mardi 28 mai 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Honte à nous, pays où un parti d’extrême-droite a encore gagné une élection

Il y a donc 5 281 745 de Français (soit 11,16% des électeurs et 23,31 des votants) qui ont voté pour la liste du Rassemblement national aux élections européennes, plaçant ce parti d’extrême-droite en tête du scrutin.
Mais il y a aussi – ceux qui n’ont pu se déplacer pour des raisons indépendantes de leur volonté m’excuseront de faire ce petit raccourci –, 23 613 645 Français représentant 49,88% des électeurs qui n’ont pas estimé nécessaire de venir mettre un bulletin dans l’urne afin d’empêcher ce même parti de terminer premier à cette élection sachant qu’il était en tête des sondages.
Ce qui est lassant et décourageant, c’est que j’ai déjà écrit des phrases similaires lors des précédentes européennes mais aussi d’autres élections où l’extrême-droite a réalisé des scores très importants et que je risque de devoir le faire lors de prochains rendez-vous électoraux.
Mais plus que lassant et décourageant, le sentiment est celui de l’indignation et de la honte à chaque fois qu’un parti extrémiste, ennemi des valeurs démocratiques et humanistes, quel qu’il soit, remporte une élection ou qu’il obtient des scores élevés dans une démocratie républicaine.
Parce que nous savons d’où viennent ces formations, quelles sont leurs filiations dans l’Histoire et où elles veulent nous amener.
Alors, à chaque fois, tel Sisyphe, il faut recommencer encore et encore à dénoncer, à mettre en garde et à s’opposer à ces idéologies qui veulent s’en prendre à nos libertés, à notre égalité et à notre fraternité.
Il faut s’en doute s’en faire une raison: les extrémistes, les démagogues et les populistes ont toujours existé et ils ont toujours séduit une partie de la population.
La défaite nazie et fasciste en 1945 puis celle du communisme en 1989 nous a fait croire pendant un temps que ces idéologies avaient, non seulement, étaient mises dans les poubelles de l’Histoire mais qu’elles avaient ensuite été incinérées et qu’un vent joyeux avait dispersé leurs cendres à jamais.
C’était une illusion, c’était même une naïveté de croire que tout cela n’était que du passé, que tout cela ne reviendrait jamais, si jamais cela avait réellement disparu.
Ni la mise à jour des crimes des régimes tyranniques (et l’incurie de tous les régimes autoritaires et dictatoriaux), ni une meilleure éducation des peuples (et le fait qu’ils savent ce qui s’est passé), n’ont eu la peau du totalitarisme criminel.
Et notre deuxième millénaire – d’une soi-disant nouvelle ère censée réaliser la vision d’un homme qui a dit «Aimez-vous les uns les autres»… – à fort mal débuter dans ce domaine avec la renaissance ou le réveil de toutes les monstres hideux à travers la planète sans oublier ceux qui n’avaient malheureusement jamais disparu et qui ont retrouvé de la vigueur et de l’éclat, ne cherchant même plus à se cacher derrière des paravents.
Ce qui est également particulièrement perturbant, c’est que la victoire d’un Rassemblement national en France, d’une Ligue en Italie ou du Fidesz en Hongrie (liste non-exhaustive) n’a plus l’air d’émouvoir, ni une majorité de citoyens, de médias, de responsables politiques, comme si cela était normal, banal, acceptable.
Eh bien, non, ce n’est ni normal, ni banal, ni acceptable pour tous ceux qui se considèrent comme des citoyens engagés et responsables, attachés aux valeurs humanistes de la démocratie et de la république.
Et je veux bien, avec d’autres, écrire, réécrire et encore écrire et réécrire, inlassablement, ces lignes si cela permet de nous protéger de l’infâme.
Mais j’ai crains que cela ne suffise pas, ce qui ne m’empêchera pas de le faire.

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