vendredi 11 avril 2008

L'Editorial d'Alexandre Vatimbella. Où est la « place du Centre » ?

Avec le fiasco du Mouvement démocrate et de sa stratégie « à la carte » et la défaite cinglante de la droite aux municipales, avec les espoirs retrouvés d’une gauche à la recherche de partenaires pour les prochaines échéances électorales, les politiques, les politologues et les journalistes ne parlent plus que de la « place du Centre ». Mais où est-elle cette place ? A Droite comme le dit Jean-Pierre Raffarin et Hervé Morin ? A Gauche comme le prétend Ségolène Royal ? Nulle part comme le répète François Bayrou (c’est-à-dire un coup à droite, un coup à gauche et vive les présidentielles de 2012 !) ?
Bien sûr, derrière cette question sur la place du Centre il ya évidemment une autre question essentielle : y a-t-il une place pour le Centre ? Cette question qui est sans cesse remise sur le tapis par tous ceux qui affirment que le Centre n’existe pas.
Et puis, il y a ceux qui affirment péremptoirement qu’un Centre n’existe pas mais que tout le monde s’y retrouve pour gouverner ! Ainsi, il n’y aurait qu’une Gauche et une Droite, irresponsables idéologiquement en proposant des programmes irréalisables et responsables politiquement et devant donc gouverner au centre. Mais de Centre, nenni ! Voilà bien une de ces démonstrations fallacieuses qui permet de prétendre que le Centre ne serait qu’un appendice ou un supplétif de la Droite ou de la Gauche, voire un simple parti d’opportunistes en quête de se vendre au plus offrant pour grappiller quelques strapontins éventrés et grinçants.
Alors, cette place du Centre ? La place du Centre mais elle est… au centre, pardi ! Et sa philosophie politique est le Centrisme, pas une idéologie de Droite, ni une de Gauche, ni un mélange indigeste des deux, ni un opportunisme sans aucune originalité propre. La place du Centre est évidemment au centre et, il faut l’ajouter immédiatement dans une posture forte d’indépendance d’autant plus qu’on lui dénie son existence. Le Centre est du Centre et au centre. Une pensée politique n’existe que si elle est indépendante parce qu’elle représente une sensibilité politique qui ne peut se fondre dans une autre pensée. La Gauche ne sera jamais la Droite, le Centre ne sera jamais la Gauche et la Droite ne sera jamais le Centre.
Mais cette constatation n’interdit pas les convergences d’idées et les rapprochements politiques sur des programmes ponctuels voire sur des programmes de gouvernement. D’une parte, parce que nous sommes dans une démocratie où tous les « partis de gouvernement » ou presque partagent le même socle de valeurs. Et puis, d’autre part, ne nous y trompons pas, indépendance ne veut pas dire isolement. Le Centre, pour gouverner, a besoin de faire des alliances comme la Gauche et la Droite. Rien de mal à cela car un parti politique existe pour gouverner, c’est sa fonction première et sa mission. S’il ne peut gouverner seul, il lui faut des partenaires. Un Centre indépendant mais un Centre dans le jeu politique capable de discuter et de nouer des alliances claires. Un Centre indépendant n’est pas un Centre qui ne fait pas d’alliances. Prétendre le contraire c’est vouloir l’asphyxier ou s’en servir comme une arme politique mais non comme une puissance capable de gouverner. Et, ce qui souvent dessert le Centre, ces alliances peuvent exister tant à Droite qu’à Gauche parce que le Centre est un libéralisme social avec certaines de ses idées défendues par la Droite et d’autres par la Gauche. Et l’originalité ontologique du Centre, c’est bien se mélange unique en son genre, celui qui fait que le Centre est un rassembleur car il propose une vraie politique de liberté et de solidarité dans un juste équilibre afin de ne léser personne.
La fameuse place du Centre existe et elle est au centre et du Centre. Cette affirmation est pour ceux qui ne comprennent pas ce qu’est le Centre mais aussi pour tous ceux qui se réclament du Centre. Les Centristes sont souvent déboussolés par les affirmations qui prétendent qu’ils n’existent pas mais ils le sont tout autant par les agissements de certains politiques qui se réclament du Centre. C’est pourquoi la clarification est un enjeu majeur du Centre. Au lieu de jouer un jeu politique peu lisible, il doit affirmer ses valeurs et proposer des alliances s’il en est besoin par rapport à ces valeurs. Tout autre façon de procéder ne peut qu’accréditer l’idée que le Centre n’est rien d’autre qu’un marais où surnagent quelques opportunistes dont certains croient en des couronnements nationaux.
Alexandre Vatimbella
Directeur du CREC

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