lundi 18 juillet 2011

Vues du Centre. Elections sénatoriales: le jeu dangereux des centristes



Dans cette rubrique, nous publions les points de vue de personnalités centristes qui ne reflètent pas nécessairement ceux du CREC. Ces points de vue ont pour but d’ouvrir le débat et de faire progresser la pensée centriste.

L’auteur de ce texte est Didier Jean, militant centriste

Pour notre classe politique, la trêve estivale sera de courte durée. D’ores et déjà, les états majors des grandes formations fourbissent leurs armes et peaufinent leur stratégie de rentrée, les candidats aux primaires et ceux qui se rêvent un destin présidentiel s’engagent dans d’improbables tournées des plages et des festivals avant de rejoindre leurs universités d’été respectives, les ambitions se dévoilent tandis que les alliances et les ralliements se négocient âprement.
Avant que ne s’engage véritablement la course folle qui nous mènera aux élections présidentielle et législatives de 2012, cette rentrée connaîtra un dernier acte, prisé de nos élus mais méconnu de nos concitoyens : les élections sénatoriales.
Elles renouvelleront pour moitié les membres de la Haute assemblée, porteront le nombre de sénateurs de 343 à 348, et pourraient bien faire vivre à cette auguste institution, toujours dominée et contrôlée sous la 5ème République par une majorité de droite et de centre-droit, sa première véritable alternance.
Gageons donc que les calculettes chaufferont et que les discussions et tractations se poursuivront activement tout au long de l’été pour préparer cette échéance du 25 septembre.
Pour la famille centriste, morcelée et laminée par les divisions et les querelles d’égo, ce rendez-vous pourrait bien être celui de la dernière chance avant le naufrage.
Le Centre occupe au sein du Sénat une place de choix. Son histoire est intimement liée à celle de la Haute assemblée, dont deux des derniers présidents sont issus de ses rangs. Les centristes assument aujourd’hui l’une des vice-présidences du Sénat et la présidence de deux commissions. Le mode de scrutin et l’absence de majorité absolue les ont imposés comme des interlocuteurs incontournables du groupe UMP qui domine l’institution. La création du groupe « Union centriste », qui réunit les édiles du Modem, du Nouveau centre et de l’Alliance centriste (ainsi que quelques élus issus de formations très minoritaires ou sans étiquette), a marqué une étape importante dans l’affirmation et la reconnaissance d’une expression centriste autonome et cohérente au Sénat, en dépit des divergences et des tiraillements existant entre ces trois formations. Différence notable avec l’Assemblée nationale où ce même œcuménisme ne s’est pas exprimé. Ce groupe « Union centriste » peut légitimement se prévaloir de quelques succès, à l’image du vote unanime de ses membres en février 2011 contre l’extension de la déchéance de nationalité à certains criminels prévue dans le projet de loi sur l’immigration, qui a conduit au rejet de cette disposition. Les sénateurs centristes ont montré à cette occasion leur capacité, lorsqu’ils réussissent à s’unir, à peser sur les débats et les votes de la Haute assemblée et à s’opposer victorieusement à la majorité UMP.
Mais cette capacité de résistance a ses limites et les tentatives centristes de franchissement du Rubicon sont souvent restées sans véritable impact et sans lendemains.
L’habilité et la propension du président Sarkozy à proposer et distribuer d’opportunes distinctions et promotions, et à faire ainsi des élus honorés ses obligés, ont également contribué à freiner les velléités d’opposition centristes en même temps qu’elles visaient à écarter les risques d’alternance par le renforcement de la majorité UMP de la Haute assemblée.
Plusieurs sénateurs centristes n’ont ainsi pu résister, ces derniers mois, aux attraits de nominations aussi inattendues que gratifiantes et ont renoncé à leur mandat : Christian Gaudin, nommé administrateur des Terres Australes et Antarctiques Françaises en octobre 2010 a cédé son siège à une élue UMP, Pierre Fauchon nommé membre du CSA en janvier 2011 n’a pas été remplacé, une élue centriste a succédé à Nicolas About, président du groupe Union centriste, nommé au CSA en janvier 2011. Les défaillances ont été nombreuses et ont affaibli la démarche centriste.
L’enjeu des élections sénatoriales du 25 septembre est dès lors, pour la famille centriste, de taille. Elles constituent un test et offrent l’occasion de traduire en actes les appels à l’unité et les déclarations d’intention de ces derniers mois sur l’indispensable reconstruction de cette famille déchirée. 19 des 29 membres du groupe « Union centriste » sont soumis à renouvellement. Mais déjà, alors que le dépassement des clivages partisans et l’union des forces devraient s’imposer, des listes concurrentes se réclamant du Centre se multiplient dans de nombreuses circonscriptions et annoncent des duels fratricides.
Paradoxale situation : alors même que la perspective d’une alternance (qui, selon tous les pronostics, pourrait se jouer à quelques voix) devrait en théorie les placer en position d’arbitres, les centristes n’ont jamais paru aussi divisés et prompts à se fourvoyer dans des batailles suicidaires et déroutantes pour l’électorat.
La logique de regroupement et d’unité qu’avait portée le groupe « Union centriste » au Sénat ne semble plus trouver grâce auprès des appareils partisans. Ceux-là mêmes qui hier encore travaillaient ensemble aujourd’hui se défient. Les élections sénatoriales se trouvent ainsi dévoyées et apparaissent surtout comme l’occasion pour les formations centristes en lice de compter leurs troupes et de se jauger, afin de pouvoir revendiquer le leadership d’un centre en déshérence et occuper une position de force pour aborder les échéances de 2012.
Il n’est pas certain que le Centre sorte grandi de cette aventure.
Il est encore permis d’espérer qu’une expression centriste perdurera au Sénat mais la capacité qu’auront les élus du Centre de la prochaine mandature à peser sur ses débats, à infléchir ses votes et à en orienter les décisions peut susciter quelques inquiétudes. De premières indications seront données dès le 1er octobre lors de l’élection du Président du Sénat, et le 4 octobre lors de la constitution des groupes. Rappelons qu’en 2008, Michel Mercier, alors président du groupe « Union centriste », s’était porté candidat à la présidence du Sénat mais s’était retiré de la course au profit de Gérard Larcher quelques instants avant le scrutin. Les centristes du Sénat auront-ils seulement cette fois la possibilité et les moyens de présenter un candidat ?
Par calcul et aveuglement, ils risquent fort de devoir se résigner à n’être plus que les faire-valoir, les témoins impuissants d’une vie politique qui désormais se déroulera sans eux.

Didier Jean

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