également prendre toutes les assurances que le centriste ne va pas utiliser son poste pour s’introniser comme une sorte de guide suprême au-dessus de tous, président et premier ministre compris avec, en plus, une posture de critique de l’action gouvernementale si celle-ci ne va pas dans le bon sens.
Voilà sans doute pourquoi, alors même que début juillet sa nomination était actée, il n’est toujours pas en place au 1er août et que sa prise de fonction ne devrait pas intervenir avant la rentrée.
Car, il faut que Bayrou puisse donner une solennité à son arrivée et que, de l’autre côté, on fasse bien comprendre à l’opinion qu’il y a déjà un président qui préside, un premier ministre et un gouvernement qui gouvernent.
S’il est à souhaiter que ce «machin» serve à quelque chose, on comprend que les principaux intéressés espèrent qu’il ne sera pas une terrible usine à gaz qui polluera l’action gouvernementale en produisant de la division plutôt que du consensus au sein de la majorité.
Parce que cette dernière éventualité n’est pas du tout fantaisiste, elle serait même la plus sérieuse.
Ne pas passer d’une possible donne gagnante-gagnante à un fiasco perdant-perdant en quelque sorte.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC


Aucun commentaire:

Publier un commentaire