samedi 28 septembre 2019

Actualités du Centre. Pour Bayrou, le MoDem est «central» à la majorité présidentielle et s’inquiète pour la démocratie dans le monde

François Bayrou

Lors de l’«université d’été» de son parti qui se tient, comme tous les ans dorénavant, à Guidel, François Bayrou a, comme d’habitude, prononcé le discours d’ouverture comme il prononcera celui de fin demain.
Au cours de celui-ci (voir ci-dessous), il a parlé d’écologie, des prochaines municipales mais a surtout évoqué la situation internationale.
Il a ainsi estimé que le G7 organisé récemment par la France à Biarritz avait montré que cette dernière avait retrouvé son influence et son leadership grâce à Emmanuel Macron.
Il s’est également dit inquiet pour l’avenir de la démocratie en prenant comme exemple ce qui se passe actuellement en Grande-Bretagne avec le Brexit et le comportement du premier ministre Boris Johnson, sans oublier d’évoquer la procédure d’impeachment à l’encontre de Donald Trump.
En matière de politique intérieure, il a estimé de le Mouvement démocrate était un parti «central», pas seulement par la positon qu’il occupait sur l’échiquier politique mais parce qu’il faisait partie avec LaREM de l’épine dorsale de la majorité présidentielle.
Pas sûr que ses alliés de La République en marche partage son point de vue, sachant que celle-ci compte 303 députés contre 38 au MoDem et que ces derniers ont tous été élus grâce aux largesses d’Emmanuel Macron afin de remercier François Bayrou de son soutien à la présidentielle…
Des députés tous élus en 2017 et dont l’«enracinement» vanté par Bayrou est pour le moins plus que récent.

