vendredi 25 novembre 2016

Présidentielle USA 2016. La défaite du Centre et du Centrisme aux Etats-Unis?

Imaginons d’abord le scénario où, lors de la présidentielle du 8 novembre, un populiste de droite, Donald Trump, aurait affronté un populiste de gauche, Bernie Sanders, tous deux portés par une vague de supporters «en colère» et prêts à en découdre, dénonçant le «système» comme pourri et corrompu.
Imaginons que le résultat, quel que soit le vainqueur donne à l’un une majorité de grands électeurs alors que l’autre remporte le vote populaire avec 47,93% contre 46,37% à son opposant et plus de deux millions de suffrages d’avance (au 25 novembre).
Quelle aurait été la réaction de Trump ou de Sanders s’ils avaient gagné le vote populaire avec cette marge ou même avec une voix d’avance mais étaient minoritaires en nombre de délégués, c’est-à-dire qu’ils avaient été donnés perdants de la présidentielle?
Quelle aurait été la réaction de leurs troupes respectives devant ce déni de démocratie?
On ose imaginer les propos hargneux, les manifestations violentes et une Amérique otage de deux populismes qui avaient fait de la démocratie républicaine libérale leur ennemi principal pendant la campagne.
Et que n’aurait-on entendu les médias dénoncer une élection qui n’aurait pas respecté la décision souveraine du peuple.
Or c’est bien ce qui s’est passé pour Hillary Clinton.
Et si elle a bien perdu selon les règles de l’élection présidentielle américaine, ce qu’elle a reconnu immédiatement sans incriminer le «système», elle a largement gagné devant le peuple.
C’est un fait et personne ne peut le contester.
Or, depuis sa défaite face à Donald Trump, les critiques ne cessent de pleuvoir, la rendant responsable de la victoire d’un populiste démagogue, du rejet des Américains pour le système et les élites et de bien d’autres choses.
En cause, sa personnalité incapable de mener une bonne campagne électorale et une défaite de son positionnement politique centriste.
Ce qui est une contre-vérité puisqu’elle a gagné...
Néanmoins, on peut estimer que face à une sorte de clown dangereux dont on voit tous les jours qu’il n’a aucun programme, qu’il change d’avis comme de chemise et qu’il ne trouve pas assez de personnes sérieuses dans son camp pour remplir les nombreux postes de son administration mais qu’il peut réagir de manière violente et totalement imprévisible, qu’Hillary Clinton, vu ses compétences, par ailleurs, ainsi que les bons résultats de la présidence de Barack Obama, un président avec une popularité de fin de mandat aussi haute, aurait du l’écraser, ce qui n’a pas été le cas et a permis à Trump de remporter la majorité des grands électeurs.
Du coup, dans la recherche de ce qui a fait chuter Hillary Clinton, on peut se demander si ce n’est pas son positionnement centriste qui est également celui de Barack Obama.
Est-ce donc la défaite du Centre et du Centrisme aux Etats-Unis alors que celui-ci semblait bien établi au pouvoir pour plusieurs années encore?
La question mérite d’être posée car elle conditionne le prochain paysage politique du pays où, face à un parti républicain définitivement ancré à la droite de la Droite, le Parti démocrate doit se demander s’il demeure sur une ligne majoritairement centriste ou s’il doit se déporter sur sa gauche.
Car, selon les analystes, ce qui a fait défaut à Clinton, c’est une partie de l’électorat populaire qui vote généralement démocrate et qui s’est abstenu, voire qui a choisi Trump, ainsi qu’une partie de l’électorat jeune.
Et tous ceux-ci étaient des supporters de Bernie Sanders, positionné très à gauche et dont les sondages le donnaient très largement vainqueur de Trump quand ils prédisaient une victoire beaucoup moins importante d’Hillary Clinton.
Même si ces sondages ne peuvent donner la clé puisqu’ils furent réalisés bien en amont de l’élection, ils permettent de saisir cette désaffection d’une partie des électeurs démocrates et/ou de gauche qui ont fait défaut à Clinton.
Dès lors, il manquait sans doute une majorité populaire pour le projet centriste d’Hillary Clinton et donc pour le bilan de la présidence de Barack Obama, c’est-à-dire qu’une partie des gens qui ont voté pour elle, ne soutenaient pas son programme électoral mais ne voulaient surtout pas de Donald Trump à la Maison blanche.
C’est si vrai que Clinton a du gauchiser son discours et son programme, au grand dam d’ailleurs d’Obama, notamment en matière de mondialisation et de globalisation économique avec des accents protectionnistes, pour les attirer.
Mais cela n’a pas suffi pour convaincre une partie des électeurs de gauche car la candidate démocrate est demeurée globalement sur des positions centristes comme le montrent ses discours et ses prestations lors des débats face à Trump.
Ceux-ci, dans une démarche bien connue de déni de la réalité et d’affirmations du style «blanc bonnet et bonnet blanc» ont dès lors refusé d’aller voter et ont fait la différence dans certains Etats-clés.
Néanmoins, la gauchisation n’est peut-être pas la bonne solution pour le Parti démocrate.
Car les modérés et les centristes qui ont voté pour Hillary Clinton pourraient alors faire défection et aller voir du côté républicain, non pas pour voter Trump mais pour l’après-Trump.
Les démocrates ont déjà connu pareille situation après la défaite de 1968 où Richard Nixon l’avait emporté d’une courte tête face à Hubert Humpfrey.
Ce tournant à gauche leur avait causé une longue traversée du désert, uniquement interrompue par un mandat de quatre de Jimmy Carter, avant que le parti ne retourne avec succès au centre-gauche et au centre avec Bill Clinton et sa Troisième voie.
Reste que la défaite de Clinton montre une nouvelle fois que le Centrisme est la cible constante d’attaques clientélistes et extrémistes violentes.
Ainsi, une politique de juste équilibre est sans cesse agressée, et sur sa droite, et sur sa gauche, donc plus fragile électoralement parlant que les politiques de droite ou de gauche qui ne connaissent que l’ennemi d’en face.
Barack Obama, avant Hillary Clinton, a connu cela et les défaites des élections de mi-mandat en sont la preuve alors que le bilan de sa présidence était positif.
On ne peut non plus totalement exclure dans la défaite d’Hillary Clinton le réflexe bien connu maintenant dans les démocraties du XXI° siècle de «sortir les sortants» de manière mécanique.
Beaucoup d’électeurs volatiles se font une spécialité de voter contre les équipes en place prétendument parce qu’elles auraient échoué même si ce n’est pas le cas et qu’il faut essayer autre chose.
Nombre d’élections récentes dans les démocraties occidentales montrent que ce phénomène inquiétant se répand de plus en plus car il montre que les programmes et les personnalités comptent moins qu’un réflexe populiste d’être contre celui qui est en place, quel qu’il fut.

Alexandre Vatimbella



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