dimanche 24 novembre 2019

Présidentielle USA 2020. Le cas Michael Bloomberg, officiellement candidat

Publicité de la campagne de Michael Bloomberg
«Je me présente à la présidence pour vaincre Donald Trump et reconstruire l'Amérique».
C’est par ses mots que Michael Bloomberg a officiellement annoncé sa candidature le 24 novembre à la primaire démocrate.
Centriste assumé – il se définit comme conservateur en matière économique et progressiste en matière sociétale – Bloomberg a été maire de New York pendant trois mandats en tant que républicain puis «independent» (il avait été autrefois démocrate) dans une ville bastion du Parti démocrate où Hillary Clinton a obtenu en 2016 84% des voix face à Donald Trump, pourtant natif de la ville…
Dans le texte qu’il a publié sur son site pour annoncer cette candidature (voir l’intégralité ci-dessous), il poursuit en expliquant:
«Nous ne pouvons pas nous permettre quatre années supplémentaires de conduite dangereuse et immorale du président Trump. Il représente une menace existentielle pour notre pays et nos valeurs. S'il remporte un nouveau mandat, nous ne nous remettrons peut-être jamais des dégâts causés.»
C’est sans doute cette crainte existentielle qui a finalement emporté sa décision de se présenter alors même qu’il avait indiqué il y a quelques mois qu’il renonçait à briguer la présidence.
Car Bloomberg est un adversaire de toujours de celui qu’il considère comme un populiste démagogue dangereux qui occupe actuellement la Maison blanche.
Lui, l’homme qui s’est fait tout seul déteste cet héritier incompétent qui a fait six fois faillite alors que lui-même a bâti un empire et que sa fortune est estimée aujourd’hui à 52 milliards de dollars (d’où le haine de Trump à son égard!)
Mais cette richesse acquise en toute honnêteté n’est évidemment pas un avantage lorsque l’on se présente pour être candidat des démocrates et alors qu’un Trump est au pouvoir.
Néanmoins, comme Trump l’avait fait, il a expliqué qu’il ne demanderait aucun salaire en tant que président.
Grosse différence, en revanche, il a annoncé qu’il ne demanderait pas d’argent à quiconque et que toute sa campagne serait financée par lui-même alors que Trump a refusé de dépenser sa propre fortune (sans oublier qu’il a puisé dans son fonds de charité pour son propre compte…).
De plus, il espère que son «expérience unique en matière d'affaires, de gouvernement et de philanthropie» lui «permettra de gagner et de diriger».
In fine, il veut réunir autour de lui «une large et diverse coalition d'Américains», c'est-à-dire de se positionner au centre du Centre, en espérant qu’il récoltera les votes de tous ceux qui veulent se débarrasser de Trump mais qui ne sont pas tous, ni démocrates, ni de gauche et qui auraient du mal à voter pour un candidat très «liberal» (style Elizabeth Warren) ou socialiste (style Bernie Sanders).
Car, un des autres arguments de Michael Bloomberg, c’est qu’il ne croit pas en la victoire, lors de la primaire démocrate, de Joe Biden, le centriste qui est actuellement en tête des sondages, qu’il trouve beaucoup trop timoré et en dehors du coup.
C’est un pari que prend Bloomberg.
Rien ne dit, en effet, qu’il va être capable de susciter un mouvement populaire autour de sa candidature (les sondages sérieux actuels ne lui donnant que 3% des intentions de vote en ce qui concerne la primaire démocrate).
Mais ce pari est aussi risqué.
Par forcément pour Bloomberg qui n’a pas grand-chose à perdre mais pour ce qu’il défend.
Ainsi, il pourrait faire perdre le courant centriste lors de la primaire démocrate en enlevant les voix nécessaires à Biden voire à un autre candidat mieux placé que lui et l’ancien vice-président de Barack Obama, permettant à Sanders ou Warren de gagner ce qui pourrait, in fine, faire réélire Donald Trump.
Du coup, il est difficile de comprendre pourquoi il se lance maintenant et pour quel but réel et s’il a conscience qu’il peut faire perdre ce pourquoi il se bat.
Cependant, et c’est pourquoi on ne peut se prononcer actuellement, rien ne dit qu’il ne peut pas gagner.
D’autant qu’il est populaire auprès de l’électorat de gauche et centriste parce qu’il a dépensé des millions de dollars dans des campagnes et en faveur de candidats qui luttent contre les armes à feu, pour la lutte contre le changement climatique, pour l’éducation,  pour l’avortement, contre la corruption et contre les candidats de droite radicale et d’extrême-droite avec des succès évidents.
Pour lancer sa campagne, il vient de dépenser 31 millions de dollars pour des publicités politiques dans les médias.
Cette fois-ci, celui qui avait renoncé à se présenter en 2012 et 2016 (pour ne pas gêner les candidatures d’Obama puis de Clinton, centristes comme lui) semble bien parti pour aller jusqu’au bout.