► Discours de François Bayrou

(…) Comme vous le savez, la France vit un moment de grande émotion, qui est aussi un moment d'union nationale. L'émotion soude, l'émotion rassemble. Ma mission est, à l'ouverture de cette université de rentrée, de vous proposer d'honorer la mémoire de Jacques Chirac par une minute de silence, car c'est quelqu'un à qui beaucoup de Français pensent aujourd'hui. Nous allons, ensemble, le saluer.
(…) Je trouve que nous avons beaucoup de chance en même temps que nous avons beaucoup de défis devant nous. Nous avons beaucoup de chance, car nous sommes un mouvement désormais reconnu dans la place centrale qui est la sienne. Je ne parle pas seulement de «central» au sens politique du terme, mais aussi car nous sommes un des deux mouvements de la majorité, alors que chacun des deux mouvements a une nature originale.
En marche est un mouvement de jaillissement, récent et nous avons, nous, la chance d'être enracinés, d'avoir, au travers du temps, bâti une identité politique, une solidarité très forte, d'avoir traversé des tempêtes pour beaucoup d'entre nous et même pour la majorité d'entre nous, de n'avoir jamais rien cédé et d'être ainsi en mesure d'apporter quelque chose d'original et de, je crois, crucial à cette majorité nouvelle.
Nous avons beaucoup de défis devant nous.
Si l'on regarde le monde aujourd'hui, alors on découvre avec stupéfaction, si je considère en tout cas l'occident, que la majorité des pays occidentaux qui étaient, aux yeux de chacun d'entre nous, stables, définitivement acquis à la démocratie la plus classique et la plus exigeante, chacun de ces pays se trouvent aujourd'hui profondément déstabilisés. C'est une déstabilisation qui va très loin.
Si vous regardez la Grande-Bretagne. Si on m'avait dit, il y a encore un an, qu'un Premier ministre de Grande-Bretagne déciderait de suspendre le Parlement britannique pour faire ses affaires plus tranquillement, alors qu’il s'agit de rompre avec l'Union européenne, si on m'avait dit cela, je ne l'aurais pas cru, car j'étais de ceux, comme, j'en suis sûr, chacun d'entre vous, qui avaient, d'une certaine manière, une fois pour toutes, fait entrer dans leur mémoire et leur vision du monde que la Grande-Bretagne était la reine des démocraties, que le Parlement britannique était le centre de la démocratie britannique.
Et, tout d'un coup, on se rend compte que cette décision du Brexit, que l'on croyait ou que beaucoup de gens croyaient une décision, au fond, conjoncturelle, c'est-à-dire une décision du moment, de l'instant et qu'au fond, cela ne changerait rien à la société britannique, tout d'un coup, on se rend compte que l'onde de choc est telle qu'elle remet en cause tous les aspects de l'organisation sociale et politique, et encore ne sommes-nous pas entrés dans la crise que le Brexit promet.
À ce titre, la décision de la Cour suprême britannique, décision absolument inattendue de tous les observateurs juristes, à l'unanimité de ses onze juges de mettre un terme à la décision du Premier ministre britannique et de remettre en cause une décision de la reine, on n'en parle pas, car tout le monde aime bien l'organisation dynastique de la Grande-Bretagne. Cela a un aspect d'identité, mais, en réalité, ce que les juges ont fait, c'est de dire: «La décision de la reine imposée par le Premier ministre est illégale et plus que cela, elle est non avenue, elle n'a jamais existé».
La présidente de la Cour suprême a même dit: «C'est une page blanche, il n'y a jamais rien eu d'écrit sur cette page blanche». Ils n'ont pas annulé la décision, si on veut faire de la subtilité de juriste, ils ont décrété que la décision n'avait jamais existé.
Il faut que vous vous rendiez compte de ce que cela veut dire.
Je vais le traduire en français. Il y a une très grande professeure de droit britannique qui a dit : «Il y a 3 ans, une décision de la Cour suprême a imposé au Premier ministre de l'époque de passer par un vote du Parlement pour le Brexit». Elle dit : «À cette époque, j'ai dit à mes étudiants qu'ils ne verraient jamais de décision aussi importante tout au long de leur vie».
Là, ils ont vu une décision encore plus importante qui traduite en français signifie que, désormais, la Grande-Bretagne a une constitution. Or, on a tous appris à l'école qu'en Grande Bretagne, il n'y avait pas de constitution écrite.
Maintenant, elle a une constitution et cette dernière dit une chose extrêmement forte qui est : «Au Royaume-Uni, tout passera désormais par le Parlement».
Dans le même temps, vous suivez ce qui se passe aux États-Unis, le Président Donald Trump se trouve sous le coût d'une procédure d'impeachment, car il est allé demander à un Gouvernement étranger d'enquêter sur son rival politique, ce qui est une atteinte profonde à la mission du Président des États-Unis.
Dans le même temps, l'Amérique Latine est dans une situation, pour beaucoup de pays, critique économiquement, parce que démocratiquement.
Dans le même temps, la déstabilisation du Moyen-Orient, en tout cas les ondes d'inquiétude atteignant le Moyen-Orient, et il suffit de penser à l'Iran, tout cela est absolument spectaculaire et, à l'intérieur de l'UE, elle-même, alors qu’il y a beaucoup de raisons de découragement, il y a une raison d'optimisme, c'est que, désormais, l'Europe a une figure de proue.
Cette figure de proue, c'est le Président de la République française.
