vendredi 6 mars 2020

Une Semaine en Centrisme. Départs (ou exclusions) de députés LaREM: rétablir la réalité des choses

Or donc, LaREM serait un mouvement en perdition dont le groupe à l’Assemblée nationale aurait «perdu» selon les décomptes dix-sept députés et dont dix autres membres seraient devenus des «apparentés».
Du coup, de 314 membres, la formation principale de la majorité présidentielle ne compterait «plus» que 297 membres (soit, tout de même, huit de plus que la majorité absolue).
Les opposants à Emmanuel Macron et les médias qui leur sont affiliés ne se privent pas de parler de déliquescence, de grave crise et de pertes importantes, certains annonçant même en l’espérant sa prochaine disparition.
Il est vrai que dix-sept députés de moins, ce n’est pas anodin mais qu’en l’espèce il faut aller plus loin que le décompte brut.
Ainsi, sur ce chiffre il convient de noter que trois d’entre eux ont été exclus (Sébastien Nadot de Haute-Garonne, issu du Mouvement des progressistes de l'ancien communiste Robert Hue, Agnès Thill de l’Oise et Sabine Thillaye d’Indre-et-Loire) et que deux d’entre eux (M'jid El Guerrab représentant les Français du Maghreb et de l’Afrique de l'Ouest ainsi que Joachim Son-Forget représentant les Français de Suisse et du Liechtenstein) sont partis avant de subir le même sort.
Reste douze qui ont décidé de quitter LaREM (Les ex-PS Jean-Michel Clément de la Vienne, Paul Molac du Morbihan, François-Michel Lambert des Bouches-du-Rhône, Matthieu Orphelin du Maine-et-Loire, Delphine Bagarry des Alpes-de-Haute-Provence et Claudia Rouaux d’Ille-et-Vilaine; l’ex-UDI Frédérique Dumas des Hauts-de-Seine; l’ex Alliance centriste Sandrine Josso de Loire-Atlantique; la sympathisante de Nicolas Hulot Jennifer de Temmerman du Nord; les sympathisantes de gauche Paula Forteza représentante des Français d’Amérique Latine et des Caraïbes et Albane Gaillot du Val-de-Marne; Frédérique Tuffnell de Charente-Maritime).
Donc, huit personnes encartées auparavant dans une autre formation politique (6 u PS, 1 à l’UDI, 1 à l’Alliance centriste), deux sympathisantes de gauche, une sympathisante de Nicolas Hulot et une sans étiquette préalable.
Voilà de quoi remettre en perspective ces départs de personnes dont beaucoup savaient par avance qu’en gardant leur étiquette d’origine qu’elles n’auraient aucune chance de se faire (ré)élire et dont certaines avaient peu la fibre En marche ou centriste…
Quoi qu’il en soit, ce chiffre peut néanmoins toujours paraître comme important si on ne le met pas immédiatement en rapport avec ce qu’est LaREM et quelles sont ses caractéristiques.
Créé en avril 2016, il s’agit d’un mouvement où l’on devient membre en remplissant un simple formulaire en ligne et sans payer de cotisation (d’où d’ailleurs, au départ, des «entrismes» d’opposants pour le décrédibiliser), qui a du trouver dans une certaine urgence ses représentants aux législatives de 2017 (après la victoire de Macron à la présidentielle) par un appel à candidature de citoyens (déjà membres ou non) mais aussi en soutenant quelques députés d’autres partis plus ou moins «Macron-compatibles», certains, comme on l’a vu plus haut, décidant même de prendre l’étiquette LaREM.
La victoire éclatante de LaREM aux législatives avec 314 élus (mais aussi les 49 élus du MoDem, son allié, qui ne comptait aucun député dans la précédente législature et qui a du trouver nombre de candidats avec, plus ou moins, la même technique) recelait donc en elle-même les difficultés d’une homogénéité et d’une solidarité futures du groupe à l’Assemblée nationale.
Près de trois ans après les législatives, avec nombre de réformes adoptées (où les députés ont été constamment mis sous pression psychologiquement et même physiquement par l’opposition, les médias et la rue), les mouvements de foule et de revendications catégorielles et clientélistes, les erreurs de casting qui étaient inévitables, les opportunistes qui ont réussi à obtenir l’investiture (notamment élus d’autres formations qui savaient qu’ils ne pourraient garder leurs sièges qu’en faisant allégeance à la formation présidentielle), le bilan n’est pas celui décrit par les opposants à Emmanuel Macron.
On serait même tenté d’être étonné par le fait qu’il y ait encore autant de députés fidèles alors même que les «partis traditionnels» ont connu des défections en nombre, des retournements de veste (voir les «frondeurs» du PS au temps d’Hollande ou les luttes de clan à LR qui ont abouti entre autres à la création d’Agir) et un marasme dans le nombre de leurs militants.
Il est évident qu’il y aura encore des départs, c’est inscrit dans l’ADN de LaREM.
Non pas que le parti présidentiel n’ait pas de ligne politique ou qu’il soit une coquille vide mais tout simplement parce que certains députés encore dans le groupe ne sont pas macronistes ou centristes et qu’à l’approche d’échéances électorales ils vont s’éloigner et se séparer de celui-ci dans une logique politicienne que les dirigeants de LaREM ne pouvait éviter.
Dès lors, et même si le parti présidentiel perd encore des députés (voire même s’il perd à lui tout seul la majorité absolue), le verre à moitié plein prime encore sur le verre à moitié vide.

Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC
Jean-Louis Pommery
Directeur des études du CREC


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