► Voici le texte de la candidature de Michael Bloomberg à la primaire démocrate:

Je me présente à la présidence pour vaincre Donald Trump et reconstruire l'Amérique.
Nous ne pouvons pas nous permettre quatre années supplémentaires de conduite dangereuse et immorale du président Trump. Il représente une menace existentielle pour notre pays et nos valeurs. S'il remporte un nouveau mandat, nous ne nous remettrons peut-être jamais des dégâts.
Les enjeux ne pourraient être plus élevés. Nous devons gagner cette élection. Et nous devons commencer à reconstruire l'Amérique.
Je crois que mon expérience unique en matière d'affaires, de gouvernement et de philanthropie me permettra de gagner et de diriger.
En tant que candidat, je vais rallier une large et diverse coalition d'Américains pour gagner. Et en tant que président, j'ai les compétences pour réparer ce qui est cassé dans notre grande nation. Et il y a beaucoup de problèmes.
Nous avons une économie qui fonctionne contre la plupart des Américains.
Nous avons un système de soins de santé qui coûte trop cher et qui ne couvre pas tout le monde.
Nous avons des communautés ravagées par la violence armée.
Nous avons des écoles qui ne préparent pas nos enfants au succès dans un monde de plus en plus high-tech.
Nous avons un système d'immigration cruel et dysfonctionnel.
Nous avons une crise climatique qui empire de jour en jour.
Nous avons des intérêts particuliers qui corrompent Washington et bloquent les progrès sur toutes ces questions.
Enfant et enfant scout, on m'a appris à croire en la promesse et le potentiel de l'Amérique, et je n'ai jamais été aussi inquiet pour son avenir que je ne le suis aujourd'hui.
L'Amérique est à son meilleur lorsque nous travaillons ensemble pour trouver des solutions significatives et durables aux grands défis auxquels nous sommes confrontés.
Nous avons besoin d'un président qui comprenne cette vérité – et qui peut le faire, plutôt que de faire des promesses.
Je me présente comme un acteur et un solutionneur de problèmes – pas un orateur. Et en tant que personne prête à affronter les combats difficiles – et à gagner.
Je me suis opposé à Trump pour la violence armée – et j'ai gagné en permettant le vote de lois plus fortes sur les armes dans plusieurs Etats du pays.
Je me suis opposé à Trump qui est un négationniste sur le changement climatique – et j'ai mené des efforts qui ont permis de fermer plus de la moitié des centrales à charbon qui polluent le pays.
Trump est le porteur d'eau des industries du tabac. J'ai pris conscience des dangers des cigarettes électroniques pour protéger nos enfants.
Je sais ce qu'il faut pour battre Trump, parce que j'en ai déjà. Et je le referai.
Je n'ai jamais hésité à me battre.
Défaire Trump – et reconstruire l'Amérique – est le combat le plus urgent et le plus important de notre vie. Et je m’engage.
Ma détermination à tenir tête à son sectarisme, à sa haine et à ses politiques déloyales est ancrée dans ce que je suis et dans ma foi dans le gouvernement comme une force pour le bien.
J'ai passé ma carrière à rassembler les gens pour s'attaquer aux grands problèmes – et les résoudre. Cela a bien fonctionné dans les affaires et dans la gestion de la plus grande ville du pays, la plus progressiste.
Je sais que cela peut aussi fonctionner à Washington et j'ai les compétences et l'expérience nécessaires pour y parvenir.
J'ai eu beaucoup de chance dans la vie. En grandissant, mon père n'a jamais gagné plus de 6.000 dollars par an. Mais ma mère et mon père ont travaillé très dur pour aider ma sœur et moi à avoir une bonne éducation. J'ai réussi à me frayer un chemin à travers l'université et à obtenir un emploi d'entrée à New York.
