vendredi 2 août 2019

Une Semaine en Centrisme. L’héritage de Barack Obama mis en cause par nombre de candidats démocrates à la présidentielle de 2020

Barack Obama
Si le débat qui s’est déroulé à Detroit les 30 et 31 juillet, opposant les divers candidats de la primaire démocrate pour la présidentielle de 2020 a été un affrontement parfois dur entre les centristes et les radicaux du parti, il a aussi été le lieu où plusieurs candidats ont remis en cause de manière parfois violente l’héritage centriste des années de la présidence Obama dans une sorte de populisme mêlé d’opportunisme afin d’être en phase avec ce qu’ils estiment être l’air du temps parmi leurs électeurs et leurs sympathisants.
On a même vu un de ses anciens ministres (et centriste revendiqué), Julian Castro, affirmer qu’il avait évolué positivement sur la question de l’immigration pour s’en prendre à la politique qu’il avait pourtant soutenu pendant son passage au gouvernement.
Bien entendu, la présence parmi les candidats à l’investiture démocrate de l’ancien vice-président d’Obama, Joe Biden, en est une des raisons.
Celui-ci, non seulement se revendique de cet héritage et le défend, mais il est le favori de cette compétition, étant largement en tête, et de cette primaire, et de la présidentielle face à Donald Trump dans les sondages.
Cependant, ce n’est pas l’unique motivation des contempteurs des années Obama.
On sait ainsi que beaucoup de ceux qui se déplacent pour voter lors des primaires des deux grands partis, démocrate et républicain, sont des personnes beaucoup plus marqués idéologiquement à gauche pour le premier et à droite pour le second que la moyenne des électeurs de chaque parti lors de la présidentielle.
Dès lors, pour l’emporter ou faire un score conséquent, certains tentent de s’attacher cette frange nombreuse qui peut faire basculer les résultats dans plusieurs Etats, permettant ainsi de créer une dynamique de victoire.
A chaque primaire démocrate, ce phénomène s’est produit avec le cas extrême de la victoire du socialiste McGovern en 1972 qui fut ensuite littéralement laminé lors de l’élection générale par Richard Nixon, pourtant peu aimé par les Américains…
En 2016, le concurrent le plus dangereux d’Hillary Clinton fut le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, qui se revendique socialiste (et qui est toujours présent lors de cette primaire).
Le problème est qu’un candidat trop marqué à gauche n’a jamais eu de chance de se faire élire à la Maison blanche jusqu’à présent malgré les prédictions de certains analystes qui se sont toujours révélées fausses.
Toujours est-il que les attaques contre l’œuvre de Barack Obama se multiplient lors des débats de cette primaire démocrate.
On s’en doutait de la part des candidats de gauche comme Sanders et Elizabeth Warren (sénatrice du Massachussetts) qui tentent pour l’instant de rassembler leur base commune à leur profit, tout comme on savait que des candidats sans aucune chance de l’emporter jouerait la surenchère comme le maire de New York, Bill de Blasio aux piteuses prestations.
Mais l’on est surpris que des candidats dits modérés ou centristes comme Castro, Kamala Harris (sénatrice de Californie) ou Cory Booker (sénateur du New Jersey) jouent à ce jeu là, les deux derniers étant même issus de la communauté afro-américaine.
Et tout cela tourne au ridicule comme l’a déclaré Joe Biden, lorsque ces candidats passent plus de temps à critiquer ce qu’a fait Barack Obama que ce que fait Donald Trump!
Avec ce risque de dégoûter des électeurs modérés mais aussi des démocrates de voter en novembre 2020.
Car c’est véritablement à une icône que ces candidats s’attaquent puisque 95% des sympathisants démocrates ont une bonne opinion de l’ancien président des Etats-Unis.
Sans doute qu’ils estiment que la haine et le rejet d’une majorité de la population à l’encontre de Trump sera plus forte que leur dégoût des déclarations incendiaires et opportunistes qu’ils essaiment.
Néanmoins, ils oublient un peu vite que si ce dernier est à la Maison blanche, ce n’est pas parce qu’il a remporté le vote populaire (Hillary Clinton l’a battu de près de 3 millions de voix) – et il n’a jamais atteint les 50% de bonnes opinions dans les sondages depuis le début de sa présidence –, mais que c’est grâce au système électoral par Etat et grands électeurs qu’il a pu l’emporter avec, dans les trois Etats cruciaux qui ont fait la différence des avances de quelques milliers d’électeurs.
Et rien ne dit que ces quelques milliers d’électeurs, devant le spectacle de candidats s’en prenant à un des présidents les plus populaires de l’Histoire américaine, a fortiori venant de leur propre parti, ne se décident à revoter pour le républicain même s’il s’agit d’un populiste, démagogue, menteur, malhonnête et incompétent…
Ou alors, ils préfèrent prendre le pari de faire venir voter des abstentionnistes de 2016 qui ont aussi coûté la victoire à Clinton et qu’ils supposent être essentiellement des sympathisants de gauche, ce qui n’est absolument pas prouvé, ni qu’ils soient aussi nombreux à vouloir se déplacer pour la prochaine présidentielle, ni qu’ils puissent faire la différence en leur faveur.
Il reste encore seize mois avant la présidentielle et les choses vont se décanter, notamment quant au nombre de candidats à la primaire, avant la fin de l’année puis lors des premières primaires prévues début 2020.
On y verra alors plus clair sur les positionnements des différents prétendants qui ont une chance de l’emporter et voir si Barack Obama sera toujours un argument négatif utilisé par certains d’entre eux.
Une stratégie dont on n’ose pas imaginer les possibles résultats destructifs.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC


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