Je ne sais pas vous, mais, moi, j'ai beaucoup apprécié la séquence du G7. Pour une série de raisons, la première est que c'était naturellement au Pays basque dans les Pyrénées-Atlantiques et que, comme toujours, dans ce département - ils sont arrivés ou pas tout à fait encore, car, là, ils auraient normalement dû applaudir ! -, il faisait un temps radieux et les paysages étaient superbes.
Même en s'extrayant de ce contexte géographico-climatique, ce qui s'est passé a été la preuve que d'avoir fait le choix qui avait été le nôtre en 2017, c'était la bonne voie, le bon chemin.
Pourquoi ? Ce qu'a fait le Président de la République française est marquant au moins pour deux grandes raisons.
La première, c'est que la plupart des observateurs dans le monde, et évidemment la plupart des Français, pensaient que ce genre de sommet ne servait à rien, pensaient que c'était fait pour faire des photos de dirigeants entre eux, que rien ne changerait après et que toutes les grandes promesses et les grands mots utilisés étaient vains.
Là, on a vu qu'en tout cas, cela pouvait profondément changer les rapports entre les nations les plus opposées et dans les situations les plus critiques. Ce qui a été fait avec l'Iran en particulier, par un coût de théâtre, cela a été quelque chose d'extrêmement frappant dont on a vu, même si cela s'est peu su, à l'ONU des conséquences qui sont en cheminement. Cela, c'est la volonté du Président de la République.
Puis, une deuxième chose est, pour moi, très importante, c'est qu'avant le G7, le Président de la République est venu et a dit aux Français : «Voilà ce que je vais essayer de faire. Je ne garantis pas d'y arriver, mais, si je n'y arrive pas, je viendrai vous le dire et, après, je vous rendrai compte».
C'est, pour moi, une obsession depuis très longtemps que les chefs d'État français devraient assumer ce devoir de décryptage de l'actualité internationale et européenne, devraient venir en communion avec les citoyens qui les ont élus pour leur dire quelles sont les grandes questions présentées, quels sont les problèmes qui se posent et quel est le regard de la France sur ces problèmes-là.
Depuis combien de temps cela ne s'est-il pas fait ?
Allez, le Général de Gaulle le faisait. Avec son caractère, comment dirais-je, péremptoire, il n'hésitait pas à affronter les forces les plus puissantes. Jacques Chirac l'a fait une fois au moment de la guerre en Irak, mais, depuis, on avait l'impression que c'était des affaires diplomatiques entre chef d'État, c'est-à-dire en langage codé et que les citoyens n'y avaient pas accès.
Or, créer un accès pour les citoyens aux grands problèmes de l'univers, c'est la démarche la plus civique, la plus démocratique, la plus respectueuse que l'on puisse inventer.
J'étais très fier de cette séquence-là.
Je sais quelle est la dimension des problèmes qui se posent chez nous. (…) Les problèmes qui se posent chez nous sont des problèmes d'organisation de la société, avec de grandes questions sur la création et la répartition de la richesse, avec le paradoxe que la France est probablement le pays du monde qui répartit le plus la richesse, mais où le sentiment de frustration est le plus grand.
Il y a également les grandes questions environnementales (…) qui sont des questions de protection et de restauration de notre environnement, protection et restauration dont je dis qu'il sera impossible, pour moi, d'aller jusque-là, c'est la conclusion, sans recours aux techniques les plus modernes, à la science, à la recherche. Il ne s'agit pas de retour en arrière, il s'agit de prendre ce que le monde le plus actuel ou le plus futur nous offre pour répondre à des questions qui touchent à l'avenir commun qui est le nôtre.
(…)
Tout cela, la protection de l'environnement, c'est un pari sur l'avenir, pas un retour en arrière. Tout cela, ce sont des défis que nous avons devant nous et notre démocratie a des défis. Les changements, les mutations de la société dans les rapports entre les personnes, les familles, c'est essentiel, tout cela, nous allons le vivre ensemble et nous allons le vivre en mouvement politique.
(…)
Je pense que la démocratie suppose des organisations. Elle suppose une histoire et elle suppose le respect des règles et des convictions de chacun.
Nous avons la chance, nous, de pouvoir additionner, multiplier, marier ces enracinements-là, ces novations-là et cette jouvence-là.
(…)
Je n'ai qu'une certitude, c'est que l'on doit être de plus en plus soudés au fur et à mesure que le temps va avancer (…).
C'est un grand défi de préparer une élection locale comme celle-là, c'est un défi d'autant plus que l'on est dans la solidarité gouvernementale, dans la solidarité de la majorité.
Nous, nous savons ce que cela représente comme exigence et comme exigence adaptée au terrain. Vous savez que l'on a eu un débat et toutes les positions se sont maintenant exprimées, nous les avons exprimées et je crois que l'on a réussi à convaincre très largement que les élections locales n'étaient pas principalement une élection partisane.
Une élection locale, c'est une affaire d'engagement de personnes et d'équipes, c'est qui porte une équipe.
Et alors, comme nous respectons beaucoup nos partenaires, nous faisons ce qu'il faut pour être respectés aussi.
Et donc, si c'est le respect qui préside à tout cela, alors on aura de bons résultats et l'ambiance en sera améliorée.
Nous, en tout cas, nous nous fixons cette règle et nous espérons qu'elle sera communicative. On va faire cela avec beaucoup de soins.
(…)



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