mercredi 31 août 2016

Une Semaine en Centrisme. Macron, fantasme des centristes?!

Emmanuel Macron annonce sa démission
Le départ d’Emmanuel Macron met en transe le Landerneau centriste.
Il y a ceux qui espèrent qu’il va les rejoindre, mieux qu’il peut être leur nouvelle tête d’affiche ou une tête de gondole qui va booster leur parti.
Dans ce lot, on trouve la plupart des leaders de l’UDI dont son président, Jean-Christophe Lagarde et le président du Parti radical, Laurent Hénart.
Il y a ceux, à l’inverse, qui le voit comme un rival dangereux qui va venir piétiner leurs plates-bandes.
Dans ce lot, il y a, avant tout, François Bayrou qui, depuis des mois, fait un tir de barrage à l’encontre de Macron et de sa possible présence à l’élection présidentielle.
Tous ont en commun cette idée que l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande va se positionner au centre de l’échiquier politique, voire va faire son coming out centriste.
Ce fantasme, rêve pour certains, cauchemar pour d’autres, montre une incompréhension de l’entreprise de Macron.
Celui-ci ne veut surtout pas se définir d’un camp ou d’un autre mais a l’intention de surfer sur une vague où chacun peut investir ses espoirs en lui, qu’il soit de gauche, de droite ou du Centre.
Cela ne fait pas d’Emmanuel Macron une supercherie mais montre toute l’attente qu’une personnalité comme lui peut susciter dans la population sans évidemment pouvoir y répondre à moins d’avoir des formules miracles.
L’erreur d’une partie des centristes dont notamment Jean-Christophe Lagarde est de vouloir coller Macron au plus près pour tenter d’en profiter en terme de popularité et électoralement parlant.
D’une part, cela montre la profonde faiblesse de l’UDI qui est en réduite à se raccrocher de manière opportuniste à la locomotive Macron alors même qu’elle se débat dans des querelles internes et qu’elle est incapable d’avoir une position commune pour la présidentielle.
D’autre part, cela montre la méconnaissance du phénomène.
En effet, si l’ancien ministre de l’Economie est souvent très proche du Centre dans les idées qu’il professe (voire même qu’il est centriste) et que, de ce fait, il fait bien partie de l’axe central qui regroupe tous ceux qui se trouvent dans l’espace délimité à droite par les gaullos-réformistes et à droite par les sociaux libéraux et les sociaux-réformistes, sa stratégie politique n’est absolument pas de s’identifier à ces soi-disant «vieilles» appartenances.
Comme a tenté de le faire dans les années 1970 un Michel Jobert totalement oublié aujourd’hui, comme s’y est essayé également François Bayrou lors de la présidentielle de 2012, Emmanuel Macron se veut «ailleurs».
C’est là, selon lui, que se trouve sa base électorale.
Ainsi, son «ni gauche, ni droite» n’est pas une entreprise centriste mais veut capter un électorat composé tout autant de gens de gauche, de droite et du Centre déçus par leurs partis respectifs mais aussi tous ceux, de plus en plus nombreux, qui se disent depuis des années dans les sondages ni de gauche ni de droite.
Cette tentative de récupération est assez ardue car elle suppose que ce groupe soit vraiment ni de gauche, ni de droite et soit assez compacte pour qu’une parole politique puisse le séduire en totalité.
En réalité, comme les fameux «independents» américains, ce n’est absolument pas le cas.
Les «ni gauche ni droite» sont généralement en rupture de ban de leurs affiliations politiques traditionnelles mais votent, pour la grande majorité d’entre eux, pour des candidats qui représentent leurs profondes convictions.
Clairement, majoritairement, un «ni gauche ni droite» proche de la gauche vote à gauche et un «ni gauche ni droite» de droite vote à droite.
Il reste néanmoins deux sous-groupes qui, effectivement, sont récupérables pour une entreprise politique de l’«ailleurs».
Le premier est constitué des «ni gauche, ni droite» qui peuvent voter à droite, à gauche ou au centre, tout dépend du candidat et de son programme.
Le deuxième est constitué des «ni gauche, ni droite» qui ne votent plus.
Si Emmanuel Macron parvient à fédérer autour de lui une partie de l’électorat de centre-gauche qui vote aujourd’hui PS, une partie de l’électorat de centre-droit qui vote aujourd’hui LR ou UDI, une partie de l’électorat du Centre qui vote aujourd’hui MoDem ou UDI plus la majorité des «ni gauche ni droite», il peut effectivement obtenir une majorité ou ne pas en être très éloigné.
Cependant, rien ne permet de dire qu’il y parviendra, surtout, qu’il ait besoin de s’allier formellement avec les centristes pour y parvenir ou qu’il doive le faire au risque de perdre son originalité largement médiatique et illusoire d’un «ni gauche, ni droite» capable de contenter tous les électorats dont on vient de parler même si une élection présidentielle, s’il s’y présente en 2017 ou en 2022, impose un rassemblement hétéroclite pour l’emporter.
En tout cas, les centristes qui souhaitent réellement travailler avec Emmanuel Macron, ne doivent certainement pas lui demander de les rejoindre ou s’adosser à son entreprise personnelle mais bien lui proposer cette alliance politique contenue dans l’espace de l’axe central.
L’autre erreur des centristes seraient évidemment de tourner le dos à Emmanuel Macron comme l’a fait jusqu’à présent François Bayrou.
Car le rassemblement que veut mettre en place l’ancien ministre de l’Economie est bien celui qui peut porter aujourd’hui la dynamique centriste au pouvoir.
Et il serait inconséquent de s’en priver uniquement pour une question de personne et d’ambition personnelle.
Macron n’est ni une bouée de sauvetage, ni un cheval de Troie pour les centristes mais une opportunité.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC



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