mercredi 19 juin 2019

L’Editorial d’Alexandre Vatimbella. La réélection de Donald Trump serait une catastrophe démocratique

En 2016, j’avais parlé d’un clown pour caractériser Donald Trump.
Malheureusement, j’étais très très en-dessous de la réalité.
Pour ceux qui ne peuvent suivre l’actualité des Etats-Unis, je dirais simplement, qu’à le tête de la première puissance mondiale, il y a un populiste démagogue, menteur, malhonnête, raciste et incompétent qui, quotidiennement, par ses prises de parole, montre sa haine, son irrespect, ses incapacités et certainement, comme l’ont dit de nombreux psychiatres, des problèmes mentaux assez importants.
Pour ceux qui pensent que j’exagère le tableau, je les renvoie très simplement aux discours mais, plus sûrement, aux milliers de tweets que Trump a posté depuis son élection qui sont des preuves accablantes plus que n’importe quel analyse ou éditorial à charge…
Des propos qui, quand ils ne sont pas insultants, montrent une ignorance crasse de la réalité et des dossiers avec des réflexions qui posent la question de sa capacité à gouverner sans parler de ceux qui ne veulent rien dire.
Les humoristes américains s’en donnent à cœur joie, notamment les animateurs de ces très populaires talk show qui fleurissent sur les chaînes outre-Atlantique, comme celui de Steven Colbert sur CBS dont les moqueries ne seraient qu’hilarantes si elles ne faisaient pas froid dans le dos quand elles sont illustrées par les interventions remplies de mensonges, de prises de position extrémistes, d’insultes (et de fautes d’orthographe…), souvent sans queue ni tête, de l’hôte de la Maison blanche.
On se rappelle qu’en 1977, fut publié un ouvrage (qui fut suivi de deux autres tomes) qui fit sensation et qui est devenu un classique dans le genre, «Ces malades qui nous gouvernent» écrit par le journaliste Pierre Accoce et le docteur Pierre Rentchnick.
A coup sûr, s’il était publié aujourd’hui, il y aurait un long chapitre consacré à Trump.
Alors, quand ce dernier, le 18 juin à Orlando, annonce qu’il sera candidat à sa succession, on frémit.
Parce qu’une fois, cela peut être due au hasard, pas deux fois.
On fustigerait bien le peuple américain pour son irresponsabilité et son inconséquence sauf que Trump a été battu à plate couture en 2016 par Hillary Clinton en termes de voix, cette dernière obtenant 2,87 millions suffrages en plus que son concurrent républicain, un écart jamais vu lors d’une présidentielle.
Bien sûr, il y a eu près de 63 millions d’électeurs qui ont voté pour Trump, ce qui demeure une tâche indélébile sur la démocratie américaine.
Mais, rappelons que le populiste démagogue a été mis au pouvoir par un système électoral à deux étages (vote populaire qui désigne des grands électeurs qui, eux, élus en rapport aux résultats dans chaque Etat et non nationalement, choisissent le président) qui devait, dans l’esprit des Pères fondateurs de la nation américaine, éviter l’arrivée au pouvoir d’un personnage dangereux comme Trump!
Là où l’on peut incriminer l’ensemble des Américains est qu’il n’y a pas eu de réelle volonté de remettre en cause ce système par une grande mobilisation de la population sur son caractère inique même si de nombreuses voix ont tout de même demandé son abolition.
Quoi qu’il en soit, la réélection d’un populiste démagogue, menteur, malhonnête, raciste et incompétent serait une catastrophe démocratique parce qu’elle démontrerait l’incapacité d’un peuple démocratique à faire des choix réfléchis et responsables dont on rappellera avec force que tel était la condition sine qua non de l’existence de la démocratie républicaine moderne par ceux qui, tant aux Etats-Unis lors de l’indépendance du pays qu’en France lors de la Révolution, l’ont théorisé et mis en place.
Pour palier, d’ailleurs, les manquements démocratiques du peuple à l’époque, ils tablaient sur le progrès et, surtout, sur un peuple plus savant et plus éduqué pour être à même de ne pas tomber dans le piège des ennemis de la démocratie.
Est-il besoin de le rappeler, les peuples n’ont pas toujours été à la hauteur de l’espoir des pères de la démocratie à travers le monde.
D’Hitler à Poutine en passant par Mussolini, Duterte, Péron, Kazcynski, Erdogan ou Bolsonaro ou ils ont porté et continuent à porter à leur tête des ennemis de la démocratie lors d’élections.
Et Trump peut malheureusement leur être associé dans une large mesure.
Les Etats-Unis, grâce à des institutions solides et anciennes (le pays est, ne l’oublions, non seulement, la première démocratie républicaine moderne mais aussi celui qui n’a jamais connu d’autre système depuis son existence), ont réussi pour l’instant à ne pas sombrer dans une dictacratie (terme que je préfère à démocrature), voire pire.
Mais quid en cas de réélection?
Aujourd’hui, c’est un centriste qui est en tête des intentions de vote dans les sondages, l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden avec une marge très importante (entre 10 et 13 points d’avance sur Trump).
Ce qui est une bonne nouvelle.
Mais il se trouve qu’aucun favori n’a jamais gagné les présidentielles américaines depuis 1964 et Lyndon Johnson.
De même, tous les présidents qui ont sollicité un deuxième mandat de leurs électeurs depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale l’ont obtenu sauf deux, Carter et George Bush père.
Alors, on attendra le 3 novembre 2020, voire le 4 au matin, pour pousser un soupir de soulagement en constatant que les Américains auront chassé du pouvoir celui qui n’aurait jamais du y être dans une démocratie digne de ce nom.


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