Et puis, quand j'avais 39 ans, j'ai été licencié. Je ne savais pas ce que je ferais ensuite. Mais j'ai eu l'idée de créer une entreprise, alors j'ai pris ma chance.
Aujourd'hui, notre entreprise emploie 20.000 personnes et génère de gros profits, presque tous destinés à aider les gens à travers le pays et dans le monde. J’ai toujours cru à investir dans nos employés et à les traiter bien. Nous payons très bien nos employés et offrons les meilleurs avantages en matière de soins de santé que l'argent peut acheter. Et si quelqu'un a un bébé, il obtient six mois de congé payé.
J'ai dirigé ma société selon mes valeurs: honnêteté, intégrité, équité, inclusion. Et c’est la même approche que celle que j’ai adoptée à l’égard de l’administration municipale.
J'ai été élu maire de la ville la plus diverse d'Amérique quelques semaines seulement après les attentats du 11 septembre. C'était un moment effrayant pour notre ville et notre pays. Mais nous avons reconstruit l'économie avec de nouveaux emplois et de nouvelles opportunités pour les gens de tous les niveaux de l'échelle économique.
Nous avons donné à nos enseignants la plus forte augmentation en Amérique, et nous avons amélioré les taux de diplômés de 42%. Nous avons réduit de moitié les meurtres, tout en réduisant l'incarcération de près de 40%. Nous avons réduit de 14 pour cent l’empreinte carbone de la ville et créé de nouveaux programmes de lutte contre la pauvreté. Et nous avons élargi les soins de santé et renforcé les communautés d'immigrants.
En tant que maire, ma priorité était d'aider les millions de New-Yorkais qui en avaient le plus besoin.
Et les questions qui me passionnent le plus sont celles de la réparation des torts qui sont ont causé le plus de mal aux communautés les plus vulnérables. Je sais que le gouvernement peut améliorer la vie des gens parce que quand j’ai dirigé New York, c’est exactement ce que nous avons fait.
Depuis que j'ai quitté la mairie, j'ai fondé le plus grand groupe de pression en faveur de la sécurité des armes à feu de l'histoire. J'ai lancé une campagne pour lutter contre les plus grands pollueurs et les menaces climatiques. En tant que maire, j'ai interdit de fumer dans les restaurants et les bars et j'ai réduit de 50 pour cent le tabagisme chez les adolescents et aujourd'hui, nous continuons à gagner des batailles contre l'industrie du tabac et leurs sombres tentatives de rendre les jeunes enfants accros à la cigarette électronique.
Je sais comment s'attaquer aux puissants intérêts particuliers qui corrompent Washington. Et je sais comment gagner parce que je l'ai fait, encore et encore. Je serai le seul candidat de cette course à ne pas prendre un sou de personne et à travailler pour un dollar par an à la Maison blanche.
Au cours de cette campagne, je vais vous dire ce que je vais faire en tant que président, et comment je vais le faire. Je vais vous présenter les plans suivants:
Création d'emplois bien rémunérés
Fournir des soins de santé de qualité à tous les Américains
Mettre fin à la violence armée
Lutte contre le changement climatique
Réparer notre système d'immigration en panne
Augmenter les impôts des individus riches comme moi
Protéger les droits des femmes et des LGBTQ
Soutenir nos anciens combattants
Rétablir la place de l’Amérique dans le monde en tant que force de paix et de stabilité
Mais plus que des plans, j'offre le leadership pour transformer ces plans en réalité. Pour retrousser mes manches, pour motiver un pays à unir et reconstruire l'Amérique et à la rendre plus juste et meilleure.
Et je suis prêt pour commencer ce travail.


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