dimanche 3 septembre 2017

Une Semaine en Centrisme. Le retour du fantasme du «Grand parti du Centre»

Depuis la victoire d’Emmanuel Macron puis celle de La République en marche aux législatives ainsi que la fragilisation de la Droite, beaucoup de centristes se sont à nouveau mis à espérer en s’emparant une nouvelle fois de l’arlésienne du «Grand parti du Centre» celui qui réunirait tous les centristes et qui serait à même de concurrencer, voire de supplanter, les formations de droite et de gauche avec, à la clé, un souvenir pour le moins enjolivé de feue l’UDF lors de ses plus belles années.
Le constat fait par les leaders de l’UDI et du MoDem est double.
D’une part, la victoire de Macron et celle de LREM est bien celle du Centre.
Mais, en réalité, ni Macron ou LREM ne sont du Centre.
Sans oublier que Macron et LREM vont droit dans le mur à plus ou moins brève échéance.
Conclusion, il y a une place à prendre pour les «vrais» centristes avec un «vrai» parti centriste.
C’est ce que répètent inlassablement depuis juin dernier François Bayrou et Jean-Christophe Lagarde, présidents respectifs du MoDem et de l’UDI.
Mais c’est aussi ce que dit, par exemple, Hervé Morin ou d’autres comme, dernièrement, le maire UDI de Bourges, Pascal Blanc dans une tribune libre dans… l’Obs!
Avant de voir si la constitution d’une telle formation est réalisable, voyons de quoi elle serait faite.
Pour François Bayrou, son noyau dur serait le MoDem et sa désormais quarantaine de députés, avec l’absorption de l’UDI, d’une partie de LREM et le ralliement de membres modérés de LR et du PS.
Pour Jean-Christophe Lagarde, son noyau dur serait constitué d’abord de l’UDI puis de droitistes modérés (en particulier ceux de Les constructifs) avec le ralliement d’une grande partie des troupes du MoDem et le retour au bercail des centristes qui sont allés voir du côté de Macron et de LREM sans oublier, à la marge, de modérés de gauche et de droite.
A part une différence dans le noyau dur – et on en comprend aisément la raison! –, les deux visions sont à peu près identiques même si Bayrou parle de parti du Centre alors que Lagarde parle de parti de centre-droit, ce qui fait qu’il ne débauchera pas autant que cela à LREM et au MoDem.
Et bien sûr, le fait que le parti prôné par François Bayrou serait le fer de lance de la majorité présidentielle alors que celui défendu par Jean-Christophe Lagarde serait la principale formation d’opposition même si cette dernière serait constructive…
En revanche, pour un Hervé Morin et d’autres, le grand parti serait plutôt une alliance uniquement entre le centre-droit et la droite modérée afin de recréer une sorte d’UMP (projet initial de Lagarde mais qu’il a étendu depuis), en tout cas du projet qui avait été à la base de la création de cette dernière.
Quant à la proposition de Pascal Blanc, elle est plutôt celle d’une vision traditionnelle de la réunification de la sphère centriste même si elle se veut «moderne» en empruntant son architecture à tous les mouvements politiques qui se sont créés ces dernières années en Europe comme La République en marche en France.
Ce souhait d’un «Grande parti du Centre» a-t-il néanmoins une chance de devenir réalité?
Au-delà de toutes les tentatives avortées, des échecs cuisants et des calculs politiciens derrière les déclarations d’intention, la création d’une telle formation se heurte à plusieurs obstacles.
Le premier s’appelle LREM qui, évidemment, pour les promoteurs du «Grand parti du Centre» n’est pas centriste.
Or et même si elle réunit au-delà du Centre, La République en marche est bien positionnée, non seulement, au centre mais est principalement du Centre.
Dès lors, créer à côté une formation forte qui se réclamerait, peu ou prou, de la même orientation politique semble difficile.
Sans parler de l’hypothétique débauchage de ses membres dont on ne voit pas pourquoi ils quitteraient un parti qui a la majorité absolue à l’Assemblée nationale pour en rejoindre un autre qui serait loin de l’avoir.
Le deuxième est la faiblesse à la fois du MoDem et de l’UDI.
Même si le Mouvement démocrate a connu une réussite exceptionnelle aux législatives grâce à l’effet Macron, ce n’est qu’une petite formation, sans beaucoup de militants et qui n’est absolument pas sûre de pouvoir réaliser la même prouesse électorale dans le futur.
De même, l’UDI ne vit électoralement parlant que grâce à la Droite et sa faiblesse actuelle est liée complètement à celle de LR.
Ainsi, les deux formations du Centre qui seraient les piliers de ce «Grand parti» n’existent électoralement parlant que parce que leurs alliés le leur permettent (on se rappelle du malaise à l’intérieur de LREM suite aux largesses de Macron en faveur du MoDem lors des législatives).
Le troisième est l’état de morcellement et de désunion dans lequel se trouve l’espace centriste.
Les querelles de personnes mais aussi l’incapacité des petites chapelles centristes de s’unir entre elles sur le long terme datent de très longtemps et, à part pour un court moment de l’existence de l’UDF, perdurent depuis le début de la V° République.
Et rien ne permet de dire qu’elles pourraient être surmontées dans le court terme.
Le quatrième est qu’on ne voit pas pourquoi ou comment ce «Grand parti du Centre» pourrait attirer à lui suffisamment d’électeurs alors qu’il y a LREM au centre et LR à droite.
Bien sûr, ses promoteurs parient sur la défaite et la désaffection de l’électorat de La République en marche ainsi que sur sa désagrégation pour réussir leur plan.
Cependant, si tel était le cas, pourquoi un parti qui défendrait quasiment les mêmes idées pourrait se démarquer et gagner quoi que ce soit.
On le voit, le «Grand parti du Centre» demeure encore à l’heure actuelle un fantasme loin des réalités politiques du moment.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC


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