mardi 24 mars 2020

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. Covid19: Union (inter)nationale, responsabilité et «plus jamais ça», fictions ou réalité d’une crise extrême?

Certains croient ou, tout au moins, espèrent que la pandémie de covid19 que l’Humanité a pris en pleine figure, littéralement et au figuré, va «changer les choses» et que, demain, «tout ce ne sera plus comme avant», voir avec plus de croyance encore que «tout ne pourra plus être comme avant».
Est-il possible que ce que nous vivons actuellement soit la base d’un nouveau comportement des humains une fois que la crise extrême actuelle sera dernière nous?
Convoqué au tribunal de nos agirs, l’Histoire répond assez sèchement: non.
Après la «der des ders» de 14-18 nous avons eu le pire du pire en 39-45.
Et depuis 1945 les millions de morts des conflits à travers la planète confirment sans aucun doute nous n’apprenons pas grand-chose des événements paroxystiques d’autant que nous les oublions à une vitesse assez sidérante.
Sans oublier que nous vivons dans une insouciance coupable depuis plus d’un demi-siècle avec la possibilité de nous autodétruire en quelques jours avec les armes nucléaires
Oui, mais, pouvons-nous, malgré tout faire mentir les précédents?
La manière dont nous gérons la question ô combien cruciale du réchauffement climatique incite à la plus grande prudence sur une réponse affirmative.
Néanmoins, ce réchauffement et cette pandémie nous rappellent notre fragilité et les deux en même temps pourraient agir comme un électrochoc.
Ici, foin d’optimisme béat mais l’idée qu’une prise de conscience, d’abord personnelle puis communautaire nous amène vers un processus de changement positif.
Les termes employés sont choisis et mesurés parce qu’il ne faut pas s’imaginer qu’un nouvel humain est en train de naître sous nos yeux.
Qui n’a vu ces derniers jours des cohortes de gens envahir les lieux publics en les souillant, et de leur détritus, et de leurs miasmes?!
Quant à nos élus, les minables tentatives d’un gain politicien et partisan démontrent, comme ce fut le cas pendant les deux guerres mondiales que le principe de responsabilité est souvent une chimère encore plus chimérique que les légendaires créatures fantastiques de la mythologie grecque!
En France, on voit déjà la Droite et la Gauche tirer à vue sur le pouvoir centriste, qui, demandant des commissions d’enquêtes, qui, critiquant les décisions et ne votant pas les textes d’urgence sanitaire, pour s’apercevoir que le concept d’union nationale est le plus souvent fumeux.
Quand on sait qu’aux Etats-Unis les différents Etats de l’Union ont rivalisé entre eux pour se fournir en masques, appareils de réanimations et autres matériels d’urgence, allant même jusqu’à renchérir les uns par rapport aux autres sur les sommes proposées pour les acquérir, on a plutôt tendance à ne pas se faire d’illusion et à la considérer comme une complète abstraction…
Et ne parlons même pas d’une union internationale même si, par-ci, par-là, des gestes ont été faits par certains pays pour en aider d’autres alors que la tendance globale et continuelle a été de la jouer chacun pour soi et que lesdits gestes étaient d’abord une manière de se protéger à plus ou moins court terme.
Tout ceci nous éloigne de l’électrochoc évoqué plus haut!
Pourtant, les indices de notre finitude en tant qu’espèce –  ou, tout au moins, d’une réduction drastique du nombre de ses représentants – s’accumulent et commencent à vraiment faire peur.
Une peur sur notre finitude mais, surtout, sur celle de nos proches, de nos enfants, de tous ceux que nous aimons et qui comptent pour nous.
Plus que l’union, la responsabilité ou la sagesse, cette frousse – qui ne doit se transformer ni en lâcheté, ni en panique ou en poltronnerie pour être efficace – sera peut-être l’élément déclenchant fondamental et prépondérant d’un commencement d’adaptation au réel.
Et elle sera alors le ciment indispensable qui nous obligera à nous unir, à ce que nous devenions sages et agissions avec responsabilité.
Ce scénario positif n’a évidemment aucune base qui permet de dire qu’il sera celui qui va l’emporter alors que le catastrophique, lui, possède toutes les références nécessaires pour être l’heureux élu!
Mais il y a une possibilité et celle-ci doit être explorée jusqu’au bout du bout parce que nous savons au plus profond de nous-mêmes – même si nous faisons semblant d’être ignorants en la matière – que nous pouvons détruire la nature de manière irrémédiable (notamment celle qui nous permet d’exister), que l’on peut engendrer des holocaustes et autres génocides et que, quoi que nous fassions, quoi que nous pensions, nous saurons toujours à la merci de bactéries ou de virus surtout si nous n’apprenons pas en nous en protéger.
Bien sûr, si cette épidémie n’est pas aussi longue et aussi mortelle qu’elle pourrait l’être -- et nous devons évidemment faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que ce soit effectivement le cas – aurons-nous appris quelque chose, nous servirons-nous de cette expérience pour éviter nos erreurs présentes?
La probabilité que rien ne change demeure nettement plus élevée que son contraire parce que, quelque part, nous voulons nous croire invincibles et des dieux vivants qui trouverons toujours le moyen de s’en sortir et que nous sommes, in fine, plus malins que les éléments.
Pourtant, toujours aussi profondément que nous savons que nous pouvons détruire et être détruits, nous savons que ce n’est pas le cas et que notre précarité est une épée de Damoclès sur nos existences.
Il est bien, évidemment, que nous ne devons pas être constamment angoissés par la réalité de notre finitude terrestre et une grande partie de nos efforts civilisationnels a été de s’extraire de cette condition ou, tout au moins, de vivre dans une certaine sécurité aussi psychologique que physiologique afin de défier positivement la mort.
Reste qu’en niant trop la matérialité de cette dernière, nous lui faisons un cadeau qu’elle ne se prive pas d’utiliser à temps répétés qui sont autant d’occasions perdues de ne pas lui permettre de revenir nous hanter de par nos incapacités à être lucides et à vivre dans la réalité.
C’est dans notre potentiel à affronter de face les défis qui se présentent à nous que réside l’espoir, certes extrêmement ténu mais qui peut s’appuyer sur quelques moments particuliers vécus par l’Humanité au cours de son parcours chaotique, même si ceux-ci doivent absolument se transformer en comportements de long terme pour que nous espérions que cette Histoire ne soit pas un éternel recommencement (avec à chaque fois des spécificités proches mais différentes) et qu’elle perde un peu de son tragique.


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