samedi 22 avril 2017

Vues du Centre. Emile Servan-Schreiber. Macron, le choix de l'intelligence collective

Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.
Emile Servan-Schreiber, cogniticien, dirige la société de conseil Lumenogic, et le marché prédictif Hypermind.com. Ses propos sont les siens et non ceux du CREC.

Tout au long de la Ve République, les gens d’esprit n’ont cessé de se moquer du Centre. On lui reproche d’être mou, inconstant, sans conviction. On le traite de force d’appoint. Pourtant, en 2017, c’est un candidat centriste - se réclamant à la fois de la droite et de la gauche - qui est le favori pour gagner l’élection présidentielle. Comment expliquer cette percée historique?
C’est que nous sommes entrés dans l’âge de l’intelligence collective, et que celle-ci s’exprime naturellement mieux au centre que sur les bords. Les français en quête de solutions intelligentes se tournent donc en masse vers le Centre.
Nombreux sont les candidats qui dans cette campagne ont invoqué l’intelligence collective. Jean-Luc Mélenchon fustigeait récemment place de la République «des hommes et des femmes providentiels, des comités d’experts de toutes sortes qui, sans cesse, se substituent à l’intelligence collective.» Dans la même ligne, Benoit Hamon postulait sur Twitter que «l'intelligence collective est bien supérieure au prétendu génie des hommes providentiels de la Ve République.» Même Marine Le Pen est d’accord, prônant depuis 2011 l’usage généralisé du référendum «parce que je crois à l’intelligence collective.» Mais le fait que l’extrême gauche et l’extrême droite se voient chacune comme le meilleur vecteur de l’intelligence collective suggère au contraire qu’aucune des deux n’y entend grand chose.
Qu’est-ce que l’intelligence collective? Pour les scientifiques, c’est la capacité d’un groupe à être plus intelligent que les individus les plus intelligents du groupe. C'est l'inverse de la «pensée unique». Si le groupe est intelligent c’est parce que chacun y contribue son savoir, forcément partiel et teinté de subjectivité. Mais quand tout est mis sur la table, les savoirs s’accumulent et se complètent, tandis que les biais individuels s’annulent les uns les autres. Reste une somme de connaissances consolidée et débarrassée du brouillard subjectif. C’est mathématique. Mais pour que cela fonctionne, quatre ingrédients sont nécessaires : diversité des opinions, indépendance d'esprit, décentralisation des sources et, enfin, un mécanisme efficace pour synthétiser l'information récoltée. Si on respecte la recette, le groupe sera plus intelligent que «le meilleur d’entre nous». Mais si un seul ingrédient vient à manquer, on sombre facilement dans la sottise, ou pire.
On comprend alors pourquoi le Centre politique est collectivement plus intelligent que la Droite ou la Gauche. Étant issus intellectuellement des deux bords, mais pourtant résolus à travailler ensemble, les centristes évacuent plus facilement les biais idéologiques qui empoisonnent et qui aveuglent. Le manque de discipline partisane, qui leur est souvent reproché, permet en fait à chacun de contribuer au débat sans subir de pression pour se conformer à une pensée unique. Au Centre, on ne fulmine pas contre les «traitres» qui osent suivre leurs convictions plutôt que les ordres.
Diversité des points de vue et indépendance d’esprit sont donc les deux premiers ingrédients de l’intelligence collective qui ont toujours fait partie de l’ADN du Centre. Mais cela ne suffisait pas jusqu’à présent, car sans personnalité charismatique pour réaliser une synthèse, on ne pouvait que constater, comme François Bayrou, que « rassembler les centristes, c’est comme conduire une brouette pleine de grenouilles : elles sautent dans tous les sens ». Emmanuel Macron est le troisième ingrédient de la recette, celui qui permet la synthèse créatrice de valeur. Inutile de lui reprocher sa manie de considérer plusieurs idées apparemment contradictoires «en même temps», car c’est justement là le secret de l’intelligence; l’inverse, selon Freud, de la névrose, cette « incapacité à tolérer l’ambiguïté».
Quand au dernier ingrédient, la décentralisation des sources, on le retrouve dans la «grande marche», cette récolte massive des opinions de français sur tout le territoire.
Le succès d’Emmanuel Macron vient donc de ce qu’il a su révéler le potentiel de l’intelligence collective au Centre. Il y est plus fort qu’ailleurs sur l’échiquier politique. En 2017, la France a besoin de cette intelligence !


Emile Servan-Schreiber

2 commentaires:

  1. Entièrement d'accord avec ce point de vue empreint de sagesse. Un ingrédient complètementaire est utile à considérer : la bienveillance, qui favorise la sécurité psychologique des personnes et, à travers elle, leur capacité à s'exprimer plus sereinement, donc avec plus d'intelligence et d'intégrité.
    Merci pour cet article.

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  2. Je crois à l'intelligence collective mais un peu moins en EM qui n'a pas les qualités voulues pour diriger ou changer quoi que soit

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