jeudi 26 janvier 2017

Vues du Centre – Jean-François Borrou. Fillon, le candidat de l’UDI, un menteur?

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.

Jean-François Borrou est le pseudonyme d’un journaliste proche des idées centristes et qui collabore épisodiquement à cette rubrique. Ses propos sont les siens et non ceux du CREC.



Jean-Christophe Lagarde & François Fillon
Philippe Vigier, le toutou à son maître, François Fillon aujourd’hui mais ça aurait pu être Juppé ou Sarkozy, et par ailleurs député du parti centriste UDI a organisé à la hâte avant-hier soir une conférence de presse pour dénoncer selon lui les agissements d’Emmanuel Macron.

S’appuyant sur un livre où les témoignages anonymes le disputent aux emprunts à d’autres ouvrages, écrit par deux journalistes dont l’une avait, voici deux ans, annoncé la mort du toujours vivant président de Bouygues et TF1, Martin Bouygues, Macron aurait utilisé de l’argent public pour créer son mouvement En marche.

Un rapprochement des plus douteux quand on sait que le livre ne pointe que des dépenses importantes au niveau des réceptions et des repas pris par le ministre dans l’exercice de ses fonctions, faisant des allusions étayées par aucun fait.

Mais peu importe, il fallait détourner l’attention de la vraie information qui est sortie quelques heures plus tard, les révélations du Canard Enchaîné, autrement plus compromettantes, à propos des salaires fictifs (600.000 euros dont 500.000 payés par le contribuable) touchés par la femme de Fillon, Pénélope.

Soi-disant attachée parlementaire de son mari, madame Fillon aurait travaillé des années pour lui (ainsi que pour la Revue des deux mondes dont le directeur de la rédaction affirme ne l’avoir jamais vue).

Le problème c’est qu’elle ne semble même pas être au courant puisqu’elle a souvent déclaré ne pas suivre la carrière politique de son époux, être une femme au foyer qui élève ses cinq enfants et n’avoir recommencé ses études que pour avoir une occupation…

Quant aux centaines de milliers d’euros qui ont atterris sur son compte en banque, gageons que comme épouse modèle, elle laisse son François s’occuper de tout ce qui concerne les finances de la famille.

Et personne ne pense un seul instant que Pénélope Fillon soit atteinte de sénilité précoce ou ait travaillé sous hypnose.

Cela n’a pourtant pas empêché son mari de ruer dans les brancards, accusant la terre entière de «boules puantes» (son expression favorite quand il est pris la main dans le sac) et jouant les indignés, parlant même de sexisme à l’encontre de sa chère Pénélope que l’on traiterait de potiche alors même que le Canard ne faisait que reprendre des propos tenus par celle-ci.

Problème, c’est que la justice s’est saisie de cette affaire et que, dorénavant, François Fillon veut être entendu, selon ses dires, le plus rapidement possible pour s’expliquer.

Mais, bien sûr, il lui suffirait de publier des témoignages de personnes et de journalistes ayant côtoyé l’attachée parlementaire en question ainsi que des exemples de son travail pour tordre le coup à ce soi-disant mensonge.

Sauf qu’aucun journaliste, dont votre serviteur, n’a jamais vu l’attachée parlementaire Pénélope Fillon ainsi que la plupart des collaborateurs du désormais président de LR et candidat à l’Elysée…

Mais, le problème, ce n’est pas la première fois que Fillon est pris en flagrant délit de mensonge, n’en déplaise au pathétique président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, qui a affirmé que son nouvel ami était d’une honnêteté sans faille.

Il n’y a qu’à voir comment il triture son programme électoral alors qu’il avait juré qu’il ne le changerait pas (premier mensonge) tout en continuant à jurer qu’il ne le changera pas (deuxième mensonge).

Beaucoup plus pathétique – et anecdotique – fut le mensonge quant à son déjeuner avec Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de l’Elysée actuel, en 2014.

Il était venu lui demander que l’Elysée fasse tout afin de ne pas laisser Nicolas Sarkozy revenir en politique, notamment en faisant pression sur la justice pour qu’elle accélère les procédures le concernant.

Le pauvre Jouyet se coupa lors d’une interview ce qui n’empêcha pas Fillon de jouer les indignés – alors qu’il disait à l’époque à ceux qui voulaient bien l’écouter tout le mal qu’il pensait de Sarkozy et le danger qu’il représentait – et même de faire deux procès qu’il a perdus en 2016.

Oui, on peut mettre en doute les dénégations d’un homme dont l’honnêteté, cher monsieur Lagarde, a plutôt à être démontrée que le contraire.

Mais c’est vrai qu’il est maintenant votre candidat à la présidentielle alors même que son programme était inacceptable voici quelques moins.

Comme quoi, dans cette ère de post-vérité, Donald Trump est devenu un modèle à copier, surtout quand on sait le succès de son entreprise.



Jean-François Bourrou




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