dimanche 12 mars 2017

Vues du Centre – Jean-François Borrou. François Fillon est-il un minable dangereux pour le pays?

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.

Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes et qui collabore épisodiquement à cette rubrique. Ses propos sont les siens et non ceux du CREC.



François Fillon
Cette question est loin d’être une provocation ou une quelconque invective gratuite.

Procédons par ordre.

Un minable, selon la définition donnée par le CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales) du CNRS, est quelqu’un de «très médiocre» dont le même centre nous indique qu’il s’agit d’un individu «qui manque de capacités intellectuelles, d'élévation de pensée ou de sentiments; qui est au-dessous de la moyenne».

Un possible minable auquel l’envolée rageuse d’un Alfred de Vigny pourrait bien s’appliquer: «Les hommes gorgés de pouvoir étaient médiocres et étroits dans leurs conceptions, médiocres et faux dans leurs œuvres, médiocres et bas dans leurs actions».

Dangereux, selon le CNRTL, est quelqu’un qui représente un danger pour les autres, à qui on ne peut se fier, qui peut nuire, causer du tort.

Voyons maintenant pourquoi je pose la question de sa grande médiocrité avant de voir celle de sa dangerosité.

- Pendant cinq ans, comme premier ministre, il avale toutes les couleuvres et accepte sans broncher de se faire qualifier de «collaborateur» par le président de la république sans immédiatement démissionner de ses fonctions.

- Il va essayer de torpiller le retour en politique de Nicolas Sarkozy en demandant au gouvernement de François Hollande d’accélérer les procédures judiciaires contre l’ancien président de la république puis en estimant que celui-ci est responsable de «l’abaissement de la morale publique» et «du niveau d’éthique dans la vie politique» ce qui ne l’empêchera pas de l’appeler à la rescousse lors du dévoilement du Pénélope Gate et d’aller lui demander «conseil» plusieurs fois tout en intégrant dans son équipe de campagne tous les principaux de collaborateurs de celui-ci.

- A Matignon, sur les deniers publics, il fait refaire de fond en comble l’appartement  de fonction pour une somme astronomique ce qu’aucun premier ministre avant lui n’avait fait.

- Il engrange des revenus très importants avec sa société 2F dans une activité de conseil avec des entreprises dirigés par des amis (comme Axa où l’ancien PDG, Henri de Castries est dans son cercle le plus proche) et de «conférencier» dans des pays pas très reluisants (comme le Kazakhstan dont Amnesty international dénonce les brutalités policières et la torture généralisée, pays dirigé par l’autocrate Nazarbayev que Reporter sans frontières qualifie de «prédateur» de la liberté de la presse) tout en étant un élu de la république.

- Il paye sa femme et ses enfants sur les deniers publics alors que la première n’a jamais occupé l’emploi d’attachée parlementaire qui lui assure un salaire élevé (puis il la fait employer par son successeur à l’Assemblée nationale quand il devient premier ministre avec un salaire encore plus élevé) et que les seconds n’ont pas réellement travaillé pour sa mission d’élu.

- Il demande à un de ses amis de faire semblant d’employer sa femme comme journaliste contre un salaire indécent.

- Il affirme qu’aucune personne ne peut se présenter si elle est mise en examen afin de contrer la candidature de Nicolas Sarkozy à la primaire de LR et de gêner celle d’Alain Juppé puis déclare le contraire lorsqu’il risque lui-même de l’être.

Il est important, ici, de rapporter les propos exacts de Fillon et dans leur intégralité: «Avoir une haute idée de la politique signifie que ceux qui briguent la confiance des Français doivent en être dignes. Ceux qui ne respectent pas les lois de la république ne devraient pas pouvoir se présenter devant les électeurs. Il ne sert à rien de parler d'autorité quand on n'est pas soi-même irréprochable. Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen?».

- Il se fait prêter de l’argent (50.000 euros, trois ans de smic) sans intérêt.

- Il se fait payer des costumes (au moins 15.000 euros) par un «ami» et des vêtements pour près de 50.000 euros (toujours trois ans de smic).

- Il passe d’un gaullisme social proche de la Gauche à un thatchérisme libéral proche de l’extrême-droite afin de trouver une «niche» pour la primaire de LR.

- Quand le Pénélope Gate est dévoilé, il utilise la stratégie de Donald Trump pour salir la presse, la police et la justice ainsi que tous ceux qui l’attaquent dans un mélange nauséabond et désormais bien connu d’insultes, de théories du complot et de «faits alternatifs».

- Il affirme que son programme n’est pas amendable puis l’amende constamment pour ne pas décrocher dans les sondages.

- Il prétend qu’l ne négociera pas avec le Centre comme l’a fait Juppé et il offre à l’UDI tout ce qu’elle n’aurait pas obtenue avec Juppé pour ne pas perdre la caution de centristes de l’UDI pourtant largement discrédités.

- Enfin, avec tout cela, il affirme être le candidat de l’honnêteté et de la morale…

Dangereux ensuite.

Quelqu’un qui a si peu le sens moral – sauf pour les autres – pour arriver et se maintenir dans hautes sphères de la politique, c’est-à-dire qui justifie tous les moyens pour parvenir à son but est, par définition, un homme dangereux.

Dangereux parce qu’il donne une image désastreuse de la démocratie qui va être utilisée jusqu’à plus soif par les extrémistes de tous bords.

Dangereux parce qu’il va décourager nombre de gens à s’investir en politique, uniquement par son ambition personnelle et non par ambition pour son pays.
Dangereux, enfin, parce que son programme, comme l'a bien dit François Bayrou, l'est pour le pays.

Voyons maintenant pourquoi je réponds à la question par l’affirmative alors même que la candidature de François Fillon est du pain béni pour Emmanuel Macron et le Centre qui va peut-être avoir un président de la république qui partage en très grande partie ses valeurs et sa vision politique.

Car, grâce à Fillon, Macron est devenu le favori de l’élection présidentielle…

Reste qu’au niveau de la morale politique et de la vision que je me fais de la politique, tout cela est vraiment lamentable.

Parce qu’être élu de la nation est déjà une fierté et un privilège qui n’a pas besoin de gratifications matérielles pour rendre la fonction honorable.

Mais, en plus, parvenir à être ministre puis le premier d’entre eux, c’est la réalisation d’une ambition au sens noble du terme et qui n’a pas pour but un quelconque enrichissement mais parle plutôt de devoir, voire de gloire.

Et puis l’image de la France mérite mieux que ces minables affaires.

Mais que Fillon se rassure (comme il le peut): il y a d’autres minables dangereux dans la politique et beaucoup, malheureusement.

Et pour cette présidentielle, on en connait au moins deux: lui et Marine Le Pen en attendant la liste définitive des candidats...



Jean-François Bourrou

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